[Beurkin] Pancol ou la zoologie pour les femmes

Souvenez-vous, il y a quelques…années, je vous navrais avec mes spoilers de Guillaume Musso et de Marc Lévy.

Oh, il m’en a fallu, du temps, et de bons romans, pour me purifier l’âme (entres autres la trilogie du Seigneur des Anneaux et quelques milliers d’écrits du Grand Nord sauvage) et oublier, vite, les mésaventures tragico-affligeantes de ces personnages de romans fadasses et pourtant extrêmement rentables.

Et puis Flavie, encore, elle, bravo Flavie, m’a apporté « La Femme Parfaite est une Connasse » en me demandant d’en faire la critique.

Oh panique.

Et puis on m’a demandé si j’avais lu 50 shades of Grey.

*crise de spasmophilie bien imitée* (sisi j’imite super bien la spasmophilie)

Il me fallait rapidement une parade, un TRUC, tout pour retarder l’inévitable qui serait la lecture de ces deux aberrations chromosomiques littéraires.

Ah mais oui, Pancol ! Mais si, si, j’avais dit « dans la lignée de Musso tout ça » Pancol, mais oui, bien sûr, Pancol, suis-je bête.

Bref.

Pancol.

Katherine de son prénom avec un K, céans avec un pull-over rose :

AVT_Katherine-Pancol_6892-682x1024

…vous vous attendiez à un commentaire narquois ? Et bien non, vils que vous êtes.

Les crocodiles sont des enfoirés

J’ai entamé ma lecture par « Les yeux jaunes des crocodiles« . Parce que j’aime bien les crocodiles et que la couv’ en poche est pas mal réussie.

519PtD5C01L

Le seul souci, c’est qu’il s’agit d’une SAGA d’au moins trois livres, et que maintenant je suis obligée de lire les trois. La Saga Cortès, du nom d’épouse de Joséphine Cortès, l’héroïne. Je précise d’emblée qu’il s’agit de son nom d’épouse, parce que c’est une des raisons qui m’a fait m’arracher les rares cheveux de féministe qui me restent à travers ma lecture.

A vrai dire, je ne me souviens même plus du nom de jeune fille de Joséphine, je pense qu’elle non plus, et pire, tout le monde s’en contrefout. Pourtant, elle se fait plaquer dans les 10 premières pages par son mari, pour un modèle plus jeune. Son mari se barre ensuite exploiter des crocodiles avec l’Autre au Kenya.

Cadeau, la première page du livre :

Joséphine poussa un cri et lâcha l’éplucheur. Le couteau avait dérapé sur la pomme de terre et entaillé largement la peau à la naissance du poignet. Du sang, du sang partout. Elle regarda les veines bleues, l’estafilade rouge, le blanc de la cuvette de l’évier, l’égouttoir en plastique jaune où reposaient, blanches et luisantes, les pommes de terre épluchées. Les gouttes de sang tombaient une à une, éclaboussant le revêtement blanc. Elle appuya ses mains de chaque côté de l’évier et se mit à pleurer. Elle avait besoin de pleurer. Elle ne savait pas pourquoi. Elle avait trop de bonnes raisons. Celle-là ferait l’affaire. Elle chercha des yeux un torchon, s’en empara et l’appliqua en garrot sur la blessure. Je vais devenir fontaine, fontaine de larmes, fontaine de sang, fontaine de soupirs, je vais me laisser mourir. C’était une solution. Se laisser mourir, sans rien dire. S’éteindre comme une lampe qui diminue. Se laisser mourir toute droite au-dessus de l’évier. On ne meurt pas toute droite, rectifia-t-elle aussitôt, on meurt allongée ou agenouillée, la tête dans le four ou dans sa baignoire. Elle avait lu dans un journal que le suicide le plus commun chez les femmes était la défenestration. La pendaison, pour les hommes. Sauter par la fenêtre ? Elle ne pourrait jamais. Mais se vider de son sang en pleurant, ne plus savoir si le liquide qui coule hors de soi est rouge ou blanc. S’endormir lentement. Alors, lâche le torchon et plonge les poignets dans le bac de l’évier ! Et même, et même… il te faudra rester debout et on ne meurt pas debout. Sauf au combat. Par temps de guerre… Ce n’était pas encore la guerre. Elle renifla, ajusta le torchon sur la blessure, bloqua ses larmes, fixa son reflet dans la fenêtre. Elle avait gardé son crayon dans les cheveux. Allez, se dit-elle, épluche les pommes de terre… Le reste, tu y penseras plus tard !

