[5] A l’école avec Rudolf Steiner

Maintenant que nous avons pu approcher la philosophie steinerienne, je vous propose d’aborder le sujet des écoles Steiner-Waldorf.

Oui parce que je vous rappelle que rien qu’en France, il existe selon le site officiel 22 écoles scolarisant 2500 élèves. Gosh.

Le sujet est vaste, donc on va se la jouer cool avec un article en deux phases : présentation de la méthode éducative, mise en lumière à travers le concept de méthodes alternatives également utilisées dans d’autres établissements, puis analyse critique de l’éducation apportée dans ces écoles.

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1 – Une autre approche éducative

On reproche souvent à l’enseignement dit classique son manque de souplesse face aux besoins et désirs des enfants. Et c’est souvent à raison. Si j’ai traversé sans trop de difficultés mes années scolaires jusqu’au Bac, il me suffit de voir comment mon frère (coucou toi !) a – mal – été pris en charge pour m’en convaincre. Et même en étant bonne élève, je me souviendrai toujours de ma proviseure en quatrième qui m’a dit “Vous ne voulez pas rentrer dans le moule !”. Révélateur (pour info je ne suis toujours pas rentrée dans ce fichu moule, ils l’ont pas dans ma taille).

Je suis rentrée en CP en 1988, mon frère en 1991. Et c’est pas si loin que ça, bande de mauvaises langues. J’étais bonne élève, même si plutôt distraite et bavarde. Ma passion pour les contes et la mythologie m’a permis de lire très rapidement, je n’aimais juste pas la géographie ni les maths. Bref, pas beaucoup de pression.

Pour mon frère ça a été autre chose. Il a rapidement décroché et s’est retrouvé à peu près seul dans sa galère, les redoublements ayant été les seules réponses des maîtresses puis de ses profs qui au mieux ne savaient pas comment le prendre et au pire le détestaient. Il est pourtant aujourd’hui quelqu’un d’équilibré, de doué, mais on peut dire que ses années d’école ont été une véritable torture pour lui.

Pourquoi ?

On trouve ici et là de nombreux articles disséquant les nombreux problèmes de l’éducation à la française, mais pour résumer :

  • Pas de place à l’imagination ou à l’originalité. Tu suis le programme et tu fermes ton bec.
  • Ce programme n’a d’ailleurs quasiment pas changé depuis des lustres.
  • Une politique du redoublement qui ne sert à rien, mis à part à frustrer les élèves redoublant.
  • Une culture du classement, des notes, des tests, des moyennes…
  • Pas de temps à accorder aux élèves en difficulté, pas de dispositif concret de soutien scolaire hors solutions onéreuses de type Acadomia et compagnie.
  • Des disparités entre les établissements selon les zones : écoles réputées ou privées pour ceux qui ont les moyens et/ou peuvent zapper la carte scolaire, écoles en Zone d’Education Prioritaire (terme obsolète mais parlant) pour les moins chanceux.

L’école est avant tout élitiste, classiste. L’accès aux grandes écoles, et même à certaines facultés, est réservées aux bons dossiers à géométrie variable, ou au portefeuille de papa-maman.

Pour les autres, démerdez-vous.

Oui, il faut changer l’école.

On comprend mieux alors pourquoi les méthodes éducatives alternatives semblent si séduisantes. Une plus grande autonomie, une prise en compte de l’élève comme individu apprenant, un plus grand investissement en temps et en ressources, des systèmes d’évaluation différents, moins de compétition, moins de stress…

J’ai sous la main en la personne de mon cher et tendre un spécimen “Decroly” qui a gardé un excellent souvenir de ses années d’école primaire. Il existe plusieurs types d’écoles en France : Decroly, Montessori, Freinet, et nos copains Steiner-Waldorf.

Wikipedia nous livre une bonne définition de l’éducation nouvelle, à l’origine de ces différentes méthodes pédagogiques.

