Parce que je le veau bien

(MAJ nov. 2014)

Autant chez mon troll de compagnie du Matin est un vague moment brumeux dont il se souvient à peine passé 10h, autant pour moi, c’est un peu toujours un enchaînement de petites crises existentielles telles que : est-ce que j’ai des cernes, ai-je bien lavé mon haut orange hier soir, où sont mes chaussures ?

Oh ca suffit, vous, avec votre sourire moqueur. Nous sommes encore trop nombreuses à avoir plus ou moins les mêmes cas de conscience cruciaux dès le matin.
Contrairement à mon troll, pour qui la mode est la même depuis 1992, c’est a dire jean’s’ et T-shirt noirs + para, j’essaye de varier un peu de temps en temps. Porter toute la semaine la même tenue est socialement acceptable pour le troll, mais mais pour moi.

C’est vrai que parfois j’aimerais m’habiller avec ce vieux jean trois tailles trop grand, un vieux T-Shirt troué, pas maquillée et le cheveux gras. Je me venge le dimanche, et aussi quand je ne travaille pas, parce que oui, oui, c’est chiant. Mais je pense que si j’arrivais le cheveux gras en pantoufles au bureau, ça le ferait moyen.

L’enfer du “dress-code”

J’ai vécu des moments extrêmement pénibles dans un de mes anciens jobs. Suite à ma prise de poids incontrôlée (dépression grave, diagnostic de spondylarthrite qui venait de tomber, troubles du comportement alimentaire : CCCCOMBO !), force m’a été de constater que ma garde-jeans ne s’adaptait pas par magie à ma nouvelle taille 54. Shit. Autre grand moment de désespérance, la “mode grande taille”. Je me suis donc retrouvée avec deux jeans, dont un qui me serrait trop, et 3 tops dans lesquels je me sentais à l’aise. Etat des lieux “dramatique” bien évidemment remarqué par mes collègues de bureau, qui ont commencé à se moquer. Ouvertement. Tranquille, quoi. Ah, ces heures passées aux toilettes à pleurer, que de bons souvenirs.

Le dress code corporate est un enfer. On peut parfois se permettre le jeans-baskets, mais le tailleur est souvent imposé, dans le règlement intérieur. C’est (en partie) légal. Qu’une infirmière, une cuisinière, une factrice, une pilote de chasse se voient un uniforme imposé, soit. Hygiène, sécurité. Mais qu’on propose une documentation de 44 pages pour recadrer ses employé-e-s ???

Pour les femmes…

…et les hommes

 

Le dress-code nous rappelle avant tout à nos inégalités.

L’uniforme est pris en charge par l’entreprise. Pas le tailleur.

Et bien sûr, les femmes sont étroitement surveillées, car on leur autorise plus de diversité vestimentaire. Les interdits sont multipliés en conséquent.

<male tears> Oui mais nous les hommes on a moins de choix, c’est nul </male tears>

Ok, bah changez le système ! Une femme a déjà du mal à gagner autant que vous à poste égal, ne lui faites pas porter la responsabilité de votre frustration. Je sais, je sais, les après-midi shopping vous font baver. Ne vous privez plus, changez le monde !

La futilité

Cette hypocrisie me fait quand même doucement rigoler. Selon beaucoup d’hommes, une fille, c’est sensé ressembler a une fille. Alors autant ils trouvent appréciable d’avoir en face d’eux un individu différent d’eux (habillé avec classe et qui sent bon en résumé), autant ce sont les premiers a trouver futiles tout ce qui est considération d’ordre esthétique. Pour certains, on passe trop de temps à la salle de bains, à faire nos ongles, à s’occuper de notre peau, de nos cheveux, et ça conforte l’idée de notre inhérente futilité. Pour les mêmes, une femme à l’aise dans ses fringues est profondément dérangeant quand les dites fringues ne collent pas à l’imaginaire masculin (aka jupe, ongles vernis, chaussures à talons).