Joséphine est patate, Joséphine est malheur, Joséphine est maman de deux filles, Joséphine a sacrifié sa vie pour sa famille, et la Vie lui renvoie tout en pleine gueule, la garce !

Si ça c’est pas de l’archétype en papier mâché, je veux bien me défenestrer. Au fait non, Katherine, les femmes comme les hommes privilégient la pendaison, et ces dernières utilisent volontiers les intoxications médicamenteuses comme mode de suicide. La défenestration ne concerne que 9,7% des femmes. Un point pour l’égalité femmes-hommes ololol (pardon pardon).

Bon sinon, elle travaille au CNRS sur des sujets obscurs du XIIème siècle, et fait vivre sa famille avec son travail de chercheuse (GG !). Ce sera d’ailleurs le seul véritable point d’intérêt du livre, en apprendre une lichette de plus sur le Moyen-Âge, et encore, je suis généreuse.

Donc là je parie que Joséphine ressemble un peu à ses patates, elle a le cheveu terne, l’œil vide, la peau squameuse à force d’attendre le prince charmant dans son eau de cuisson.

Bingo !

Son mari, Antoine (aka Tonio) Cortès, a perdu son travail chez « Gunman &Co » quelques années auparavant, et n’est évidemment plus que l’ombre de lui-même. Son chômage lui a ôté son rôle de patriarche, voyez, du coup bah…pouf pouf, il trompe sa femme avec une coiffeuse sa secrétaire une esthéticienne , la blonde et pulpeuse Mylène, et finit par se barrer avec elle au Kenya pour élever des crocodiles. Archétype en carton-pâte n°2 de l’Homme, Immuable, Fort, Beau, Glorieux, qui va panser ses blessures narcissiques dans le ouisky et surtout dans les bras de la Blonde (Archétype n°3).

La plantation comprenait plusieurs départements. Il y avait l’élevage des poulets qui servaient à nourrir les crocodiles et les employés, l’élevage de crocodiles qui partait des barrières de corail et s’étendait sur plusieurs centaines d’hectares à l’intérieur des terres dans des rivières aménagées, la conserverie qui recueillait la viande des crocodiles et la mettait en boîtes, et l’usine de transformation où les peaux des crocodiles étaient découpées, tannées, préparées, assemblées afin de partir en Chine pour être transformées en malles de voyage, valises, sacs, porte-cartes, porte-monnaie siglés au nom des grands maroquiniers français, italiens ou américains. Cette partie de son commerce inquiétait Antoine qui craignait des représailles internationales si on venait à découvrir que le trafic commençait dans sa plantation. Quand il avait été embauché par le propriétaire chinois qui était venu de Pékin pour le rencontrer à Paris, cette partie de son activité lui avait été cachée. Yang Wei avait surtout insisté sur l’élevage, la production de viande et d’œufs qu’il faudrait organiser dans les meilleures conditions financières et sanitaires. Il lui avait parlé d’activités « annexes » sans les détailler, lui promettant qu’il toucherait un pourcentage sur tout ce qui sortait « vivant ou mort » de la plantation. « Dead or alive, mister Cortès ! Dead or alive. » Il souriait d’un large sourire cannibale qui avait fait entrevoir des profits mirifiques à Antoine.

Je présage donc, dès la page 12, un plantage en beauté.

re-Bingo !

Mis à part son échec, il n’y a aucune mais aucune morale. Non, attendez, le mec a vendu des armes pendant la majeure partie de sa carrière professionnelle. Ensuite il va dans une ferme de crocodiles exploiter des animaux sans défense pour en faire des boîtes de conserves et des sacs à main, le tout chapeauté par Monsieur Wei, archétype n°376 du Chinois mesquin, habile et manipulateur. Je m’attendais donc à une « morale » ou au moins un semblant de prise de position, sauf que non, combo exploitation animale+racisme sous-jacent complètement gratuit bonjour (les autres asiatiques illustrés dans le livre sont des serviteurs à l’échine courbée ou des employés payés 12 centimes la journée et qui se font régulièrement bouffer par les crocodiles, sans que ça émeuve qui que ce soit. Normal.). Idem pour le reste du contexte du livre qui nous parle tout de même de la bourgeoisie parisienne puante, mais non. Dire que ce livre est politiquement « neutre » est inexact : ce livre est politiquement nul. Nul. Nada. Rien. Et surtout, aucun Noir. Même au Kenya. Jamais. Que des chinois.Tout va bien, youpi, vous reprendrez bien un peu de Prozac ?