Et oui, ces méthodes d’enseignement sont séduisantes ! Et les résultats souvent intéressants en terme d’acquisition de savoir.

Ah…et faut être un peu pas-pauvre aussi, hein, mais c’est un détail, n’est-ce pas ? </sarcasm>

Bah donc voilà, c’est cool, c’est plié ton article, non ?

UBBE

Nope nope nope.

2 – Ce qu’il se passe dans les écoles Steiner-Waldorf

Si Maria Montessori, Ovide Decroly et Célestin Freinet étaient des pédagogues reconnus ayant établi un type d’éducation relativement sain, je ne m’aventurerai pas à accorder une confiance aveugle à Rudolf Steiner au vu de ses différentes œuvres philosophiques et “connaissances” scientifiques(cf. précédents articles).

Le principal problème c’est qu’on catégorise innocemment ces écoles dans le grand fourre-tout de l’éducation alternative, sans vraiment tendre l’oreille ni prêter attention à ce qui se cache derrière. Dans le cas Steiner-Waldorf, on nage tellement en plein délire que je ne sais pas par où commencer. N’oublions pas que des gnomes gambadent joyeusement sur la lune et que les lois de la physique c’est du bullshit.

La vaccination

C’est dans la loi en France, les enfants scolarisés doivent être obligatoirement vaccinés (Au moins pour la diphtérie, le tétanos et la poliomyélite). Oui, sauf que ça plaît pas trop bien aux anthroposophes, tout ça. En plus, c’est contre leur liberté de penser. Donc bah on va dire qu’il n’y a pas de suivi de la vaccination dans les écoles, qu’on va déconseiller aux parents de faire vacciner leurs petits, et tout ira bien, merci, bisou.

…et du coup, en 2008, une épidémie de rougeole s’est déclarée en Suisse (qui n’impose pas d’obligation vaccinale), avant d’aller se balader vers l’Autriche et l’Allemagne.

Un élève de l’école Rudolf Steiner de Muttenz (BL) est à l’origine d’une flambée de rougeole qui ravage actuellement l’Autriche et la Bavière. L’enfant non vacciné, membre de l’orchestre de l’école bâloise, participait au mois de mars dernier à un camp organisé par une autre école Steiner, la Waldorfschule de Salzbourg, quand la maladie s’est déclarée. Conséquence, l’épidémie qui a suivi a déjà contaminé au moins 260 personnes, d’après l’Agence autrichienne pour la santé et la sécurité alimentaire (AGES). (source)

En 2013, c’est au tour de la Grande-Bretagne de déclarer une épidémie (je vous recommande la lecture de cet article fort bien documenté, en anglais).

Steiner wrote that vaccination was an interference in ‘karmic activity”, That is, by interfering with karmic processes, delays in spiritual progression may occur.

Steiner a écrit que la vaccination interférait dans les “activités karmiques”, interagissant ce faisant avec le processus karmique et pouvait ainsi freiner la progression spirituelle.

Mais bien évidemment, l’école n’y est pour rien, ce sont les parents qui, en dernier ressort, font le choix de la vaccination. Comme c’est pratique. C’est pas du tout comme si les parents qui envoyaient leurs enfants dans ces écoles étaient endoctrinés eux aussi. Jamais.

L’opacité des méthodes

Grégoire Perra (coucou !) nous partage plusieurs citations des “recommandations” du maître concernant la pédagogie sur cette page. En voici quelques extraits :

