La cité des mortes

J’avais envie de faire fun un petit peu, pour changer…non c’est faux. Pardon.

…voici quelque chose que j’ai découvert récemment.

A la frontière entre le Mexique et les USA, existe une cité nommée Ciudad Juárez.

Pour vous situer un peu le truc :

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Ciudad Juárez, ou plus simplement Juárez, est une ville située au nord de l’État de Chihuahua au Mexique.Elle se trouve sur la rive droite du Río Bravo, qui forme la frontière avec les États-Unis, en face de la ville texane d’El Paso sur la rive gauche.Elle comptait 1 187 275 habitants en 2000 et 1 301 452 en 2005, ce qui en fait la plus grande de son État et la sixième plus grande ville du Mexique. Elle forme avec El Paso une agglomération de plus de 2 millions de personnes.

Depuis 2008, Ciudad Juarez est considérée comme la ville la plus violente au Monde avec le plus haut taux de meurtres par habitant. Les cartels de drogues faisant transiter des substances illicites vers les États-Unis en passant par l’axe Juarez-El Paso sont légion.

(Source)

On sait que les taux de criminalité sont assez affolants quand on parle de l’Amérique du Sud. La drogue est LA cause n°1 de ce taux élevé d’abattage. Sachant que le trafic de drogue rapporte finalement pas mal de fric aux USA (ce n’est plus à prouver hélas, que les avions de la CIA étaient aussi chargés – en armes –  à l’aller qu’en cocaïne au retour… citons entres autres le financement des Contras…), il serait facile de dire que la drogue est une activité commerciale, finalement, comme une autre…non ? Oups, pardonnez-moi le raccourci…

Ce qui est bien quand on a une justification telle que celle-ci, c’est que tout passe. Y compris les pires atrocités qui n’ont finalement absolument rien à voir.

Féminicide.

Ciudad Juárez est « la ville des mortes ». La ville où il ne fait pas bon être une femme.

Les meurtres de femmes de Ciudad Juárez désignent une série d’assassinats commis depuis 1993 dans la ville frontière de Ciudad Juárez au nord du Mexique. Beaucoup de ces meurtres n’ont jamais été élucidés. Selon Amnesty International, plus de 1653 cadavres ont été trouvés jusqu’en juin 2008 et plus de 2000 femmes sont considérées comme disparues. Selon d’autres sources le nombre des disparues serait supérieur à 2500. La plupart des victimes étaient âgées de 13 à 25 ans au moment des faits ; elles travaillaient dans les maquiladoras de groupes internationaux, qui ont été construits à proximité de la frontière. Pour 137 victimes, des abus sexuels ont été constatés. De plus, 175 cadavres n’ont pas pu être identifiés car ils étaient trop déformés. En novembre 2005, le porte-parole mexicain des droits de l’homme Jose Luis Soberanes a déclaré que 28 femmes avaient été assassinées dans l’année en cours et que la ville était la honte du pays. Le 17 décembre 2009, la Cour interaméricaine des droits de l’homme a condamné l’État du Mexique pour avoir manqué à ses devoirs pour trois meurtres à Ciudad Juárez.

Les chiffres diffèrent, j’ai eu d’autres données où la somme des meurtres n’était « que » de 350 avérés et les disparitions n’étaient « qu’au nombre de » 500. Quand bien même, bordel à cul !

Mais moi mais juste on me dit que dans une ville quelque part dans le monde, même pas dans un patelin paumé de chépaoù, mais dans une ville proche de la Patrie de la Liberté que sont les États-Unis d’Amérique, on dénombre autant d’actes de barbarie sur des personnes humaines, mais merde quoi, merde !
Et oui bien sûr que j’en perds mon sang-froid, moi, petite boboïsante avec ses légumes bio à la con bien au chaud dans mon appartement dans la banlieue parisienne, où mes chats ont plus à béqueter que la plupart des gamins en Afrique.

C’est pas parce que je joue aux Sims en mode Ultra Easy que je n’ai pas le droit de m’indigner ?

Chaque semaine, peut-être même aujourd’hui, là, maintenant, des femmes sont ramenées à l’état de moins qu’un meuble, brutalisées, violées, torturées et finalement tuées pour…pour le fun. Juste pour que quelqu’un voit la vie partir de leurs yeux terrifiés et puisse en tirer une jouissance quelconque. Bordel.
Ça n’a RIEN à voir avec les narco-trafiquants, mais ça a TOUT à voir avec du crime toléré, car ignoré par les autorités mexicaines. Ou encore américaines. Tous détournent le regard, et finalement personne n’agit. Et, vous savez quoi ? Des femmes agissent pour des femmes battues, des foyers sont bâtis pour les accueillir, et financés par des donateurs, sans subventions de l’État Mexicain, qui, au contraire, ne soutiendra pas des actions faites sans reconnaissance larmoyante envers leur parti.
La police agit…enferme des personnes, au gré du vent. La plupart des affaires sont classées une fois qu’un criminel est fabriqué identifié. On étouffe, on ignore, tandis que.

L’acceptation tacite de la violence domestique faite aux femmes est le point de départ de ce sentiment de toute-puissance et d’impunité qui donnent lieu à ces assassinats « Pour rien ».
Je reste persuadée que la ville de Ciudad Juárez n’est pas victime d’un surnombre incroyable de psychopathes, mais qu’un ensemble d’éléments a contribué au climat meurtrier existant.

Plus que de longs énervements, je vous invite donc à découvrir d’une part ce site, qui relate les faits sous forme de web-docu fichtrement bien fait les évènements, et d’autre part cet excellent article du monde diplomatique (qui n’est encore pas mort. Le monde diplo, pas…enfin pas encore…)

Et moi ? Et vous ? Que pouvons-nous faire au creux de nos âmes satisfaites, dans nos foyers chauffés et dans nos rues propres ?

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0 réponse à “La cité des mortes”

  1. Quand tu laisses un espace de liberté à quelqu’un… Il l’utilise. Que ce soit dans le racisme ou la violence sexuelle. L’être humain s’exprime des façons qu’on lui donne. Et de plus belle quand il est impuni. C’est malheureusement une règle qui touche chacun d’entre nous, enfin, je sais que la civilisation est fragile… Et les femmes sont malheureusement pour elles des victimes tentantes et faciles.

    Et malheureusement (ou heureusement ?) je ne peux pas être triste et me sentir concerné par toutes les personnes qui souffrent sur notre bonne vieille terre. Je réalise déjà la chance que j’ai aujourd’hui, et je préfère me concentrer là-dessus ; ce genre d’informations m’aide justement à relativiser.

    Et je pense que nous utilisons ce genre d’informations, tous, de façon consciente ou inconsciente pour comprendre la chance que nous avons et les profondeurs insondables jusqu’où peu descendre la nature humaine.

    • Je ne peux pas être entièrement d’accord avec toi ! Cette impuissance me hérisse depuis toujours, et ça n’est jamais passé avec l’âge.
      Aujourd’hui que justement j’ai possibilité d’exprimer et d’informer, je le fais, et ce n’est pas suffisant j’en suis bien consciente.
      Mais aujourd’hui, j’ai aussi la chance de vivre dans un pays ultra privilégié, alors je me dis que quelque part si de l’argent qui aurait été dépensé dans des conneries peut servir, je le ferai.

      Cette histoire m’a vraiment bouleversée et sensibilisée, je pensais aussi que tout était trop loin, trop tard, et que personne ne pouvait rien y faire, mais aujourd’hui je sens que je n’ai plus le choix, et qu’à mon micro-niveau, je DOIS agir.

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