Antoine avait appris qu’il ne fallait jamais affronter un Chinois de front. Le Chinois est très sensible, susceptible même, et chaque avertissement peut être interprété comme une humiliation qu’il remâchera longtemps.

9kmJfWG

La douce progéniture de Joséphine est constituée d’Hortense, âgée de 13 ou 14 ans, et de Zoé, 10 ans. La première est une jeune pimbêche sans-cœur, la seconde ressemble à sa môman.

Introduction d’un nouveau personnage après les formalités d’usage sous forme de flashback à l’attention du lecteur qui n’aurait pas saisi les « subtilités » du couple Joséphine/Antoine, Iris, la sœur de Joséphine.
C’est très curieux, tiens donc, je m’étonne bien fort, ohlàlà, mais Iris est la sœur aînée, et probablement le modèle adulte d’Hortense (tandis que Zoé est le sosie en nain de Joséphine, bravo, vous avez suivi).

C’était Iris, sa sœur aînée. Elle parlait toujours d’une voix gaie et entraînante comme si elle était chargée d’annoncer les promotions au supermarché. Iris Dupin, quarante-quatre ans, grande, brune, mince, aux longs cheveux noirs qu’elle disposait comme un voile de mariée perpétuelle. Iris qui devait son prénom à la couleur des deux grands lacs d’un bleu intense qui lui servaient d’yeux. Quand elles étaient petites, on l’arrêtait dans la rue. « Mon Dieu ! Mon Dieu ! » répétaient les gens en se mirant dans le regard sombre, profond, ourlé de violet avec un minuscule éclat doré. « C’est pas possible ! Viens voir, chéri ! Jamais vu des yeux comme ça ! » Iris se laissait contempler, jusqu’à ce que, satisfaite et repue, elle entraînât sa sœur par la main en sifflant entre ses dents « quels ploucs ! Z’ont jamais rien vu ! Faut voyager les mecs ! Faut voyager ! ». Cette dernière phrase mettait Joséphine en joie, elle partait en hélicoptère, les bras grands ouverts, tournant sur elle-même et hurlant de rire. Iris, en son temps, avait lancé toutes les modes, accumulé tous les diplômes, séduit tous les hommes. Iris ne vivait pas, Iris ne respirait pas, Iris régnait. À vingt ans, elle était partie faire ses études aux États-Unis, à New York. À l’université de Columbia, département cinéma. Elle y avait passé six ans, était sortie première ex aequo de sa promotion, avait gagné la possibilité de réaliser un moyen métrage de trente minutes. À la fin de chaque année, les deux meilleurs étudiants se voyaient allouer un budget pour tourner un film. Iris avait été l’un des deux. L’autre lauréat, un jeune Hongrois, géant ténébreux et hirsute, avait profité de la cérémonie de remise des prix pour l’embrasser en coulisses. L’anecdote était restée dans les annales de la famille. L’avenir d’Iris s’inscrivait en lettres blanches sur les collines d’Hollywood. Et un jour, sans crier gare, sans que personne n’ait prévu ce retournement, Iris s’était mariée. Elle avait à peine trente ans, revenait des États-Unis où elle avait remporté un prix au festival de Sundance, prévoyait de réaliser un long métrage dont on disait le plus grand bien. Un producteur avait donné un accord de principe et… Iris avait renoncé. Sans fournir aucune explication ; elle ne se justifiait jamais. Elle était rentrée en France et s’était mariée. En voile blanc, devant le maire et le curé. Le jour de son mariage, la salle de la mairie affichait complet.

Archétype n°4 : la grande sœur prétentieuse et superbe qui fait se sentir notre héroïne un peu plus patate chaque jour de sa vie en comparaison. Je passe sur le fait que les yeux des bébés CHANGENT en grandissant (une sombre histoire de mélanine)(pardon) et que nommer « Iris » un enfant qui va peut-être finir par avoir les yeux noirs est suprêmement inepte, sinon je vais me défenestrer à nouveau.