  • L’État nous prescrit de mauvais objectifs d’enseignement, de mauvais objectifs finaux. Ces objectifs sont les plus mauvais qu’on puisse concevoir.
  • Gardons le secret pour tout ce que nous avons à résoudre à l’école.
  • Tout médecin étranger serait source de difficultés.
  • Évitez que l’on entende le mot prière dans la bouche d’un professeur. Et vous aurez déjà neutralisé pour une bonne part le préjugé selon lequel il s’agit d’une affaire anthroposophique.
  • Nous réalisons en fait  les intentions des dieux.
  • Plus nous nous fermerons vis-à-vis de l’extérieur, mieux cela vaudra.
  • Les enfants n’auront pas compris les mots, mais cela ne fait rien. Nous savons qu’il ne s’agit pas d’apporter seulement ce que les enfants comprennent, mais aussi bien des choses qui ne sortiront à la lumière que plus tard dans les âmes des enfants.
  • Notre idée était de réaliser une sorte de centralisation de tout ce qui touche aux finances. Tout l’argent donné pour notre cause anthroposophique se dirige vers une caisse centrale. On a dû fonder à Dornach un certain nombre d’organismes. C’est seulement formel.
  • Nous n’arriverons à nos fins que si nous négocions [avec les autorités] lors d’entretiens sérieux de personne à personne ; rien ne devrait se passer par téléphone. Une certaine sécurité résultera de l’ambiance que nous créerons lors d’un entretien personnel grâce à toute les possibilités d’accentuation des phrases et des mots.
  • Il faut se faufiler. Il faut être conscient que c’est nécessaire au moins pour atteindre notre but, parler aux gens, et intérieurement les duper.
  • Si ce lien [entre l’École Waldorf et la Société Anthroposophique] est établi de manière officielle, il est possible que l’on torde le cou à l’École Waldorf à cause de cela.

Qu’ajouter à cela ?

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Le programme scolaire

Admettons que cette opacité soit une forme bienveillante de protection envers une méthode pédagogique nécessitant obligatoirement un respect strict de ses consignes, et que les Autres ne peuvent pas comprendre. En fermant les yeux très très fort et grâce à mes cours de méditation Aztèque, je peux éventuellement envisager cette possibilité.

On y apprend quoi dans ces écoles ? Je veux dire, spécifiquement ?

Chut, ne me déconcentrez pas.

On trouve un descriptif des grandes lignes de la pédagogie par ici, et c’est sur ce document que je vais me baser. Dès le début, si on connaît les grandes lignes de la philosophie steinerienne, on comprend que derrière tout cela se cachent plusieurs choses.

1 – Pédagogie sans rupture suivant les rythmes de développement de l’enfant, de l’adolescent puis du jeune adulte

On retrouve la règle des “cycles” de la construction karmique des individus. De la naissance à 7 ans, l’esprit doit “s’adapter à son existence dans le monde matériel”. À ce stade, les enfants apprennent avant tout par imitation. Les méthodes scolaire doivent rester minimales durant ces années. On raconte aux enfants des contes de fées, et on leur montre l’alphabet et l’écriture dès la première année, mais ils n’apprennent à lire qu’à partir de la deuxième. De 7 à 14 ans, l’enfant apprend le mieux par l’acception de l’autorité et l’émulation. De 14 à 21 ans, le corps astral est attiré dans le corps physique, ce qui produit la puberté.

On suit donc à la lettre les préceptes anthroposophiques, et ceci d’entrée de jeu.

2 – Prédominance du jeu libre au jardin d’enfants

Pas de livres, pas d’apprentissage de la lecture avant 7 ans, mais des histoires racontées, de la musiques et des fêtes suivant le cours des saisons. Quelles fêtes ? Rien que de très chrétien, bien sûr : St Michel, St Martin, St Jean… Quand j’étais en primaire, on fêtait la révolution française (je me souviendrai toujours du bicentenaire de la révolution où il manquait un garçon et que j’ai absolument voulu le faire – et oui j’ai des photos, et non, vous ne verrez rien), mais aussi Noël, la Saint Nicolas (je suis d’origine Lorraine), Pâques…mais aujourd’hui, je préfèrerais vraiment que l’école reste un endroit laïc. Pas dans le refus strict des religions, mais au contraire en acceptant les autres religions. Apprendre ce que c’est que le Ramadan, l’Aïd, Hanukkah, Yom Kipour…mais je m’égare.

