Féminisme : pourquoi j’ai changé d’avis

Un beau jour de 2011 (enfin un moche, il me semble que c’était en octobre), j’ai écrit un article sur le féminisme. Article tombé dans l’oubli, c’est clair qu’avec 6 lecteurs (dont plusieurs que j’oblige à lire à coup de chantage affectif), cet article n’a pas déclenché grand émoi. Puis je me suis dit que j’avais pas envie d’écrire sur ce sujet donc je suis passée à autre chose. En août 2013, je suis retombée dessus alors que je re-tagguais tous mes articles, et je l’ai relu. En me disant « La vache, qu’est-ce que c’est que ce texte ». J’avais le choix : soit je le supprimais, soit le le laissais en place en me disant que j’y reviendrai. J’ai choisi la deuxième option, et par plus flemasserie, je l’ai laissé tomber au fond de mon oubli.

Heureusement, l’interouèbe est un monde sans pitié, et quelle ne fut pas ma surprise de 1. constater que j’avais de vrais gens qui me lisaient, et 2.je me faisait flamer d’une manière assez violente (je vous passe les insultes mais y’a eu du lourd) sur cet article. Après un bref moment d’hébétude, je me suis dit que finalement, c’était bien fait, que j’avais toujours eu la flemme, ou plus probable, pas l’envie de me replonger dans ma propre idiotie, et de faire le nécessaire pour corriger cet article.

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Après avoir écrit le disclaimer sur le sus-mentionné article, j’ai envie de pousser ma réflexion plus loin en me disant que cette analyse pourrait être intéressante. Cette auto-critique est tout sauf aisée pour moi qui suis fière comme une petite loutre sanguinaire des montages lapones, mais je me dis que si cette revue de conscience peut permettre de démonter des arguments insidieux et abominables, et si elle peut permettre, pourquoi pas, de faire réfléchir une autre « non-féministe » sur ses raisons profondes, youpi.

Cette image de Cassandre en plein effort a pour seul but de me réconforter un peu, chut.
Cette image de Cassandre en plein effort a pour seul but de me réconforter un peu, chut.

Pourquoi j’ai changé d’avis ? Comment ?

Je sais que ma maman fait partie des personnes que j’ai contraintes et forcées à me lire, elle me punira donc si elle veut si elle n’est pas d’accord, mais je viens plutôt d’une famille de féministes, ouverte culturellement et intellectuellement. Ma grand-mère était prof d’Arts Ménagers, vous savez, le truc qui fait de vous une bonne femme au foyer, et a toujours été malgré tout militante du droit des femmes (arrête de rigoler, maman !). Dans son foyer (je vois mal ma mamie brûler ses soutifs), et dans son éducation. « Ne laisse JAMAIS un homme t’entretenir ! Tu dois toujours travailler par toi-même et pouvoir à tout moment reprendre ton autonomie si les circonstances le veulent ! ».
Ma maman nous a élevés toute seule, et elle reste une figure d’indépendance et surtout d’intelligence et de culture. Noël est passé, je dis pas ça pour que tu m’envoies des cadeaux !

Bref, je n’ai pas manqué de modèles par rapport à ça et c’est paradoxalement peut-être pour ça que j’en suis venue à ce type de réflexion.

Pour moi, le féminisme n’était plus un combat. Ayé, le MLF avait déblayé tout ça, et notre seule force en tant que femme nous dispensait d’autre action de fond. Disposant en plus d’un caractère bien affirmé, je n’avais jusqu’ici pas ressenti de véritable « problème » en tant que femme. La réalité était toute autre, mais je ne pensais pas que ces difficultés étaient liées à mon sexe mais des écueils normaux dans toute vie humaine. Au fond toujours très égalitariste, j’ai toujours volontairement ignoré les différences entre individus (ce qui en plus me coupait de toute prise de conscience, avouez que c’est bien pratique).
Cette posture m’a aidée lorsque j’ai travaillé avec des personnes handicapées, par exemple, car il n’y a rien de pire que de plaindre les gens. Elle m’aide aussi chaque jour à vivre avec la maladie, car je ne supporte pas qu’on me plaigne, qu’on se sente obligé de m’assister en tout (c’est d’ailleurs pour ça que seuls les très proches savent vraiment ce que je vis).

