Nous toutes

Ce hashtag #metoo me rappelle intensément le projet du même nom qui avait eu lieu en 2014 pour dénoncer le harcèlement de rue (et qu’on avait détourné pour créer le projet Nice Guy).

C’était en 2014 et le reste du monde se foutait de nous en disant qu’on avait l’air d’imbéciles avec nos hashtags et nos photos de profil ridicules. On a eu la levée de bouclier de tous ces « gentils » mecs et leurs innombrables posts pour dire que sisi, eux ils étaient à la cool avec les femmes, qu’on pouvait plus draguer, tout ça.

Le projet nice guy reprend les quelques 800 (HUIT CENT) contribs que j’avais reçues en l’espace de quelques mois, contribs fermées suite à mon épuisement moral de lire, copier et publier toutes ces atrocités de « nice guys ». J’vous jure, je les ai toutes lues de deux à trois fois, peu étonnant que j’aie mis plusieurs semaines à m’en remettre, plus étonnant que je n’aie toujours pas investi dans ce lance-grenades.

Du coup là on prend plus ou moins les mêmes, sur la thématique plus générale des agressions sexuelles, et pas juste le harcèlement de rue.

Vous êtes étonné-e-s, vous, de voir que la grande grande grande majorité de vos contacts a posté ce #metoo / #moiaussi ?

« J’ai toujours voulu épouser le type qui m’a sifflé depuis sa voiture »
– n’a jamais dit aucune femme

Moi pas.

L’avantage du travail de résilience que j’ai pu faire, outre m’empêcher de me foutre en l’air (ce qui reste un effet de bord plutôt sympa) est de pouvoir parler assez librement des agressions que j’ai pu subir. Cela fait plusieurs années, une – merde – vingtaine d’années, que ma parole libérée m’attire les confidences de mes pair-e-s. Et je connais moins de personnes non victimes que de personnes victimes. Si on étend aux atteintes de type harcèlement de rue, je ne connais aucune, macache, zéro personne qui n’aie pas été victime. Personne.

Mes amies, mes mères, tantes, grand-mères, voisines, collègues, amies, les femmes que je croise dans la rue, dans les transports, toutes, sans aucune foutue exception.

(je parlerai des autres un peu plus bas, remballe ta plume rageuse, Jean-Mesquin, merci).

Un hashtag va pas changer le monde

…ou peut-être que si, un peu.

Depuis 2014, le sujet du harcèlement de rue a été souvent abordé, nous avons assisté à plusieurs campagnes médiatiques, ce type d’agression n’est plus vu comme de la drague lourde mais comme une vraie atteinte aux personnes. Tout comme la BD d’Emma-que-j’aime-d’amour sur la charge mentale a permis à toutes de se rendre compte que nous n’étions pas seules, engluées dans notre épuisant quotidien. Emma a libéré la parole à ce sujet. Récemment je vois fleurir les articles sur les violences obstétricales et gynécologiques, sujet absolument inexistant il y a quelques années.

Il y a quelques années on avouait un viol à demi-mots, ou pas du tout. La honte change de camp, sous nos regards ébahis.

Aujourd’hui ces thématiques ne sont plus limitées au cercle limité de ces hystériques de féministes. Certaines commencent à poser des mots sur un vécu commun. Sans forcément se déclarer tout de suite en faveur du matriarcat mais en se disant que, merde, je suis pas la seule. L’aspect systémique est de plus en plus abordé.

Maintenant, je lis aussi des personnes qui n’osent pas. Personne ne vous oblige à revivre votre traumatisme, vous n’êtes pas obligées d’en parler et de vous exposer. Ne vous sentez pas coupables non plus de ne pas « oser » donner des noms, des dates. Tout comme je vous demande de ne pas vous sentir coupable de ne pas avoir dénoncé ni porté plainte. Pour l’avoir vécu, le passage commissariat/justice est une épreuve immense. Je ne l’ai fait qu’une seule fois, après ça j’ai jamais voulu y retourner malgré les autres agressions qui auraient pu largement justifier une plainte. En revanches, sachez qu’on est là. Si vous voulez m’en parler, je suis toujours dispo pour vous accueillir, vous écouter et vous aider dans la mesure de mes moyens. La sororité c’est aussi soutenir les plus fragiles. C’est pas grave d’être fragile, on l’est toutes, vous n’êtes pas seules et vous n’êtes pas lâches, vous faites en fonction de vos moyens.

Une condamnation apporte rarement la paix. Se voir humilier durant tout le processus est parfois plus traumatisant que l’agression en elle-même. Pensons-y avant de dénoncer ces femmes qui n’ont rien dit. Serrons-nous les coudes.

Je ne suis pas contente de voir tous ces posts sur le sujet, évidemment, mais je suis foutrement contente de voir que notre parole se libère.

Evidemment, il y a et il y aura toujours ces foutus nice guys qui, eux, sont irréprochables.

« J’ai arrêté de t’écouter, pourquoi tu n’as pas arrêté de parler ? »

#notallmen

« Moi moi moi moiiiiiiiii »

Je vais me répéter, je sais que vous aimez ça.

Si tu n’a jamais agressé une femme, si tu n’as jamais « dragué » lourdement, si tu as toujours scrupuleusement respecté le consentement de tes partenaires, mec, bravo ! Mais c’est pas super bien cool youpie voici ton cookie, non, c’est normal. C’est juste normal, comme moi quand je paie l’addition au café du coin au lieu de me tirer en courant. Vous êtes des mecs bien, tant mieux.

Etre un mec bien qui agit pour que d’autres mecs prennent conscience de leurs dysfonctionnements, hey, c’est votre boulot à vous.

Quand à ça :

Mec. Sérieusement. Va jouer dans la bétonnière.

Et les autres ?

Comme souvent, les personnes trans sont complètement invisibilisées et ça, c’est le truc qui me blase. Le mouvement a été lancé en mentionnant les « femmes » puis les « afab », ouais, youpi. Ce serait tellement mieux si on pouvait inclure toutes les problématiques liées aux personnes oppressées par leur genre perçu ou ressenti.

Donc je vous glisse ici tout mon soutien et mon amour. Je vous aime, vous êtes courageuxses, fort-e-s et les principales victimes de violences patriarcales.

On parle aussi du viol commis sur les hommes. Et je dis : pourquoi pas ?

Oui mais les hommes ? Hein ?

Oh merde je parle de vous depuis tout à l’heure, vous êtes chiants !

Plus sérieusement, voilà quelques choses que vous pouvez faire.

  1. Relayez la parole des victimes
  2. Remettez en question vos actes. L’agresseur ça a pu être vous. Un geste dont vous vous ne souvenez plus ou que vous considérez comme un manque de délicatesse mais qui a pu laisser une personne traumatisée. Si vous voulez vous outez, nous vous soutiendrons.
  3. Réfléchissez aux moyens de nous aider.

…et ça sera beaucoup plus productif que de chouiner que vous êtes un chic type, je vous assure.

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