Le truc ici c’est que chacune de ces fêtes colle à la doctrine, et part des recommandations du bon Rudolf.

Selon l’enseignement des Hiérarchies de Saint Paul et la conception de l’évolution spirituelle de Rudolf Steiner, les Archanges se situent immédiatement en dessous des Esprits du temps ou Archées[…], qui au moment de la première étape d’incarnation planétaire, l’Ancien-Saturne, ont accompli leur degré d’évolution correspondant à celui de l’humanité actuelle. […]

Les Archanges ont accompli leur “ degré d’évolution humanité ” à l’époque de l’Ancien-Soleil, la seconde étape d’incarnation planétaire générale. […]

De nos jours encore, la Terre reçoit sa lumière du Soleil. Les Archanges sont au service du Soleil. La position du Soleil détermine les saisons. Les Archanges sont les régents des saisons: printemps, été, automne, hiver, structurent le cours du temps rehaussé par les fêtes cardinales correspondantes: Pâques, Saint Jean, Saint Michel et Noël. Ces quatre saisons se tiennent sous la régence respective des Archanges Raphaël, Uriel (ou Oriphiel), Michaël (ou Michel) et Gabriel. (source)

Alors qu’à l’école publique on fête Noël ou Pâques de manière plutôt superficielle (je n’ai aucun souvenir d’une explication de ces fêtes à l’école), les fêtes à la sauce Steiner sont destinées à placer les enfants dans un certain état d’esprit. On le voit bien dans le descriptif linké plus haut, le contenu symbolique de ces fêtes est très important, la fête en elle-même dépasse largement le cadre du sapin en pâte à sel réalisé une après-midi d’hiver, les préparatifs durant plusieurs jours.

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3 – Pédagogie dans la constance, la continuité éducative

Après le jardin d’enfants, les élèves gardent le même professeur durant 8 ans. puis sont confiés à un tuteur de classe. Cela permet de créer et de renforcer les liens, pourquoi pas. D’un autre côté, n’est-ce pas également renforcer une image monolithique d’un professeur qui marquera à vie ses élèves ? J’ai gardé un vif souvenir de certains de mes professeurs, alors que je ne les ai côtoyés que quelques années. Mais le souvenir le plus fort que j’ai, ce sont mes professeurs de Russe que j’ai connu durant tout le collège. Ils étaient mariés, l’un enseignant au collège, l’autre au lycée, et changeant d’établissement un an sur deux. Nous sommes partis à Saint Petersbourg avec eux, et ils ont beaucoup influencé mes jeunes années, j’en garde d’ailleurs un souvenir ému et plein d’affection. Ils m’ont enseigné durant 4 ans, à raison de 4h par semaine.

Alors imaginez le souvenir qu’on peut garder d’un prof qu’on côtoie durant 8 ans, toute la journée ?

On retrouve ces recommandations dans la liste des conseils aux professeurs vue précédemment :

Il faut que les élèves aient toujours l’ambition de défendre leur maître et soient heureux d’avoir ce maître.

C’est une caractéristique des élèves Waldorf d’être très jaloux de leurs propres professeurs, de ne faire grâce qu’à leurs propres professeurs, de considérer qu’eux-seuls font ce qui est juste. Monsieur A. (professeur de l’école Waldorf) n’est déjà plus un homme, les enfants le considèrent presque comme un Saint.

Partant de là, Saint Professeur peut enseigner ce qu’il veut. Les élèves, privés de sens critique car d’autre point de vue ou méthode pédagogique, avaleront tout cru ce qu’on leur dit.

4 – Apprentissage de deux langues vivantes dès la première classe c’est-à-dire dès 6 ans

Hey mais ça c’est bien ! Anglais et allemand dès 6 ans, c’est cool.