Je pratique souvent l’humour noir sur mes propres handicaps, défauts et lacunes (je compte sur mes doigts, je me déplace comme une mamie, je suis bavarde et mégalomane, etc.), et très, très, très souvent le sarcasme et l’ironie. Sans doute trop souvent, car je dois souvent préciser que « heu quand je dis qu’il faut brûler tous les livres de biologie car la théorie de l’évolution est une oeuvre du démon, je plaisante, hein ? ».

Voilà. Pour être honnête, j’ai peu changé dans le fond, je suis toujours horriblement grinçante dans mon humour, et je pense toujours sincèrement que tous les gens sont strictement égaux, étant donné que nous partageons 99,9999% de patrimoine génétique. Biologiquement, il n’y a aucune raison de différencier qui que soit. A mon avis en tout cas.

Mew mew mew <3
Mew mew mew <3

Ce qui a changé c’est quoi alors ?

Comme je l’écrivais sur mon article du bingo féministe au travail, j’ai progressé professionnellement. La baffe, ça a été de rire avec mes collègues algériens, marocains et musulmans des préjugés les concernant et de me faire sévèrement recadrer (alors qu’ils riaient aussi hein, et de bon coeur). Alors que le même chef, revenant de sa pause déjeuner, ne s’offusquait pas de commenter le cul de la serveuse avec force détails et rires salaces. Et ne prenant pas en compte mon « heu…les mecs…je sais qu’on est 9 et que je suis la seule femme, mais là vous allez trop loin, merci. ». Puis proposait, à contrat et compétences supérieures pour ma part, 3000€ de plus par an à mon collègue homme.
J’ai donc refusé ce contrat et je me suis cassée (mais ça c’est une autre histoire). En réfléchissant à mon ancien boulot que j’avais quitté car je m’étais fait trimbaler comme une cruche pendant 6 mois avec un prétendu changement de poste et l’augmentation qui allait avec, j’ai réalisé que la personne que j’avais formée pour me remplacer avait eu le poste deux semaines après mon départ. Et était un homme.

Ma réflexion a été rétrospectivement jusqu’au plus loin dont je me souvenais. Et j’ai réalisé que si, j’avais bien été stigmatisée. Et merde. A l’école primaire (elle est bavarde comme toutes les filles mais plus sage), au collège (elle est nulle en maths mais bonne en français, donc c’est pas grave), au lycée (elle est en L, c’est une fille, mais on s’en fout parce qu’elle est mignonne), puis après…
Elle aime le dessin ? C’est chouette. Comme HOBBY.
Elle est infographiste ? C’est bien, c’est comme une super-secrétaire, non ? Ou maquettiste ? Elle sait faire les photocopies, au moins, c’est pratique.
Elle est webmaster ? Elle sait faire du design, mais je parie que quand ça code derrière, c’est pas pareil *wink wink*
Elle est admin réseau, système et serveur ? Oh c’est bien, elle pourra faire du support client sur des outils bureautique.
Elle est tout ça mais avec des années d’expérience ? Heu…ouais, support client c’est bien.

Je parle boulot mais c’est évidemment valable pour tout. Porter plainte pour viol et se faire débouter. HA HA HA OLOLOL. Surkiffance de la life, en même temps elle l’avait bien cherché, hein ? Appeler les flics car on se fait tabasser par son mec ? Bof, elle est bourrée, échevelée, elle est à moitié folle de toutes façons, ça se voit, son mec fait ce qu’il peut, allez, bonne nuit madame, ne nous faites plus nous déplacer pour rien la prochaine fois (la fois suivante j’y ai été la gueule en sang, ça les a un peu plus convaincus. Un peu.).
Des exemple, on en a toutes (et tous) à la pelle, j’avais simplement une lecture complètement biaisée par mes préjugés (pourtant égalitaristes, je vous le rappelle.).

