Vie et mort d’un commis commercial

Le petit matin se levait péniblement en ce beau mois de novembre. Roger s’etirait paresseusement dans le grand lit vide, avant de se lever enfin et de se diriger vers la salle de bains. Il profite de l’absence de public pour se gratter joyeusement le cul, et partit s’ebrouer sous quelques dizaines de litres d’eau bien chaude.

On pense toujours à un peu tout sous la douche, en tout cas moi je le fais. Roger aussi, du coup. Il pensait a sa journée a venir : café, boulot, re-café, boulot… Rien de deprimant cependant, il adorait son travail de commercial. Un commercial vend du rêve, et puis, en soi, chaque accord était une victoire. Roger avait non seulement un prénom ridicule, mais aussi une haute estime de sa virilité, et d’ailleurs, il adorait les corridas.
Pour autant, il n’était pas fondamentalement mauvais, même si il n’était pas fondamentalement bon non plus. Dans les sondages, il était celui qui répond “ne se prononce pas”, NSPP. Ce terme le définit assez bien. NSPP.

Nous retrouvons notre nouvel ami dans son moyen de transport favori : le métro. Un quotidien gratuit en main, il est coupé du monde, lit les dernières nouvelles de France et d’étrangie sans prêter attention aux autres. Ces derniers, d’ailleurs, ne font pas plus attention à lui. Chacun est plongé dans son univers propre, loin des autres, réduisant au maximum les contacts et échanges non préalablement aseptisés. La lecture de la presse gratuite quotidienne lui apprend que le monde va mal, mais il s’en fout. Il y pensera si un jour son pouvoir d’achat diminue, en attendant il passe aux résultats sportifs.

Arrivé sur son lieu de travail, Roger enfile maintenant son masque de sociabilité. Un commercial doit sourire, sinon ça marche pas. Il salue donc tous ses collègues “utiles”, les inférieurs sont relégués loin dans son esprit préoccupé par bien plus important. Aujourd’hui, il va signer un gros contrat, du moins, il espère. Il a passé des mois à travailler au corps le client, à grands coups de promesses, engagements et petites omissions. Des fois, il se demande en quoi son travail est différent de celui des politiciens, en fait. Ah, si, le salaire. Il sourit.

La journée est passée sans heurts : le contrat est signé, la commission remportée, les félicitations reçues. Le déjeuner d’affaires était pas mal, mais sans plus, le vin un peu bouchonné. Il est temps de se replier à la maison, Roger.
La grande maison vide et silencieuse l’attend.  Un plat préparé au congélateur sera prêt dans 8 à 10mn, la télé allumée et le visage d’un quelconque présentateur du 20h à l’écran nous informe que le monde va mal, mais il continue à s’en foutre, en fait. Un verre de vin pour accompagner ses lasagnes, un Lexomil et au lit.

Roger ne se réveillera pas. Tout comme sa vie, son dernier souffle aura été neutre, à peine un “ah !”, un léger glapissement dans son sommeil et puis plus rien. Son corps sera retrouvé quatre jours plus tard par les pompiers, informés par son patron de son absence du bureau. Les funérailles seront simples, selon les souhaits exprimés par sa convention obsèques souscrite deux ans auparavant, ses collègues utiles viendront, peut-être, et puis l’oublieront.

Sur sa tombe on lira : “A Roger”. Rien ensuite, pourquoi faire ? Concession à perpétuité, et merde, Roger, tu aurais pu te faire incinérer, histoire de te rendre utile au moins pour le gazon du cimetière !

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