Mais pourquoi forcément l’allemand, au juste ? Pas pour lire Steiner dans le texte, des fois ? Enfin moi j’dis ça…mais pourquoi pas l’Espagnol, le Chinois ?

5 – Pédagogie ancrée dans « le vivant » et « l’authenticité »

Les enfants ont à leur disposition des jouets et outils naturels, et à première vue, c’est pas mal. On cite le tricot pour l’apprentissage de l’arithmétique, seems legit.

Il est sous entendu ici un rejet total des écrans sous toutes leurs formes. Fait intéressant, les enfants de Steve Job n’ont eu accès à aucun outil informatique. Et on découvre que c’est une constante chez les dirigeants de la Silicon Valley…où s’est établie une célèbre école Steiner-Waldorf. Chose compréhensible si on veut. L’écran n’est pas une baby-sitter, oui, et re-oui. C’est cependant négliger l’apport intéressant de ces nouvelles technologies au niveau éducatif ! Sans tomber dans l’extrémisme, je pense sincèrement que l’apprentissage de l’informatique est nécessaire à l’école.

Brève aparté : Nous sommes cernés par les outils informatiques. Et encore aujourd’hui, je rencontre trop de personnes incapables de comprendre les notions de sécurité informatiques élémentaires. Dans le monde de l’entreprise, cela mène régulièrement à des catastrophes comme les fuites de données ou les détournements de fonds. Pire, la notion de préservation de la vie privée est complètement abstraite pour la plupart d’entre nous. Ce n’est pas en ignorant un danger qu’il cesse d’exister pour autant. Au contraire, apprendre rapidement les tentants et aboutissants du monde virtuel ne peut que nous bénéficier. Et non, ça ne fera pas de nos enfants des zombies.

6 – L’Art sous toutes les formes comme stimulant puissant du plaisir d’apprendre et d’ouverture sur le monde

Ah ! Nice ! Non, ce n’est pas du tout parce que j’ai fait un Bac Arts Plastiques et que mon vœu le plus cher aurait d’aller dans une école d’art par la suite…bon, ok. Un peu.

Penchons-nous sur l’enseignement artistique et culturel, via une brochure généreusement proposée ici.

La pratique de l’art permet à chacun de s’exprimer librement et le conduit à reconnaître avec lucidité la richesse et la diversité des modes de pensée, d’expression et d’action dans l’environnement sociétal. Elle contribue ainsi de façon décisive à une pédagogie de la liberté.

Pourquoi ai-je l’impression de lire du Steiner dans le texte ? Pédagogie de la liberté ?

Concrètement, une grande place est faite pour les travaux manuels, comme le travail du bois, du métal, la vannerie et toutes sortes d’artisanats. C’est plutôt une bonne chose, sur le principe. La question que je me pose, cependant, est la place, justement, que cela prend sur les heures d’enseignement plus classiques. C’est d’ailleurs une critique qui a été émise an Canada. D’autre part, je vous invite à prendre connaissance de l’expérience de Grégoire Perra concernant les travaux manuels.

On évoque aussi l’eurythmie, aka la seule pratique sportive autorisée dans ces écoles, Rudolf Steiner ayant une aversion prononcée pour l’éducation physique qui ruine les chakras. Rapide coup d’œil sur cette discipline scolaire à part entière :

L’eurythmie est “l’art du mouvement”. La musique et les paroles sont exprimées et accompagnées par des mouvements du corps.

D’après Rudolf Steiner, mouvement, parole et chant n’étaient par le passé qu’une seule activité. Les prêtresses dansaient dans les temples pour honorer les dieux. Le chant et la musique y étaient associés. Ces arts se sont ensuite individualisés. L’eurythmie serait donc un chemin moderne où le mouvement du corps serait à nouveau expression objective du chant, de la parole, de la musique.
Selon Rudolf Steiner, faire de l’eurythmie permet de préparer son corps à recevoir les mouvements du monde spirituel, la regarder permet d’intensifier le corps astral et le « Moi ». « L’eurythmie fortifie l’âme en la faisant pénétrer vivante dans le suprasensible ». (Wikipedia)

L’eurythmie permettrait ainsi, par les mouvements et la concentration nécessaire à l’exécution de ceux-ci, d’entraîner un état de conscience altéré proche de celui de la méditation.

Les disciplines artistiques telles qu’enseignées dans les écoles classiques sont sensées être optionnelles pour permettre un choix. Je ne dis pas que ces disciplines sont inutiles, au contraire, elles ouvrent sur le monde un autre regard, elles permettent une sensibilité éveillée. Il serait bon qu’une place plus importante soit donnée à ces disciplines à l’école publique mainstream.

Proposer en revanche des activités entièrement tournées vers l’anthroposophie, c’est un peu moins honnête.

http://vidberg.blog.lemonde.fr/
http://vidberg.blog.lemonde.fr/

7 – Pas de système de notations mais des appréciations : décrire plutôt que juger

A nouveau, je suis d’accord avec le principe de base. Le principe de notation et de classement est un vecteur de stress pour les élèves. Là où je suis en revanche moins convaincue, c’est qu’une note permet également de donner une idée de son niveau. Qu’elle soit sous forme A, B, C…come en anglosaxonnie ou de 1 à 10 ou à 20 par chez nous, la notation reste un bon indicateur. Certains professeurs, dans mon souvenir, remettaient les copies par ordre, du meilleur au plus faible ou inversement. Le facteur stress est ici énorme, chacun frémissait en n’entendant pas son nom au fil du temps, et les derniers étaient souvent pointés du doigts, raillés par les autres. Si on ajoute les commentaires à l’oral de ces professeurs, chaque remise de copies me mettait les nerfs en vrac alors même que j’étais citée dans les premiers. De la même manière, les annotations telles que “insuffisant”, “peut mieux faire” ou “passable” donnent l’impression à l’élève d’être un moins que rien face aux “excellentissime”, “bravo” et autres félicitations du jury pour les très très meilleurs. Un 19/20 sera l’outrage ultime, engendrant un sentiment de frustration insupportable.

Le problème ne se situe pas foncièrement au niveau des notes, mais à la culture de la réussite et du classement qui en découle. De quelle manière se positionner, non pas par rapport à une classe, mais à soi-même, sans idée, même vague, de note ? Je travaille actuellement sur plusieurs matières et rend des devoir régulièrement, il m’est important de me rendre compte par moi-même d’une évolution (surtout en biochimie, c’est chiant la biochimie).

Dans nos écoles Steiner-Waldorf, la notation est remplacée par l’annotation. On retrouve encore une fois dans les conseils aux enseignants :

Ces bulletins, dans la mesure où les prescriptions en usage l’autorisent, ne doivent parler des enfants que d’une façon générale. L’élève doit être caractérisé, et c’est seulement quand une discipline est particulièrement remarquable qu’il faut la mentionner. Les appréciations doivent être aussi bonnes que possibles, et au moment du passage dans la classe supérieure, on doit faire aussi peu que possible mention de niveaux différents. Lors de l’entrée dans une autre école, il faut fournir les éléments de contrôle exigés.

Comment alors distinguer les faiblesses, encourager l’amélioration ? Un bon bulletin sera certes valorisant, les parents seront satisfaits, youpi…jusqu’au Bac. Et oui, le Bac est noté. Comment donner ce diplôme d’une autre manière, quand il faut 10/20 pour “passer” ? On me répondra que la plupart des élèves issus de ces écoles réussissent leur Bac. C’est oublier qu’ils sont issus d’un milieu socio-économique la plupart du temps privilégié, où l’accès à la culture est favorisé, où on pourra payer un précepteur et pourquoi pas un coach en baccalauréologie. C’est oublier également le système d’exclusion quasi-systématique des “mauvais” élèves en cours de route…

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8 – Développer l’intérêt de chacun pour l’homme et pour le monde, et ainsi faire échec à la violence

Au fil de mes recherches, je suis tombée sur plusieurs articles concernant justement des cas de violences dans ces écoles.

Une école Steiner accusée d’être une secte violente

Ce site est dédié à une affaire de harcèlement dans une école qui a conduit l’établissement à exclure…l’élève harcelé.

Ce site présente divers témoignages et éléments relatifs à l’éducation dans ces écoles.

Cet autre site aborde également le sujet…

Un article sur un (parmi d’autres) cas d’agression sexuelle par un professeur, et encore un autre.

Ici, un article concernant la vision de Steiner vis à vis de la violence, ainsi qu’une réflexion sur les deux Grandes Guerres. On comprend le problème quand Steiner évoque la race aryenne comme un “accomplissement” de l’humanité.

“Nooooooooooon mais ce sont des fais isolééééés, en plus du harcèlement il y en a dans toutes les écoles.” Cachons-nous bien les yeux, et faisons peser la responsabilité aux parents avant tout. Car oui, ça arrive dans les autres écoles, je suis bien d’accord. Ce qui est en revanche bien plus inquiétant est cette volonté de dissimulation qui reste un trait commun à tous ces témoignages. Les parents indiquent qu’à chaque fois, ils ont été mis en cause, que rien n’a été fait de la part du corps enseignant pour régler le problème, au nom de la dette karmique (non, je ne plaisante pas). En outre, le “c’est pire ailleurs” est un argument bien faible à mon sens.

Abordons aussi la vision de l’anthropologie de Steiner, tiens. Le sujet a été traité par ailleurs, et une opposition véhémente aux accusations de racisme a permis de faire taire ces méchantes voix dérangeantes à coup de procès en diffamation. Je vous partagerai donc brièvement plusieurs passages en croisant les doigts très très fort pour qu’on ne me colle pas un procès *wink wink* :

“Les hommes qui avaient trop peu développé leur sentiment de ‘je’ émigrèrent vers l’est et la part de ceux qui sont restés parmi ces hommes ont donné la population nègre d’Afrique.” (La science humaine de l’Homme – Rudolf Steiner)

“Je me suis rendu récemment à Bâle où j’ai trouvé la liste des dernières parutions : il y avait un roman ‘nègre’ qui s’inscrit tout à fait dans la lignée d’une infiltration progressive de la civilisation africaine dans la civilisation européenne contemporaine. Partout on exécute des danses nègres, partout on sautille comme des nègres. On va même jusqu’à produire ce roman nègre. (…) Je suis convaincu que s’il sort encore un certain nombre de romans nègres et que nous en donnons à lire aux femmes enceintes, notamment dans les tout premiers temps de leur grossesse, où elles manifestent aujourd’hui parfois de telles envies – si nous leur donnons des romans nègres, il n’est absolument pas nécessaire que des nègres viennent en Europe pour qu’il y ait des mulâtres ; l’esprit de ces lectures donnera naissance en Europe à un bon nombre d’enfants tout gris, qui auront des cheveux mulâtres, des enfants qui auront l’apparence d’enfants mulâtres.” (Citation de Rudolf Steiner)

“Plus on va vers l’ouest, plus les civilisations sont vieillissantes. L’Europe est donc au centre, à l’apogée des civilisations du monde.” (L’Âme des peuples –Rudolf Steiner)

“En Amérique, les forces agissent sur le dernier tiers de la vie … en rapport avec ce qui en l’homme va vers la mort. Le peuple indien d’Amérique s’éteint, non parce que cela arrangeait les Européens, mais parce qu’il a dû prendre en lui les forces qui l’entraînaient vers son déclin.” (L’Âme des peuples)