Iris est donc belle, grande, mince, Iris a fait un beau mariage avec Philippe, un homme riche, beau, blablabla (Archétype n°5 : le CSP++ qui sous ses dehors de vautour puant a un petit cœur tout rose qui bat), en renonçant évidemment à tous ses rêves de gloire pour devenir maman au foyer. Maman, oui, mais bien sûr maman indifférente à son fils, Alexandre, qui a l’âge de Zoé et qui est cré cré malheureux parce que Papa est au bureau et Maman fait sa manucure.

Fichtre, j’en suis même pas à la fin du premier chapitre et j’ai déjà envie de pleurer à chaudes larmes. Tu m’étonne que je reçoive des coms de « on a pa besoin du féminisme c une femme ki le di ».

19a7h5y26zihfjpg

Reprenons.

Nous rencontrons ensuite, en vrac :

  • Shirley, voisine de Joséphine qui vit avec son fils Gary, un ado mal dans sa peau, de l’âge d’Hortense, l’anglo-saxonne pétillante et fougueuse, qui cache un lourd secret (Archétype n°6) et qui vit en vendant des gâteaux aux riches. Really.
  • Henriette, la mère indigne d’Iris et Joséphine qui est une vieille peau acariâtre et injuste et méchante et mauvaise (Archétype n°7) qui a perdu son mari et a dû, pour préserver ses filles et surtout son niveau de vie, épouser…
  • Marcel, le second mari d’Henriette, beau-père d’Iris et Joséphine, gros beauf luisant avec cravate fluo mais qui a réussi à la force du poignet à devenir un homme d’affaires super riche dans l’ameublement et la décoration intérieure (Archétype n°8), et qui couche avec…
  • Sa secrétaire, Josiane, alias « Choupette », la péquenaude sauvée de la prostitution par Marcel qui l’a pris sous son aile (Archétype n°9) et qui couche aussi avec…
  • Chaval, le bellâtre cadre sup’ infect et calculateur (Archétype n°10).
  • Bérengère, la bourge parisienne « meilleure amie » d’Iris (Archétype n°11)
  • Luca, l’inconnu de la bibliothèque, l’intello beau comme un dieu qui s’ignore, animal blessé qui cache ses blessures narcissiques sous une fausse indifférence (Archétype n°12) et dont Joséphine va tomber amoureuse.

N’en jetez plus, pitié.

J’en suis à ce stade de ma lecture à me demander s’il existe un Grand Manuel de l’Ecriture Médiocre qui recenserait tous les personnages archétypaux en nous précisant la liste de leurs attributs obligatoires. Non mais là, on ne peut pas faire plus cliché.

Ah, si, j’oubliais.

Tous les « pauvres » parlent comme des titi parigots. Sérieusement (Ici Marcel raconte dans un monologue intérieur son rapport avec Josiane) :

Elle venait du même milieu que lui. La vie l’avait formée à coups de baffes, de brutes qui s’étaient collées contre elle, l’avaient tripotée, enfournée sans qu’elle ait eu le droit de se défendre. Marcel avait vite compris, à la regarder, qu’elle ne demandait, comme lui, qu’à se dépêtrer de ce bourbier. « Mon salaire pleure misère, va falloir lui rendre le sourire », lui avait-elle déclaré neuf mois après avoir débuté. Il avait obtempéré et mieux : il en avait fait une odalisque rusée et avisée, débordante de chair et d’intelligence. Peu à peu elle avait éliminé toutes ses maîtresses, celles qui le consolaient de la triste compagnie conjugale. Il ne le regrettait pas. Il ne s’ennuyait jamais avec Josiane. Ce qu’il regrettait, c’était d’avoir épousé Henriette. Le Cure-dents constipé. La peine-à-jouir mais prompte-à-dépenser, qui pompait allègrement son fric sans jamais rien donner ni de son corps ni de son cœur. Mais qu’estce que j’ai été con de l’épouser ! J’ai cru que j’allais m’élever socialement. Tu parles d’un ascenseur ! Elle n’a jamais dépassé le rez-de-chaussée.

DONC on suit un peu tous ces personnages et leurs trajectoires pendant quelques pages avant que l’intrigue principale se noue enfin. Pour résumer, attention, spoilers, mais vous vous attendiez à être spoilés sinon vous ne seriez pas là :

Shirley est en réalité une lady anglaise, fille illégitime de la Reine Elisabeth II, qui se cache d’une mystérieuse menace incluant les services secrets et un homme maléfique dont elle est éperdument amoureuse.