Les arguments insidieux

Là où ça devient grave, c’est que ces préjugés m’ont permis d’énoncer des énormités, tout en étant convaincue que mon raisonnement n’était pas agressif et ne posait pas de problème, étant donné qu’à la base je ne suis pas sexiste.

Le premier argument c’est qu’il est anormal que le féminisme existe toujours. Si j’en suis toujours convaincue d’une manière purement logique (car pour moi il est aberrant de DEVOIR lutter pour une égalité qui devrait être établie depuis des années), la réalité du monde est hélas bien plus complexe. Je n’ai pas tenu compte du fait que le droit des femme est un concept très récent. Très trèèèès récent (par rapport aux droits de l’homme et du citoyen en 1789, précédé par de nombreux autres textes).

1924 : Uniformisation des programmes scolaires masculins et féminins et création d’un baccalauréat unique.
1944 : Droit de vote et d’éligibilité pour les femmes.
1965 :  Les femmes mariées peuvent exercer une profession sans l’autorisation de leur mari.
1975 : Loi Veil pour l’Interruption Volontaire de Grossesse – IVG – Réintroduction dans la loi du divorce par consentement mutuel
2004 : La loi du 26 mai relative au divorce introduit la procédure d’éviction du conjoint violent.

Donc oui, il est anormal que nous devions encore nous battre pour des principes pourtant simples, mais cela ne nous dispense pas de lutter. Pour reprendre un autre exemple : je considère qu’il est anormal que les Restos du Coeur existent encore, donc du coup je ne donne rien et je ne m’indignerai jamais de la situation d’une bonne partie de la population. Voilà voilà.

Dire que le combat ne devrait pas être mené dans un monde idéal et plein de licornes magiques, c’est particulièrement inconsistant. J’ai toujours pas vu de licorne à ma fenêtre, que je sache.

Le second argument est celui de la récupération politique. Il est de bon ton de racler tous les bords du saladier électoral en usant de n’importe quel argument susceptible de s’attirer les bonnes grâces d’une partie de la population. C’est un fait, la question « pourquoi récupérer un événement aussi glauque pour en faire un sujet de polémique ? » trouve une réponse dans la phrase précédente.
Au sujet du viol, là on parlait de DSK, j’ai fait preuve de beaucoup de cynisme sans expliquer le fond de ma pensée. Ce mec me fait vomir, le fait qu’il s’en sorte tranquillou (comme beaucoup trop de violeurs, en même temps…) et qu’on ait automatiquement pensé que Nafissatou Diallo avait monté ça pour le fric est plus que gerbant. Ce qui m’a profondément agacée c’est surtout qu’on en fasse un immense scandale, alors que le viol « ordinaire » fait péniblement audience aux infos…
En me relisant je me rends compte que j’ai très mal retranscrit ma pensée.

Le troisième argument, et le plus important sur cet article, c’est l’idée d’activisme et la perception qu’on peut en avoir à travers les médias. Il faut dire que je ne regarde plus la télé depuis…heu…2008, et que les infos qui me parviennent le sont accidentellement la plupart du temps. Je suis coupée du monde extérieur, et surtout complètement coupée de la politique. Venant d’une famille ultra-politisée et militante, j’ai passé ma jeunesse avec les débats à table et les lectures du Monde ou du Canard Enchaîné. En réaction, j’ai très tôt complètement rejeté tout ça, et je n’ai d’ailleurs pas voté aux présidentielles de 2002 (je vous raconte pas la purge que j’ai prise à la maison quand j’ai avoué ça…). J’ai maintenant une carte électorale et tout, je vote gentiment, mais à vrai dire je n’ai aucun intérêt dans la politique, j’y comprends rien, même si je suis quand même clairement de gauche sur le fond (ou comment réduire encore mon lectorat. Et merde).

Mon problème ici ça a été le « mademoiselle ». Je comprends intellectuellement le principe derrière la polémique et la demande du retrait du « mademoiselle » sur les formulaires. Je trouve cette demande légitime. Ce qui me chagrine c’est que des associations militent activement sur des centaines d’autres choses, et que le pékin moyen (c’est à dire moi), ne retienne que ça. Des années de lutte, et ce qu’on retiendra c’est que des femmes ne veulent pas qu’on les appelle « mademoiselle ». C’est tellement resté qu’après mon mariage (2012) ça a beaucoup fait parler mon entourage et mes collègues de travail (rapport à mon caractère de merde, tout ça).

