[3] Rudolf Steiner et la Science

Nous avons vu dans le billet précédent un résumé de la pensée anthroposophique. Ce fut laborieux, mais édifiant (au moins pour moi, et je ne vous ai pas tout raconté dans l’exhaustivité du bidule).

A la lecture de “la Philosophie de la Liberté”, hors l’étude de texte que je vous présenterai plus tard quand j’aurai la Foi (ha ha), plusieurs choses m’ont frappées, et notamment cette défiance de la science “matérialiste” par Steiner.

Je vous ai proposé quelques extraits “amusants” dans le premier billet de ce dossier faisant état des connaissances plus qu’approximatives du maître en matière d’astrophysique, et de physique en général.

De prime abord, des phrases telles que :

Une science physique cela n’a de sens que pour la Terre, car c’est seulement sur la Terre qu’il existe de la matière physique.

(Considérations ésotériques sur le karma Tome 5 – GA 239, 8 juin 1924 – p.169)

ou même :

Mais les entités spirituelles porteuses de cette sagesse primordiale et qui autrefois avait foulé la terre [en Atlantide] s’étaient depuis longtemps retirées et avait fondé la colonie cosmique de la Lune. C’est pur enfantillage de croire que la Lune est ce corps durci, glacé, que la physique actuelle décrit…
(Histoire du monde à la lumière de l’anthroposophie, GA 233/233a — 26 déc. 1923 – p. 52)

peuvent sembler parfaitement ubuesques, au bas mot. A froid, comme ça, c’est même un peu drôle (si on oublie le fait qu’il y ait un millier d’écoles Steiner-Waldorf dans le monde, évidemment).

Mais à la lecture de “la Philosophie de la Liberté”, je comprends maintenant comment de telles aberrations peuvent sembler plausibles, même en 2014.

Pourquoi la science c’est trop mainstream

Dans un premier temps, il est nécessaire de garder à l’esprit que l’anthroposophie se veut avant tout une philosophie. Ou plutôt une “supra-philosophie”. Le principe étant (paradoxalement) de réfléchir par soi-même afin de sortir de nos préjugés.

 

Je re-quote :

Nous ne voulons plus simplement croire; nous voulons savoir. La foi exige que nous admettions des vérités que nous ne comprenons pas entièrement. Or, ce que nous ne connaissons pas à fond est ennemi de notre être individuel qui veut tout expérimenter au plus profond de lui-même. Pour qu’un savoir nous satisfasse, il ne doit jamais se soumettre à une norme extérieure, mais jaillir de la vie intérieure de la personnalité.

(Philosophie de la liberté, Rudolf Steiner)

Nous devons donc percevoir la vérité, en avoir l’intuition et l’observer avec nos organes sensoriels, aka nos chakras. L’humain tendant à devenir pur esprit, nos organes physiques ne sont qu’un triste palliatif à notre misérable existence. Nos véritables organes sensoriels sont nos chakras, sauf que sans l’adhésion totale au Dogme et la pratique des ouatmilles méditations, nous sommes réduits à l’état larvaire ce ceux qui ne Savent Pas.

Autrement dit, dans un être pour qui les perceptions suprasensibles ont toujours existé, mais qui en même temps n’a jamais quitté le terrain solide qu’offre la rigueur scientifique, « l’être spirituel que chacun porte en soi » mais que nous percevons si rarement, désormais libre en Steiner, c’est-à-dire dégagé des contraintes que lui imposait la relation spectateur-spectacle, peut maintenant accéder sans obstacles et pleinement conscient, à la claire vision de la réalité spirituelle, au sein de laquelle réside le Christ. Et cette expérience, accessible à tous pourvu que les conditions en soient respectées, il va l’exprimer et donner les clefs pour y parvenir, en publiant peu après « Comment parvient-on à des connaissances des mondes supérieurs ».

(http://conscience 33.fr)

Tout s’explique donc !

Nous ne pouvons pas voir la vérité qui nous est cachée, car nous sommes littéralement aveugles, c’est pourquoi les sciences ne sont qu’un leurre destinés aux fous et aux ignorants ! Il faut donc croire aux prémisses (l’anthroposophie) aveuglément afin de sortir de notre aveuglement pour finir par voir enfin réellement ce qui…oh…wait…

Qui a dit “pensée circulaire” ? Dites-donc, bande de malotrus, vous croyez que je ne vous entend pas rire, au fond de la salle (je suis sûre que c’est encore ce type de chez Nioutaik, rhàlàlà…) ?