Marcel va découvrir que Choupette le « trompe » avec Chaval, avant que celle-ci ne parvienne à le récupérer et à se faire mettre enfin enceinte pour l’obliger à quitter Henriette qui n’a pas dit son dernier mot. Allez, un extrait classe :

Il s’écarta pour l’observer ; elle s’exprimait, le visage rouge, l’air concentré, et ses sourcils se rejoignaient en un V profond et hérissé de poils blonds. Il se fit la réflexion que cette femme, cette maîtresse idéale qui ne reculait devant aucune gâterie sexuelle et possédait tous les talents, avait, depuis quelques minutes, toutes les ambitions. Ça me change de ma femme qui me fait des pipes avec une paille, et encore à chaque fois qu’on élit un nouveau pape ! J’ai beau lui appuyer sur la nuque, elle y va pas. Josiane, elle, y allait franco. À grands coups de reins, à grands coups de langue, à grands coups de nichons, elle l’envoyait aux anges, lui faisait crier maman, le faisait rebondir de baiser en baiser, le léchait, le caressait, le serrait entre ses cuisses vigoureuses et, lorsque le dernier spasme venait à mourir sur ses lèvres, elle le recueillait doucement entre ses bras, l’apaisait, le ragaillardissait avec une fine analyse de la vie de l’entreprise avant de l’expédier à nouveau au ciel de lit. Quelle femme ! se dit-il. Quelle maîtresse ! Généreuse. Affamée. Douce au plaisir, dure au travail. Blanche, laiteuse, voluptueuse, à se demander où elle planque les os de son squelette !

Hortense va allumer grave Chaval avant de le jeter, snobant méchamment Gary qui est amoureux en silence, mais qui va sortir de son adolescence ingrate pour se révéler être lui aussi beau comme un dieu (mein gott ils sont gâtés génétiquement dans ce bouquin).

Antoine et Mylène vont avoir du mal à se faire payer du méchant chinois machiavélique, situation d’autant plus précaire qu’Antoine a emprunté à l’insu de sa femme trouzmille pépettes à la banque avant de se casser. Antoine va finir bouffé par un crocodile, mais Joséphine ne voudra pas le dire à ses filles. Mylène, quand à elle, monte une ligne de cosmétiques en Chine et réussit fort bien sa vie, bisou.

Joséphine, ruinée, commence à travailler pour Philippe, son beau-frère, en effectuant des traductions de documents pour sa société. Philippe tombera amoureux de Joséphine, après avoir claqué une beigne virtuelle à Iris en organisant une rencontre avec son amour de jeunesse à elle, qui s’est un très grand réalisateur à succès mais hélas, marié avec enfants. BIM.

Intrigue principale pitch: Iris s’ennuie dans son luxe, et raconte pour s’amuser lors d’une dîner mondain qu’elle écrit un roman qui se déroule au XIIème siècle, puis supplie Joséphine de lui écrire en lui promettant tous les gains du livre contre son silence. Joséphine, financièrement acculée, écrit, Iris passe à la télé et le livre est un best-seller, sauf que Joséphine déprime parce que c’est SON livre. Philippe, Zoé puis Hortense, découvrent le pot-aux-roses (même si il faut vraiment pas être grand clerc pour deviner que peut-être que c’est pas Iris qui a écrit un bouquin sur le sujet de prédilection de sa sœur…), et Hortense passe à la télé et dévoile tout au grand public qui conspue Iris, qui finit en clinique pour dépression.

Oui, les gens, sachez-le, on PEUT passer à la télé comme ça just for fun, c’est la magie du petit écran.

En encore plus résumé, ça donnerait :

Le mari de Joséphine la quitte un beau matin pour une blonde avant de partir au Kenya, la laissant seule avec ses deux filles et dans une situation financière désastreuse. Iris propose à sa soeur Joséphine d’écrire un livre pour elle sans savoir qu’elle travaille déjà en secret pour son mari Philippe, qui va tomber amoureux d’elle. Joséphine écrit le livre, touche beaucoup d’argent, mais Hortense sa fille finit par dévoiler la supercherie à la télévision. La voisine de Joséphine, Shirley, cache un lourd secret, elle est l’enfant illégitime de la Reine d’Angleterre. Le beau-père de Joséphine se casse avec sa secrétaire qui est enceinte, laissant Henriette, la mère, sur le pavé. Pendant ce temps, Antoine se vautre en beauté et se fait bouffer par un crocodile, tandis que Mylène réussit dans l’industrie cosmétique en Chine. Ah, et Joséphine se tape le beau gosse Luca, qui cache un lourd secret.