La représentation du féminisme qui est faite dans les médias est juste dégueulasse et injuste. Je parle du média moyen, que le français moyen va regarder le soir dans son canapé devant la télé. C’est tellement vrai, et facile de glisser dans ce confort, que je me suis engluée dans cette imbécillité avec un sourire béat et satisfait.

Le féminisme n’est pas cette représentation que TF1 en fait : ne vous laissez pas abuser comme moi !

Pourquoi écrire sur le féminisme ?

Une autre chose a changé en deux ans, c’est moi. J’ai appris à me faire confiance, à (presque) m’aimer, et à cesser de chercher l’approbation des autres en permanence. Jusqu’ici j’avais soigneusement évité de prendre radicalement position sur n’importe quel sujet de peur de déplaire.

Aujourd’hui, de la même manière que j’ai cessé de faire des régimes et de me vouloir absolument mince et rentrant dans un 40 (oui un 38 c’est quand même irréaliste), je me contrefous de perdre des « amis » en prenant position. J’ai donc envie de m’engager, de prendre parti, et d’apprendre à réfléchir par moi-même sur des sujets polémiques. C’est assez difficile, car je déteste les débats et les prises de becs, je suis un bisounours en guimauve tout au fond, et rien ne me ferait plus plaisir que de voir tout le monde s’entendre et se faire des bisous en toute courtoisie.
Mais depuis plusieurs mois, je suis les discussions animées sur Facebook, Twitter, dans les articles que je lis et leurs commentaires, j’apprends les arguments « pro », « anti » et je construits ma propre logique.

Pour autant, je n’ai pas nécessairement envie d’écrire d’articles très engagés, je préfère démontrer par l’exemple (comme le dernier article sur la part de sexisme dans les « blagues ») et rechercher des faits, des données, de manière analytique (comme d’autres articles que j’ai pu écrire sur des sujets plus scientifiques ou culturels). D’autres auteurs (et autrices, j’ai découvert le mot récemment grâce au renard de l’espace)(non je ne prends pas de drogue) le font bien mieux que moi et sont mieux habitué(e)s au sujet.

Pour finir

A vous qui n’êtes pas féministe

Posez-vous la question simplement

Pensez-vous que tous les êtres humains sont égaux ?

Pensez-vous que la femme soit un être humain ?

Félicitations, vous êtes féministe !

Moins simplement, quelques questions :
– Trouvez-vous normal la sous-représentation de la femme, que ce soit en politique, dans les médias, dans les films…?
– Trouvez-vous normal qu’une femme gagne moins qu’un homme à travail égal ?
– Trouvez-vous les blagues sur les femmes (ou les blondes) dérangeantes ?
– Avez-vous déjà été victime ou assisté à une scène de drague de rue pitoyable se terminant par « salope » ? Quel a été votre sentiment ?
– Est-ce qu’une femme est obligatoirement une mère ? Une femme sans enfant est-elle incomplète ?
Pensez-vous que les femmes ont trop de privilèges ?

Si ces questions vous font hausser un sourcil, bravo, vous êtes en train de réfléchir.

A vous qui ne savez pas par où commencer

Plein de blogs super intéressant existent dans les internets ! Je citerai dans le désordre (mais avec Julie en premier parce que j’ai énormément appris grâce à elle, et Salomée en second parce qu’elle a débusqué le truc et m’a obligée à sortir de ma paresse intellectuelle) :

Il y en a d’autres que j’ai probablement oublié, si vous en avez ça m’intéresserait pour ma catégorie « Féminisme, stigmatisation, réflexions » dans les liens.

