Ma vie au régime

Parce que j’en ai marre qu’on nous tanne sur notre poids. Depuis que je suis grande comme ça *fait un geste qui désigne une gamine d’à peu près 12 ans* on m’a sorti que mes 4 kg en trop par rapport à la courbe-qui-représente-la-normalité-dans-le-carnet-de-santé étaient responsable de mes maux de genoux. Alors que 14 ans après on me disait que non, non, l’arthrose des mains c’était pas dû au poids mais à une saloperie nommée spondylarthrite ankylosante.

Depuis l’âge de 12 ans je suis donc au régime. Ou, en politiquement correct, on dit “je fais attention”.

J’ai pas besoin d’une balance pour être fière de moi, maintenant. Du vent !

Depuis mes 6/8 ans, quand je vivais avec mon affreux parâtre (beau-père n°1), il est vrai que je souffrais de crises d’hyperphagie, et que j’en venais à cacher de la nourriture dans ma chambre car, comme il me disait “continue comme ça et tu vas devenir une grosse truie comme ta mère”. Ce qui, évidemment, au lieu de calmer mes fringales insatiables, les faisait empirer. Je me souviens que je comptais les minutes avant les repas, que 16h, heure du goûter du mercredi signifiait presque le Saint Graal pour moi, et, tel un bon chien de Pavlov, j’en salivais d’avance. La nourriture était une de mes obsessions : un vice, un plaisir, une drogue légale, en fait, la première drogue que j’ai jamais prise.

Puis donc, j’ai commencé l’ascension fatale des régimes. On va dire que j’ai à peu près tout fait (subir à mon corps). Tous les régimes de magazines, les articles sur la nutrition, les livres, TOUT y est passé. La monodiète champignon cru/ananas pendant une semaine, la mono-diète à base de soupe (à l’époque pas aux choux), les gélules à l’ananas achetées en douce à la sortie du collège, les coupe-faim, puis la Xénadrine importée des US, le régime Dukon, les sachets hyperprotéinés prescrits par un médecin à 150€/mois, les phases anorexiques, les phases de jeûne “thé vert only”…les crèmes anti-cellulite, anti peau d’orange, anti-rétention d’eau, à la caféine, aux plantes d’amazonie, aux algues, les capsules minceur, les boissons drainantes, les masseurs anti-cellulite, les sachets, les tisanes… quand je dis tout, je suis sans doute loin de la vérité car le marché est porteur et les pseudo-produits miraculeux légion, mais j’ai quand même testé un paquet de trucs. Je n’ose même pas imaginer le fric que tout ça m’a coûté…

Le résultat de tout ça a été probant. Oh que oui !
– Je me suis coupée de mon corps. Mon corps, mon ventre et surtout mon appétit étaient mes ennemis jurés.
– Je me suis coupée de moi : maigrir est une question de volonté, je n’en avais visiblement pas car je n’arrivais jamais à tenir.
– Je me suis dénigrée pendant plus de 20 ans. Les deux tiers de ma vie. Deux décennies à me gâcher la vie.
– J’ai eu honte de moi, souvent. Je pleurais dans les cabines d’essayage, je pleurais en me regardant dans le miroir, chose que j’ai finie par ne plus faire.
– Je me suis haïe, vraiment haïe au plus profond de moi, pendant 20 ans.
– J’ai alterné des phases de dépression intenses avec envies suicidaires lorsque je reprenais le moindre gramme, avec des phases euphoriques lorsque j’arrivais à me “contrôler”, parfois durant des années.
– Et j’ai fini en obésité morbide.

Intermède cutie.
Intermède cutie.

Mais :
– Aujourd’hui, non, je n’ai plus honte, ce qui était avant le sujet de préoccupation n°1 dans ma vie est devenu de plus en plus secondaire.
– Je suis passée par la sleeve, j’ai perdu 54 kg, puis j’ai subi une réduction mammaire et une lipectomie abdominale.
– J’ai connu beaucoup de résistances par rapport à cette opération, je ne pense pas que ce soit LA solution, juste UNE solution.
– Je sais que je ne ferai jamais du 38. Jamais.
– Je sais maintenant combien de calories fait à peu près chaque aliment, les groupes alimentaires, les “faux-amis” et les “faux ennemis”.
– J’ai appris un principe fondamental : plus la diète est brutale, plus on reprend vite.
– Un autre principe : une fois ou deux par semaine (chez moi le mercredi midi car j’ai du temps et que je suis obligée de manger à l’extérieur à cause de mes horaires, et le dimanche car je cuisine), je m’accorde un ou deux plaisirs. Ça peut-être une pâtisserie affreusement anxiogène niveau nutritif, un plat cuisiné pas forcément régime, du chocolat…le principe étant de l’assumer complètement mon envie. Et j’assume, donc je la note dans mon carnet alimentaire, habitude que j’ai donc gardée de mes visites chez la diététicienne pendant le suivi post-sleeve. J’ai éclaté mes “stats” ? OSEF ! Je me suis fait plaisir, et assumer un plaisir permet à la fois de le savourer sans culpabilité aucune, mais aussi de se rendre compte que notre ventre peut nous donner du plaisir.

Pourquoi tout ce speech ?
Parce que je me rends compte que j’ai passé un cap, quelque part, par rapport à cette manière d’assumer. De même que je ne fais plus de réflexion sur les filles très maigres (oui, c’est aussi peut-être un souci métabolique, ou une maladie, on en sait rien après tout, elles en souffrent peut-être aussi), j’ai décidé que me chouchouter était vachement moins déprimant que de sans cesse me flageller.

Et puis parce que MERDE !

Les filles dans les magazines sont belles, oui, moi aussi j’aurais aimé être comme ça, faut pas se leurrer, être en permanence photoshoppée, n’avoir aucun pore visible, aucun pli, aucune ride ce serait pas mal. Mais je ne suis pas comme ça, je ne serai jamais comme ça, et peu importe les tortures que je pourrais m’infliger, je n’y arriverai quand même pas. Je suis MOI, et finalement je suis bien. Je ne suis pas un monstre, personne n’est un monstre, on est tous des humain-es !

Ah, j’me sens mieux maintenant.

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