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Voilà voilà.

Partant de là…

Vers l’impossible et au delà !!!

Re-résumons.

Il y a des gens qui ne croient pas à l’existence de pensées de ce genre. Ils disent : il n’existe pas de pensées qui ne soient extraites des perceptions ou des états intérieurs conditionnés par le corps. Les pensées, ajoute-t-on, ne sont que les ombres projetées des perceptions ou des impressions intérieures. On ne peut avoir cette opinion que si l’on ne s’est jamais élevé à l’activité intérieure qui permet de sentir vivre en soi une pensée pure ne reposant que sur elle-même. Quiconque connaît cette expérience considère comme une vérité de fait que là où, dans l’âme, s’exerce la pensée, et dans la mesure où cette pensée pénètre d’autres fonctions psychiques, l’homme exerce une activité à laquelle le corps n’a point part.

(Rudolf Steiner – Comment parvient-on à des connaissances des mondes supérieurs)

(Si vous avez compris cette phrase, ne prenez pas la route)

Une science physique cela n’a de sens que pour la Terre, car c’est seulement sur la Terre qu’il existe de la matière physique.

Donc je peux énoncer tout ce qui me passe par la tête quand j’ai fumé trop de salsepareille, osef, j’ai raison puisque je suis le seul détenteur de la Vérité selon ma doctrine. LA LA LA JE N’ENTENDS RIEN !

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Du coup,

La Lune physique n’est plus que scories, parce que les forces qui fixent la forme résident en elle….
Deux groupes de forces dirigent leur influence vers la Terre : les forces du Soleil et celles de la Lune, les unes stimulantes, les autres pétrifiantes. … »
(Mythes et mystères égyptiens — GA 106 – VI – p. 65 – Triades, 1971)

NORMAL.

En effet, ce sang rouge qui circule dans nos veines n’aurait jamais pu se former, si la Terre, au cours de son évolution, n’avait croisé l’orbite d’une autre planète, la planète Mars. Auparavant, il n’y avait pas de fer sur notre globe, donc pas de sang non plus, puisque c’est d’un sang contenant du fer que dépend notre constitution humaine d’aujourd’hui. En fait, l’influence de Mars a été prédominante dans la moitié de l’évolution terrestre, celle de la planète Mercure dans la seconde. Si Mars a donné le fer à notre globe, l’influence de Mercure se manifeste différemment, elle rend l’âme humaine de plus en plus libre, de plus en plus indépendante. »
(Théosophie du Rose-Croix – GA 99 – 7e conférence 31 mai 1907, p.102)

NORMAL !

Saturne est en constant processus de pourrissement ; il pourrit. C’est pourquoi il y a une lueur autour de lui, mais lui-même est obscur et paraît donc bleu, parce que nous regardons, je dirais son obscurité à travers les substances de pourritures dont il s’entoure. Tandis que Mars nous montre qu’il sans cesse à vouloir vivre, Saturne nous montre qu’il tend sans cesse à vouloir mourir.
(Rythmes dans le Cosmos et dans l’être humain, GA 350, Dornach, 9 juin 1923, pages 91-94)

(Pardon, je ne m’en lasse pas, comme déjà linké, allez voir cette page fabuleuse qui reprend la plupart des théories scientifiques de Rudolf Steiner, je dois en être à ma quatrième lecture et c’est toujours aussi réussi, ce petit effet de salsepareille en intraveineuse, même si la descente est rude.)

Pour finir

Que Rudolf Steiner soit un “philosophe” un peu à l’ouest, admettons. Y’a bien des types qui pensent que l’univers a 5000 ans et qui militent pour que ça soit enseigné à l’école (…oh…re-wait…). Le truc c’est que ces concepts-là SONT actuellement enseignés à des gamins dans des écoles anthroposophiques. Tranquille.

“Oui mais bon il a pas dit que des conneries, après tout, c’est un des fondateurs de l’agriculture biodynamique, et qui dit biodynamique dit bio, et on sait tous que les pesticides sont nocifs pour nous et la Terre Mère.” me direz-vous.