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18 réponses à “Féminisme : pourquoi j’ai changé d’avis”

  1. Je… mais… <3
    J't'ai rien appris du tout, t'as l'impression pasque je parle fort (même à l'écrit, c'est un don) et que je dis des gros mots et que je traite tout le monde de connard. Mais tu savais déjà, t'as pas eu besoin de moi vas ^^

    Tain jvais pleurer. Tu fais chier.
    <3

  2. Bizarrement, autant je trouve que le féminisme est légitime à porter seul des luttes comme « madame ou madame » même si la com’ pourrie a laissé sans complexe les médias apposer dessus l’étiquette de chien n’es de garde hysteriques, autant je trouve que sur le viol il y a deux problèmes de fond. Considérer que c’est un combat féministe, c’est dire que les hommes en sont les coupables naturels et de la même façon les femmes les victimes naturelles. Notre société à besoin d’une prise de conscience globale sans se préoccuper du sexe des victimes. Le combat doit cesser d’être « féministe » avant d’aboutir si on veut aller vers l’égalité. On ne peut pas traiter un tel sujet comme on traiterait une espèce menacée car c’est inscrit dans le rapport du monde à une telle espèce qu’on choisi de la traiter comme naturellement inapte à s’en sortir toute seule. Appliqué au viol traité par les féministes ça ressemble juste furieusement à du sexisme. Le second point sur le viol est que (c’est sans doute facile de la part d’un homme) il me semble invraisemblable de condamner quelqu’un fut ce la dernière crapule pour un cri me dont il est accusé sans éléments objectifs démontrant sa culpabilité. C’est trop souvent le cas pour l’ensemble des crimes et délits que les auteurs commettent cachés, à commencer par le viol. Dans un état de droit la déclaration de la victime seule ne saurait avoir une telle force probante. Et si on applique cela à DSK par exemple, et dans l’hypothèse où les seuls éléments du dossier sont ceux qui ont été rendus publics, il est sans doute dégueulasse qu’il s’en sorte. Mais il aurait été pire encore qu’il soit condamné.

    • C’est une des raisons pour lesquelles j’ai proposé un « point rapewin » il y a quelque temps :
      http://i58.servimg.com/u/f58/12/31/12/43/rapewi10.jpg

      Le « point du viol » reste le type d’arguments extrémiste que je n’aime pas vraiment dans le débat féministe. Le viol mérite son combat à lui tout seul, mais malheureusement il concerne beaucoup plus de monde que le « panel » féminin.
      Parler du viol est une bonne chose, lutter contre les pensées culpabilisant (au mieux) les victimes est primordial. Mais je n’ai pas l’impression que ce sujet en particulier fasse avancer n’importe quel débat sur la femme, je le vois plutôt comme un écueil, un raccourci facile.

      Je parle ici de l’utilisation du viol en tant qu’argument bateau dans un débat classique tel que je peux en lire ici et là. Intérêt : quasi nul.

      Il me semble cependant que le sujet du viol des femmes a tout à fait sa place dans le discours féministe, tant le chemin qui nous reste à parcourir est simplement immense. Je parle de viol « des femmes » (et pas du viol des hommes, ni des enfants, ni des vieux, ni des handicapés). On peut arguer que la loi est du côté des femmes, la réalité (celle des Restos du Coeur) fait que globalement : non. Le problème ici, que je n’ai pas soulevé dans mon article, est que la parole de la femme est quasi-systématiquement minimisée, culpabilisée. On a honte, on « aurait dû » (s’habiller différemment, ne pas sortir, avoir pris des cours de krav maga, bécasse !). Et là j’évoque juste les arguments les plus simples.

      Sur DSK, je n’ai absolument pas suivi le truc après les premières retombées (je travaillais alors dans la veille média, je viens de m’en souvenir et je pense que ça pourrait être une précision ultra-importante en fait…), mais : ce type est pervers, c’est un fait. Le discours de Kahn sur « le troussage de domestique » m’a filé la gerbe, ainsi que les autres éclaboussures de l’affaire aux relents putrides.
      Que celle-ci se conclue par un arrangement financier me chiffonne un peu, va savoir pourquoi…

      Pour finir, l’argumentation d’un combat « humaniste » avant d’être « féministe » fait écho en moi à une discussion à laquelle j’ai assisté il y a quelque temps. Sans être en désaccord, je ne peux pas pour autant opiner bêtement du chef. Mais je n’ai pas assez de recul et de connaissances pour te répondre sur ce point.