LE SCÉNARIO DE CE LIVRE TIENT EN MOINS DE DIX LIGNES §§§

Mais ce n’est pas le pire.

Non.

Le pire c’est que ce ramassis de clichés nous propose des archétypes féminins à gerber, alors que les hommes sont tous pardonnables, excusables, et finalement beaux au fond d’eux-mêmes. C’est magnifique, une telle tolérance, chapeau.

Les femmes de Pancol :

  1. La ménagère hirsute qui a juste besoin d’amour pour retrouver ses couleurs et des cheveux soyeux (Joséphine).
  2. La lady aux multiples facettes qui cache une midinette fragile sous sa carapace en béton armé (Shirley).
  3. La bonne fille du peuple joviale, travailleuse, qui parle franc (Mylène, Josiane, Babette…).
  4. La riche oisive vénale manipulatrice, ou la vieille peau riche oisive vénale manipulatrice (Iris, Henriette, Bérengère).

Les hommes de Pancol :

Le travailleur acharné mais un peu naïf qui se fait mener par le bout du nez ou de la queue par les femmes, qui cache ses défauts sous une fausse assurance, qui est en réalité blessé dans sa chair et croule sous les obligations que son statut de patriarche lui impose (Antoine, Philippe, Marcel, Luca).

Je rage, je rage, je rage.

CSsI7bF

Mais…c’est CRIMINEL de publier des trucs comme ça, bon sang !!!

C’est tellement au-delà du simple du cliché d’opérette que ça en devient dangereux. A travers une publication hyper-vendeuse, on véhicule des stéréotypes ineptes et malhonnêtes qui ne font que conforter notre vision binaire du monde sexué. Chiotte.

Gloire à l’Homme Blanc Cis Hétéro CSP+ !

Parce que ce livre cultive cette vision archaïque de la Femme Multiple, à deux visages, jamais franche, toujours manipulatrice, ou au contraire la Sainte Femme qui subit avec plaisir et abnégation les épreuves célestes de la vie. La salope et la sainte, on y est. Joséphine est l’archétype, donc, de la bonne mère de famille sentimentale (probablement le public-cible du bouquin, c’est de bonne guerre), lasse de sa beauté endormie, qui n’attend qu’un coup de pouce du destin pour s’extraire de sa chrysalide et déployer ses ailes de libellule enchantée.

Parce que ce qui fait écrire Joséphine, c’est Luca, le bellâtre. Il la motive, il la fait rêver, et lorsqu’il pose enfin le regard sur la mère de famille, celle-ci tombe en pâmoison devant tant d’honneur. Il a des raisons de l’aimer, et il le dit :

J’avais enfin rencontré une femme intelligente, mignonne, réfléchie, qui accordait de l’importance au fait qu’un homme attende avant de se jeter sur elle !

L’image de la Vertu, que je vous dis.

L’autre pendant est représenté par toutes ces femmes futiles, castratrices, manipulatrices, vénales, qui n’attendent de l’Homme qu’un bon mariage et une situation confortable.

Pas d’entre-deux, pas de nuance, pas de subtilité dans les personnages, c’est soit l’un, soit l’autre, et c’est purement consternant.

Du côté des personnages masculins, on nage en pleine complaisance. « Les femmes ont le pouvoir depuis longtemps hohoho pauvres hommes ». L’Homme est enfermé dans un système qu’il a lui-même bâti, c’est surtout une victime. Et hop, on envoie les male tears, coupez !

Je suis probablement trop critique, trop habituée à discerner du sexisme un peu partout, sauf que là c’est trop gros. Quand je pense que ce livre s’est vendu à deux millions d’exemplaires, j’ai vraiment envie de me défenestrer. On est pile poil dans LE souci dans la culture de masse. Que la forme soit pitoyable, admettons, ça arrive à des gens très bien et je serai bien mal avisée de critiquer sur l’écriture. Je m’attendais à un mauvais roman, oui. Je ne m’attendais pas à de telles énormités, planquées sous un vernis de « saga » familiale facile à lire pour l’été. Mais merde, il y a pléthore de livres bien écrits, faciles à lires, qui nous transportent ailleurs, loin, sans nous faire passer en douce des messages sur notre manière d’être une femme ou un homme (l’entre-deux n’existe pas, rappelons-le)(heu je parle de manière sarcastique hein).