Une femme trop maquillée, ça fait vulgaire, une femme pas maquillée ressemble à une patiente en soins palliatifs. Une femme soignée c’est classé, une femme trop soignée c’est grotesque. Encore une fois, on se retrouve entre 10 000 injonctions différentes, ajoutées aux 150 000 autres que nous tentons de gérer en plus (poids, tâches ménagères, nécessité d’enfanter, sexualité…)

Pour résumer :

  • On doit être féminine (mais pas trop)
  • Ne pas avoir de poil (sauf sur le crâne)
  • On ne peut pas porter deux fois la même tenue, jamais (prévoir l’achat un incinérateur)
  • On doit être soignée (mais ne pas passer trop de temps à prendre soin de nous)
  • On doit se maquiller (mais “naturel”, donc personne ne doit voir que notre teint nude est truqué)
  • Le cheveu gras est proscrit, le cheveu bleu ou, pire, blanc aussi (mais il ne faut pas trop dépenser en coiffeur)
  • La vulgarité est le piège mortel (mais il faut quand même être féminine, donc sexy, donc de préférence en jupe)
  • Les vêtements trop sage sont proscrits (“on dirait une nonne”, voilà)
  • Les vêtements doivent refléter une personnalité (pas la vôtre, celle que vous voulez montrer)

L’internet regorge d’idées pour adapter ces commandements selon votre morphologie, afin de vous aider à mieux rentrer dans le cadre. NO EXCUSE !

Vous vous sentez soudainement beaucoup moins à l’aise dans votre peau ? C’est normal, c’est fait pour ça. Souvenez-vous, peu importe ce que vous porterez, on vous critiquera. Raison de plus pour porter ce que vous voulez !

Rien que ça. Merci toutpratique.com !

Pour les hommes, le site nouvelhomme.fr conseille :

  • Taille
  • Matière
  • Couleur

On remarque aussi dans les injonctions le costume de rigueur, la chaussure bien cirée, le cheveu court, pas trop d’accessoire, sobriété, savoir en imposer.

Une nuance, cependant. Un homme est toujours indémodable.

La mode

Ah.

Ah ah.

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Avant de vivre à Cannes, je pensais que les pages intérieurs de Cosmopolitan étaient une sorte de délire SF surréaliste permettant de justifier l’usage de tissu et la prise de drogues dures par des “créateurs” payés une petite fortune pour gagner des points Godwin à la télé (oui, c’est facile, je sais).

Mais en fait, non.
Ces machins là, ça se vend.
Une fois, je suis entrée dans une boutique Chanel. Bon, déjà c’est limite si je ne me suis pas fait vider par le vigile (ON T’A DIT PAS DE BASKETS !!!) et puis je dois bien avouer que j’ai tenu à peine 5 mn tant l’hilarité qui m’a gagnée était grande.Non, sérieusement.
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Et c’est que ça coûte un bras en plus ces trucs là ! Pour durer une “saison” (c’est à dire deux jours, vu que c’est importable). Hier je suis passée devant des ballerines à 700€. 50g de cuir. 700€. Ça doit au moins être de la vache sacrée ou du Tatou Pygmée à paillettes… Quand j’ai croisé des Smartphones à 6700€ ça m’a tout simplement scotchée sur place. 6700€ quoi. Certes, mais un gens qui s’achète un smartphone à 6700€ ne prend pas les transports en commun, et ne se fera donc pas dépouiller lestement. CQFD. Mais moi, là, ça me dépasse complètement.
Non pas que je les envie, en fait je m’en fous, partant du principe qu’on a jamais assez d’argent je pars du principe que je n’ai pas forcément besoin de trucs pareils mais plus chers.
Mais, allez, soyons curieux, je vous sens frémir là, allons visiter un peu ce monde imaginaire !
Lorsque je tape “blog mode” sur Google, j’imagine des blogs en rose et noir sur fond blanc, avec des madames anorexiques dessus. Et bien bravo, je me fais honte, mais c’est gagné !
1er résultat de chez Google :
betty
estelle
 coline

Il y a donc plusieurs règles à observer :

1/ Rose et Noir tu utiliseras (mais sur fond blanc, hein, oh, faut pas déconner).
Rose. Noir. Attention, l’an prochain ça devrait changer… (edit 2014 : c’est exact, nous sommes passés au noir sur blanc avec des immenses photos de toi faisant la gueule)

2/ Un prénom féminin dans le titre du blog tu mettras
Quitte à changer de prénom au besoin. Parce que “Le Blog Mode de Marie-Grabiche” c’est moyen.

3/ Plus de 45kg tu ne feras
De toutes façons, passé 38 impossible de se fringuer “mode”. La grosse n’existe pas. La grosse est un cauchemar, un truc virtuel qui n’existe que chez les autres. Éventuellement, la grosse peut se révéler un bon faire-valoir. Et encore.

4/ Les prix jamais tu n’évoqueras
C’est d’un vulgaire…

5/ En tant que personnes les vêtements et accessoires tu considéreras
Exemple :

Cette robe, j’en rêvais !
Seulement, voilà, cette robe Miu est une telle success story pour cette jeune marque lilloise qu’elle est quasiment introuvable ! Sold out à peine mise en vente quelque part…. Je la voyais pourtant un peu partout à Lille … Comme pour me narguer !
Elle a finalement croisé mon chemin, par hasard, au détour d’un e-shop qui vaut le détour et qui, alleluïa, distribue (entre autres) Ysterike !
Quand j’ai enfilé la robe, j’ai véritablement frôlé la crise d’hystérie : pas de déception, elle est parfaite ! Pas besoin de fanfreluches, elle se suffit à elle-même ! Un brin impertinente, mais quand même élégante…. Un peu provocante mais foncièrement mignonne…. Je l’adore ! Et dire que j’ai failli hésiter vu que les soldes sont proches…. Aïe aïe aïe… J’ai eu bien trop peur qu’elle ne me passe encore sous le nez… j’ai craqué !Cette marque porte décidément bien son nom…!

6/ Les accessoires toujours tu assortiras
Parce que ton petit sac Lancel orange ne va pas avec tes petites ballerines roses.

7/ Le maquillage, sur celui-ci tu ne lésineras pas.
Au top depuis quelques années, le fabuleux “effet nude”. Ou comment mettre 3 crèmes de jour différentes, un fond de teint, de la poudre, du blush, du rouge à lèvres, du fard à paupière et du mascara, pour NE PAS avoir l’air maquillée. Ouais. Question de style qu’on vous dit.

8/ Le plongeant du décolleté jamais ne t’effraiera, tes sous-vêtements toujours tu montreras.
Attendez, pourquoi tu mettrais 250€ dans des sous-vêtements assortis pour ne pas les montrer ?

9/ De ne pas voir qu’on te prend en photo tu feindras
L’air naturel. Toujours. A la limite un “oh, vous, ici ?” mais pas plus.

10/ Pour une star toujours tu te prendras
Cf. plus haut. Le vigile du Macumba ne te laisse pas entrer ? Un couinement de stupéfaction, lève les yeux au ciel et soupire. Puis regarde ce rustre de paysan, et entre. C’est tout.

10bis/ Le ridicule ne tue pas, jamais.

Attention, car être tendance, c’est aussi un tout. Question d’attitude qu’on vous dit.
Hormis ces quelques règles de base, il existe d’autres impératifs.
Toujours garder ses fringues, même les erreurs de soldes ! Dans 10 ans ça reviendra à la mode, et là viendra la satisfaction de pouvoir prendre un air supérieur en louchant sur les chaussures de sa voisine de bus : ouais, ces chaussures-là, les siennes elles sont pas vintage, ça se voit tout de suite. D’abord.
Surtout, surtout, travailler l’air méprisant-mais-mine-de-rien. Imaginons un bébé loutre mourant habillé chez Kiabi. Voilà. Imaginons 10 fois pire. Voilà. Encore 100 fois pire ? Impeccable ! Mélange pitié/mépris, c’est pas mal…
Pour aller en soirée, toujours trouver une tenue différente. Non mais c’est trop la honte de porter deux fois la même robe, tu vois…pfff… D’où le dressing de 20m². Normal.
La dernière fois, je me suis égarée sur les chaînes de la Freebox, et je suis tombée sur FashionTV. Après avoir vomi, j’ai rapidement éteint la télévision, arraché les câbles et menacé de me pendre avec. Je n’ai l’ai d’ailleurs rallumée depuis. C’était en 2006.
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Commentaires

  • Vu qu'elle ne le depensent pas dans la bouffe faut bien qu'elle le mette quelque part le fric mensuel (hebdomadaire ? ) de papa, maman…
    Et pareil à Nantes, l'hallu au passage pomeraie pour des tongs à 6 ou 800€… meme pas belles en plus Y_Y.

    (et puis moi je fait mieux en bio : j'ai un manteau des années 50 qui appartenais à ma grand-mère *_*)

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