    • La question qu’on peut se poser c’est : quel avantage concret et réel une femme peut elle retirer à porter plainte et passer par un process lourd et contraignant dans lequel elle sait qu’elle a précisément peu de chances de gagner ? C’est exactement ça qui fait que 90% des victimes ne portent PAS plainte. Car quand des gens évoquent le fait que on a jamais trop de preuves tangibles que c’est que les dires de l’un contre les dires de l’autre on a l’air de parler d’une querelle anodine du genre de l’arbre du voisin qui dépasse sur le jardin de l’autre. En pensant ça on a intériorisé le fait que la victime potentiellement ment pour obtenir qqchose et qu’elle serait dans la manipulation. Donc je pose la question: avez vous vécu une procédure de dépôt de plainte pour viol avez vois vécu la difficulté du bordel? Parce que sinon vous savez que personne, ou alors une infinitesimale proportion, ment et fait ça par vénalité.
      Dans d’autres pays comme les États Unis les professionnels de police ou de santé sont mieux formés à identifier les traumatismes causés par un viol, à traiter ces cas. En France c’est encore finalement un sujet méconnu et cela ajoute à la violence que subissent les victimes.
      C’est aussi une culture qui doit changer : vous dites qu’on devrait pas prendre en compte le sexe de la victime que ça devrait pas être un combat féministe. Je l’entends. Ceci étant sur c’est grâce à une lecture féministe qu’on comprend les rouages de la culture du viol. Et qui provient évidemment de la culture patriarcale, du droit de cuissage, de la croyance selon laquelle les hommes auraient plus de besoins sexuels, que leur désir serait plus pulsionnel voire plus important que le désir féminin (prétendu moins grand plus discret et plus cérébral). C’est tout ça qui fait qu’on arrive a des situations comme dans cet article (horrible) http://www.ladepeche.fr/article/2014/01/24/1802300-vient-coucher-lit-porte-plainte-viol.html où même jusqu’à la manière d’écrire du journaliste on entend que la culpabilité est du côté de la victime. C’est ancré très profondément même chez la majorité qui n’a jamais violé et ne violera jamais. Donc il faut comprendre que la culture du viol est dans la lignée de la culture patriarcale et d’une certaine image de la virilité pour comprendre les ressorts et ce qui explique qu a 90% les victimes sont des femmes et que a 90% les violeurs sont des hommes (y compris sur d’autres hommes). Si on efface les sexes m/f de l’analyse en réalité on ne plus comprendre les ressorts derrière le viol. C’est encore plus dangereux à mon sens.

      Bonne journée

      • Je présume que la question ne m’était pas adressée concernant la procédure de dépôt de plainte, mais je confirme quand même, pour l’avoir fait, que ça n’a fait qu’ajouter du traumatisme à ce qui était déjà éprouvant et pénible quand je l’ai fait. Je le referais, bien sûr, mais ça a été épouvantable.

        De même que pour la procédure en cas de violence conjugale, tout ça est un gros WTF…Hey les mecs, j’ai la gueule en sang, vous faut quoi de plus ? Ah ? Ah oui, ok, je l’ai provoqué…j’ai rien dit…

  3. On distingue encore un peu de misogynie dans ton article (« qqch de la femme »… est-ce que tu dirais « les droits du noir » ?*) mais ça a l’air en bonne voie, bravo.

    Comme lecture, je suggère http://lesquestionscomposent.fr

    * : à ce sujet, on peut réfléchir à l’idée que, les femmes étant sans arrêt ramenées à leur sexualité, on finit par se comporter (et s’exprimer) comme si c’était la seule chose qui les définissait, comme si tous les êtres équipés d’un vagin étaient tous les mêmes, du même avis (« la femme » (cet être mystique) au lieu de « les femmes »).