Jesus_Facepalm-dos

 

Les chinois sont tous des traîtres

Au-delà de la vision complètement sexiste du livre, on peut ajouter l’aspect spéciste (les crocodiles, merde), raciste (les chinois, merde) et classiste (les prolos, merde).

L’aspect spéciste concerne évidemment cet élevage qui me colle des sueurs froides, et ce sans aucune tentative de prendre parti, comme je le disais plus haut.

L’aspect raciste a également été évoqué, avec ces idées reçues sur les chinois et leur phagocytage des fleurons de l’industrie française, leurs ouvriers payés à coups de bambou et leur servilité factice destinée uniquement à tromper l’homme blanc.

L’aspect classiste est également omniprésent, avec ces considérations surréalistes sur les travailleurs au SMIC, les femmes de ménage, les bonnes…

Avec une mention putophobe à plusieurs reprises tout au long du livre (Josiane a déjà fait des passes, Marylin y a pensé avant qu’Antoine ne la « sauve »…)

— Tu me bassines avec ta classe, Marcel. Si t’étais pas là pour banquer, elles baveraient du râtelier, ces femelles. Elles feraient comme tout le monde, des pipes ou des ménages !

 

Ah bah oui, c’est vrai, tiens donc. Je suis issue de la classe moyenne, je me reconnais parfaitement là-dedans. Encore ! Encore !

(Iris et la vie)

Les femmes seules lui faisaient horreur. Elles étaient si nombreuses ! Toujours à courir, à se démener, la mine pâle, la moue avide. La vie des gens est terrifiante, aujourd’hui, se dit-elle en trempant les lèvres dans son whisky. Il flotte dans l’air une angoisse épouvantable. Et comment en serait-il autrement ? On les prend à la gorge, on les oblige à travailler du matin au soir, on les abrutit, on leur inflige des besoins qui ne leur ressemblent pas, qui les égarent, les pervertissent. On leur interdit de rêver, de traîner, de perdre leur temps. On les use à la tâche. Les gens ne vivent plus, ils s’usent. À petit feu. Grâce à Philippe, à l’argent de Philippe, elle jouissait de ce privilège incomparable : elle ne s’usait pas.

Iris observait Babette comme on scrute une amibe en lamelle, au laboratoire. La vie de Babette était un roman : enfant abandonnée, violée, recueillie par des familles d’accueil, rebelle, délinquante, mariée à dix-sept ans, mère à dix-huit, elle avait multiplié les fuites, les délits sans jamais abandonner sa fille, Marilyn, qu’elle emmenait calée sous son bras, la comblant de tout l’amour qu’elle n’avait pas reçu. À trente-cinq ans, elle avait décidé d’« arrêter les conneries ». Se ranger, travailler à la loyale pour payer les études de sa fille qui venait d’avoir le bac. Elle serait femme de ménage. Elle ne savait rien faire d’autre.

Non mais STOP, je déconnais, chut maintenant avec tes extraits !

Pourquoi ? Pourquoi ????

Katherine Pancol naît au Maroc où son père, ingénieur, construit des barrages et des immeubles. Elle a cinq ans quand ses parents rentrent en France et s’installent à Paris. Elle suit des études classiques, s’inscrit en fac de lettres à Nanterre en licence, puis maîtrise et doctorat de lettres modernes.

Après divers petits boulots, à vingt ans, elle devient journaliste et entre à Paris Match puis à Cosmopolitan, après une rencontre avec Juliette Boisriveaud alors rédactrice en chef du journal. C’est alors que Robert Laffont la remarque et lui demande d’écrire un roman.(Wikipedia)

Ok. Donc les « pauvres » sont probablement effectivement des amibes en lamelles pour Katherine Pancol. Qui causent tous en argot bien visqueux, n’ont aucune classe, ont toujours des problèmes d’argent, ont une nombreuse progéniture de plusieurs pères différents de préférence (Je ne ferai pas de commentaire sur le doctorat en lettres modernes).

Je…je vais me pendre, je reviens.

83B86bn

Il y aurait encore beaucoup à dire, mais je me réserve ça pour les tomes 2 et 3 (j’ai fini la moitié du second, et oui, ça se lit vite).

Sur ce, je vais me nettoyer les yeux à l’acide chlorhydrique, respirer un bon coup et finir rapidement ma lecture !

Hey, n’empêche, maintenant vous pouvez faire croire que vous l’avez lu. 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *