Réseaux sociaux : bien dans ma bulle

Une des critiques liées à l’utilisation des réseaux sociaux est le phénomène de “bulle”. Chaque individu tend à se rapprocher de ses semblables et, ainsi, les idées ne circulent pas ou de manière biaisée. Ce serait une mauvaise chose car on consolide un système de pensée unique et cela ne nous confronte pas à l’altérité.

Si je peux comprendre cette critique, elle me semble très limitée.

Pour certaines, la “bulle” est un moyen de survie psychologique.

Il ne s’agit pas de ne pas entendre les personnes en désaccord. Pour la simple et bonne raison que dans mon cas ces personnes sont partout.

Prenons un exemple. Michel Onfray. Michel, je l’aime pas trop trop (cette phrase est élue meilleur euphémisme de l’année 2018), il représente à mes yeux la validation par les médias et les politiques d’une pensée néo-réactionnaire nauséabonde sous couvert de “philosophie” au rabais. Du coup je n’ai pas une grande motivation à suivre Michel Onfray sur les réseaux sociaux, vous voyez ? Pour moi Onfray, BHL, Zemmour, Enthoven et compagnie sont des nuisibles qui ont bien trop de visibilité malgré leurs cris d’Onfraie (haha) devant la CENSURE dont ils sont victimes. Censure tellement violente qu’ils s’en indignent régulièrement en couverture du Point, de l’Express ou de Valeurs Actuelles. Tellement insupportable qu’eux et leurs partisans inondent les réseaux sociaux de leur révolte face à cette cruelle injustice : on ne peut plus rien dire (et on le hurle dans les médias, sans trop réaliser la grande contradiction que cela pose).

 

Ma dose de philo à deux balles, ça va, je l’ai dès que je sors et que je croise leur visage d’ahuris en kiosque. Je suis pas mal au courant de leurs saillies pour pas en plus me les coltiner au premier degré dans ma timeline. Et encore, ça fait 10 ans que nous n’avons plus de télévision, je n’ose pas imaginer les insanités qui passent dans les émissions que je ne regarde donc pas, mais dont j’ai régulièrement des extraits édifiants.

Cela vous semble trivial, mais c’est important de réaliser que ça relève de la survie psychologique, tout comme on obligerait pas son pire ennemi à lire l’ensemble des commentaires des articles du Figaro. Il y a d’ailleurs des gentes qui sont payé-e-s pour ça, et c’est un métier très pénible.

Pour la même raison, il me semble inconcevable de me demander de suivre des frontistes ou du Soral pour préserver “la variété de mes idées” et “ne pas m’enfermer dans mon gauchisme”. Je vous jure, leurs saillies sont physiquement douloureuses à lire, pour moi. Ces personnes nient ou refusent l’identité même de toute une partie de la population. Expliquez-moi l’intérêt de lire des propos racistes ou homophobes, misogynes ou transphobes, à longueur de journée ? Si je veux me punir, je fais mes sols toutes fenêtres ouvertes par 37°C à l’ombre ou je coupe les griffes des chats et de l’enfant, je ne vais pas m’infliger le dernier bouquin de BHL.

Au contraire, c’est selon moi la parole de la controverse qui n’est jamais portée (ou trop peu) à travers les médias. On nous vend une tambouille bi-partiste qui, de toutes façons, pinaille sur la meilleure manière de façonner la pensée dominante. Aucun intérêt. Pire encore, sur des questions telles que l’Islam, les dominants sont tous d’accord pour crier au terrorisme à la moindre vue d’un voile. Je peux me tromper mais je n’ai jusqu’ici aucun, mais alors aucun souvenir d’une seule couverture de magazine ou de journal qui titre “L’Islam n’est pas dangereux en soi” ou “Le voile : c’est pas grave !”.

Jamais.

 

Jamais. Pas dans la presse classique.

Donc, moi, ça me fait du bien de lire des articles émanant de médias ou de personnes qui me proposent autre chose que ce qui devient malheureusement la culture mainstream. Devant la dérive totalitaire du gouvernement, cette bulle participe à mon bien être psychique.

Cela me fait du bien de lire des articles féministes et militants, des journaux qui critiquent le monde de la finance et le capitalisme, la corruption de nos politiques. Des médias qui proposent d’autres points de vue (le Monde Diplomatique, Alternatives Economiques, et plein de pages Facebook du même tonneau).

D’autant plus qu’au sein même de nos communautés des divergences parfois énormes existent. Croyez pas : on est pas dans un entre-soi chaleureux propice à l’endormissement, on s’engueule, on débat, on argumente ! Durant les présidentielles c’était d’ailleurs assez stimulant de pouvoir débattre sur les programmes, de se confronter avec ses ami-e-s différemment politisé-e-s. Cette bulle n’est certainement pas l’enfermement qu’on me vend comme étant problématique, c’est une bulle d’air frais dans ce monde de merde.

Oui parce que débattre de la meilleure manière d’abolir le patriarcat et le capitalisme, je sais pas pour vous mais moi je trouve ça particulièrement réjouissant !

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