    • Bonjour,

      Merci de la remarque, il est vrai que je n’ai pas poussé la sémantique à ce point, mais vous avez raison sur le fond, je tâcherai d’éviter l’esquif la prochaine fois 🙂

  4. C’est courageux d’avoir écrit ce billet :). Admettre qu’on a eu tord est toujours terriblement difficile.
    Denis Colombi a lui aussi écrit de bon articles sur le sujet sur son blogue (http://uneheuredepeine.blogspot.fr/) et même si ce n’est pas le thème principal de ce dernier, je recommande vivement sa série de billets sur l’humour (ou pourquoi le fait que ça soit une blague, n’empêche pas un propos d’être sexiste et blessant).

    « La représentation du féminisme qui est faite dans les médias est juste dégueulasse et injuste. Je parle du média moyen, que le français moyen va regarder le soir dans son canapé devant la télé. »
    Je n’ai pas l’impression que ça se limite au féminisme (même si c’est vrai que ce n’est pas le mieux servit). Il me semble que la représentation de quasiment tout courant politique ainsi que celle du jeu politique est, en France, complètement biaisée par ces « médias moyens » qui insistent toujours sur les combats les plus anecdotiques, ne rapportent que les « petites phrases » et ne présentent quasiment jamais des mouvements ou des groupes que les personnes ayant un comportement « problématique ». Par exemple, avez-vous remarqué qu’ils ne parlent quasiment jamais du fond des projets de lois (qui sont pourtant publiquement débattus et consultables) mais uniquement de ce qu’en pense tel ou tel autre groupe de personnes ? Où encore que les qualificatifs associés aux personnes politiques sont systématiquement non-neutres (les hommes politiques ne dépendent pas d’une commune ou d’un circonscription, ils ont un « fief » ou visitent leur « territoire »), qu’ont leur prête très souvent des intentions peu louable sans aucune base tangible et qu’on insiste à n’en plus finir sur les querelles de clochers, même quand celles-ci sont insignifiantes ?
    Bon, je me suis pas mal écarté du sujet d’origine et je m’en excuse, mais en lisant ce passage ça m’ait venu à l’esprit ^^.

    • J’ai cité Denis Colombi sur mon article concernant l’humour, je ne peux donc qu’opiner du chef avec obstination : ses articles sont très bien écrits, très didactiques et accessibles à tous.

      La remarque sur les médias/politique est très juste. Il est en effet très facile de tomber dans le panneau de l’info à sens unique…c’est d’ailleurs pour cela que j’ai arrêté le JT télé (mauvais pour la santé !), et que je cherche à recouper les sources de ce qui m’intéresse un maximum avant de gober n’importe quoi. Ce qui est fatiguant, c’est surtout qu’on doive s’astreindre à cette gymnastique tous les jours, en permanence, et qu’au bout d’un moment cela devient un réflexe de tout mettre en doute. Bon, en même temps, ça permet de réfléchir et de confronter ses préjugés. Mais je comprends que beaucoup se fassent avoir…
      Plus ça va, plus le politique est people, et nous prompts à juger sur tout. Sauf la politique, les lois, bien sûr…

  5. oui voilà c’est ce que je disais. Quand on commence sa vie de jeune active, c’est tout nouvô tout bô, on a l’impression de pouvoir conquérir le monde, les hommes nous courtisent par douzaine, on a l’impression de régner en maître… Et puis, plus tard, quand les premières rides et le premier bidon apparaît et que l’émoi des hommes est moins pressant ; quand on en a marre de voir le poste qu’on convoite passer à des mecs parce que eux feront pas de gosses donc les postes à responsabilité, y peuvent ; quand on commence à se rendre compte qu’une femme c’est surtout à poil pleine page de pub qu’elle a vraiment de la valeur et qu’on commence à prendre conscience de l’ampleur du pb dans la société…

    Ouais, là, on renie ce qu’on pensait, on se dit qu’on était conne (moi j’ai milité pour le droit d’être femme au foyer, quand j’avais 18 ans… Sans blague, qu’est-ce que j’en savais, connasse que j’étais), que si on avait su…

    Mais tout âge est bon à prendre, dans la vie, allez. ^^

    • C’est exactement ça. Ma vie pro n’en était pas à ses débuts, mais c’était la première fois que je faisais quelque chose qui me plaisait pour de vrai. Evidemment, après…bah tout ce que tu dis, voilà 🙂

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