Sauf que c’est pas si simple, les amis…et je vous en raconterai plus dans un prochain dossier parce que j’ai eu ma dose de bullshit pour la journée l’année.

Sur ce, je vais aller me nettoyer les yeux à l’éther et sangloter en faisant des câlins à mes chats en position fœtale un petit moment.

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17 réponses à “[3] Rudolf Steiner et la Science”

  1. Bon voilà, je commence à me farcir le bidule.

    Premier constat : tu écris d’une façon amusante, y a pas de problème là-dessus, j’aime beaucoup ton style.

    Deuxième constat : je ne comprends pas grand chose à ce que raconte Steiner. Les longues phrases, quand c’est moi qui les fais, je les pige, pas de problème, parce que je vois à peu près ce que je veux dire. Mes lecteurs quand je leur pose la question, eux non plus pige pas mes phrases longues pourtant géniales. J’en mets beaucoup dans mon blog collection de réflexion mais c’est une grosse erreur, même quand elles sont rigolotes. Alors quand elles sont émaillées de concepts philosophiques, forgées dans un style universitaire, je… comment dire ? Oui, voilà je décroche totalement. En un sens, c’est une chance pour moi ; j’ai finalement peu de chance de tomber sous la coupe d’un mec comme Steiner, puisque je ne pige pas un broc de ce qu’il raconte. Ca vole largement trop haut pour moi.

    Troisième constat : (je précise que je n’ai pas lu tes deux autres billets analytiques de sa théosophie pour le moment, j’ai réussi à finir celui-là en sautant une bonne partie des citations de Steiner que je lisais en diagonale) Il y a un problème par rapport à ce qui est sensé nous faire rire dans ton billet. Exemple, quand tu te moques de ce que Steiner raconte à propos du pourrissement de Jupiter ou de saturne, chais plus lequel, tu fais référence à un état actuel de nos connaissances sur le sujet. Or le mec il publie en 1923… Il fait donc référence à son propre état de la science (mais surtout de la philosophie, je pense vu ce qu’il raconte : c’est très antiquité philosophique grecque comme référence) de son époque à lui. Alors je comprends que son discours soit étudié le plus sérieusement du monde dans des universités de théosophie contemporaines, mais du coup, ce serait judicieux d’avoir un extrait de cours contemporain, pour montrer que ces « bêtises » sont étudiées en ce moment même, donc décérèbre les gens. Te baser sur les bouquins du maître, j’admire, vraiment vu comment c’est chiant à lire en extrait sur ton blog, je n’ose imaginer ce que c’est quand tu t’en fartes des centaines de pages. Mais là où ta façon de l’analyser prête flanc, là où elle a du mal à convaincre, c’est qu’il n’y a pas assez de lien entre le Steiner de 1923 et ce que professe la théosophie en ce moment.

    Ce serait même intéressant de voir comment les gens qui enseignent Steiner aujourd’hui se dépatouillent de trucs comme le pourrissement d’une planète, vu que bon c’est vrai le grand public a peu de connaissances sur un tel sujet, mais il a quand même quelques base qui peut le faire sourciller quand on lui dit des trucs comme ça. Ce serait intéressant de voir comment les profs actuels parviennent à vendre le truc alors que c’est un monceau de conneries totalement outdated au plan scientifique, outdated au point que le pequenot lambda peut quand même objecter des trucs…

    Il y a un autre truc qui me paraît important de signaler ; c’est dur d’adhérer à ce que tu écris sur Steiner parce que tu l’interpètes trop : on sent trop que tu diriges la pensée de ton lecteur dessus, que non seulement tu veux qu’on le déteste parce que son discours scientifique est naze, mais en plus, il faudrait qu’on le ridiculise because… pis rien derrière ; ce n’est pas assez carré au niveau de l’argumentation. Exemple : tu dis « nos organes physiques ne sont qu’un triste palliatif à notre misérable existence. Nos véritables organes sensoriels sont nos chakras ». Où Steiner parle-t-il de chakra dans son discours ? Chakra c’est un terme qui nous est familier au plan contemporain à cause du New Age, mais Steiner ne parle pas de chakra, tout du moins pas dans les extraits que tu donnes. Du coup, c’est trop difficile pour le cerveau de la personne qui lit ton billet de se dire : « ah ouais bien vu… » On peut juste se dire : « tiens, elle se fout de sa gueule en parlant de chakra, mais je ne vois pas pourquoi parce que dans le discours de Steiner ça ne transparaît pas… » Du coup tu risques d’obtenir l’inverse de ce que tu voulais expliquer à ton lecteur sur certains points, et de jeter du discrédit sur l’ensemble de ton discours alors qu’il y a plein de trucs qui sont très bons dedans.

    Enfin ce n’est qu’un opinion ; ça ne remet en cause ni le mal que je pense de Steiner et de sa clique, ni le bien que je pense de ta courageuse façon de t’attaquer à un tel morceau de bravoure.

    • Justement, j’avais anticipé, et tu trouveras un court résumé des connaissances en astrophysique de ses contemporains dans le billet « Steiner et la science » 🙂

      Et dans l’autre précédent billet, je décortique la pensée anthroposophique. Du coup, en lisant du plus récent au plus ancien, forcément, je comprends.

    • C’est aussi pour ça que j’en ai fait un « dossier ». Là où je suis probablement maladroite c’est que j’ai du mal à faire des auto-références. J’ai déjà un mal de chien à admettre que j’écris pas de la merde et à partager tout ça (sérieux, vous vous rendez pas compte, mais chaque clic sur « publier » me fait des sueurs froides), donc je ne me sens pas légitime à m’auto-référencer.

      Ça viendra peut-être hein 🙂

      • non mais, Jayne, enfin !!! ‘Faut pas se dévaloriser comme ça, très chère… Si tu travailles autant sur un dossier, valorise-le, et peu importe ce que tu penses ou pas de toi. Ce n’est pas ce que tu penses de toi qui compte, mais bien ce que les gens pensent, hein (ouais, je sais j’ai démontré exactement le contraire dans mon dernier billet, ^_-), alors comme JE pense (y a que moi qui compte, normal je tourne en orbite autour de mon propre nombril, comme tous le monde, quoi ^^) que y a quand même peu de travail analytique sur Steiner, et que ta contribution est super importante pour la pensée humaine (ouaip, carrément, d’abord, et na !), ben fonce ! démonte-la, cette face de rat et sa culture subversive… Et fais le dans les règles que les hommes eux n’hésitent pas à utiliser (et à abuser, hein ^^) : vas-y : auto-quote, et renvoie d’un billet à l’autre, afin qu’on pige bien ton raisonnement.

        Sinon, c’est l’autre narcissique de Steiner qui l’emporte, le combat…

        Je sais que c’est bientôt Halloween… Mais c’est pas une raison pour laisser un macchabée l’emporter juste parce que tu n’es pas assez sûre de toi !

        (Je t’envoie des flux de self-confidence via ce commentaire par onde chamanique ma mère)

    • (oui je répond en plusieurs fois si je veux, je suis chez moi !)
      L’autre GROS souci c’est que les écrits de Steiner sont hyper nombreux. Mais heu…vraiment. Je me suis attaquée à son oeuvre principale, celle qu’il décrit lui-même comme « la seule qu’il restera après moi » pour cette raison-là. J’ai lu (pas mal en diagonale, et surtout des extraits dans le cadre d’autres articles) beaucoup d’autres choses, mais ça me semblait sortir du contexte premier, à savoir dénoyauter la BIBLE telle qu’elle est actuellement présentée.

      • (moi ça ne me dérange pas que tu répondes en plusieurs fois, j’ai jamais bien piger pourquoi les rules de la « politesse » sur internet devaient impérativement étriquer la pensée des gens en les obligeant à laisser une SEULE réponse, même s’ils ont d’autres idées géniales à rajouter au premier message qu’ils ont eu après avoir valider le message en question, que certes ça fait plusieurs messages, mais au mois ça fait pas des pavays à scroller down ; c’est une forme de mise en page, pour moi, surtout qu’en plus y a plein de site où les champs sont limités en nb de caractères et tout quoi mayrde !)

        Oui j’ai VU qu’il étaient hyper nombreux les écrits de Steiner : c’est comme ça que les maniaques empêchent les gens sains d’esprit de les critiquer : en multipliant les écrits, et maintenant qu’internet existe, en multipliant les personnalités ^^ C’est bien pour ça que je suis admirative de la tâche que tu as entrepris.

        Merci en tous les cas pour le partage : ça manque, ce type d’analyse.

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