Les esprits de Jupiter agissent sur le système nerveux des caucasiens ou aryens (européens). La mission dont est chargée spécialement la race caucasienne, c’est de tracer la voie menant au spirituel par les sens…(L’Âme des peuples)

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(Rudolf Steiner, « Menschheits-Entwickelung und Christus-Erkenntnis », Rudolf Steiner)

“Noooooooon mais vous comprenez paaaaaaas c’est le contexte, tout ça, à l’époque…”

Bon, déjà, cette excuse est puante. Steiner n’est en effet pas le seul à avoir commis des écrits de cet acabit. Et…? Le problème est qu’il existe de réelles suspicions de diffusions de ces idées racistes en classe…

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9 – Eduquer à l’autonomie, à la créativité et au sens de la responsabilité

Le monde s’ouvre comme un champ d’expériences immense pour les jeunes adultes qui grâce à la pédagogie Steiner-Waldorf ont pu développer leurs talents, des synergies d’intelligences multiples. Ils vont devoir faire face à un monde de plus en plus complexe. Ainsi des stages sont proposés, des voyages d’études sont organisés, ils favoriseront leurs choix d’orientation, renforceront leur autonomie.

Je recherche donc des exemples de voyages scolaires effectués par les élèves, et retrouve ce récit d’un voyage en Inde. C’est choupinou comme tout, s’il n’y avait ce côté paternaliste dont les anthroposophes, il faut bien l’admettre en nos contrées enthropocentrées, n’ont pas la primeur. Un voyage “humanitaire” organisé par les élèves, avec…une visite d’une école Steiner-Waldorf à Hyderabad, et qui a vocation à s’étendre si j’ai tout compris.

On retrouve également ici quelques exemples d’autres voyages scolaires. Et sur cette page Facebook, un récit d’une autre visite d’école Steiner-Waldorf en Asie.

Je n’ai pas trouvé beaucoup d’infos sur les voyages et échanges scolaires à part ces quelques exemples.

10 – Autogestion dans les écoles Steiner : engagement dans une démocratie participative

Ah, moi j’entends démocratie participative, je ne résiste pas à l’envie de vous offrir un moment de détente en compagnie de Mozinor.

Pour résumer : ces écoles n’ont pas de réelle administration. C’est un joyeux gloubi-boulga de votes, de décisions, de réunions, et de trucs à l’arrache. On le voit bien en lisant cet article qui présente le burn-out d’une directrice d’école. Car chacun suit les conseils du Maître en matière de pédagogie. Méthodes immuables, inspirées par Dieu lui-même, tu peux pas test.

Et à nouveau, l’opacité volontaire du corps enseignant permet de rendre ce système impénétrable et incompréhensible.

Les écoles Steiner-Waldorf sont-elles en réalité des écoles religieuses ?

Difficile question à laquelle on pourrait répondre par celle-ci : “L’Anthroposophie est-elle en réalité une religion ?”.

A mon sens, oui. Tous les écrits de Rudolf Steiner, sous couvert de philosophie, servent de structure à une pensée religieuse. La présence du Christ, Lucifer, Arhiman, les Archanges, la réincarnation, le karma, les chakras, la méditation…difficile d’affirmer que ce n’est qu’un courant de pensée dénué de tout esprit religieux, d’autant plus que de véritables “messes” sont régulièrement organisées.

Qui a dit “endoctrinement” ?

Dans cet article, Grégoire Perra nous livre un surprenant récit de “l’Adieu aux Douzièmes” qui couronna la fin de sa scolarité dans une école Steiner-Waldorf. C’est selon moi le récit le plus révélateur concernant la duplicité de l’enseignement dispensé dans ces écoles.

Au cours de cette cérémonie, nous raconte-t-il, chaque élève reçoit une carte sur laquelle est inscrite un Mantra du bon Rudolf Steiner.

Cet endoctrinement pernicieux est extrêmement volatil, et difficile à pointer du doigt, d’autant plus que, comme nous l’avons vu plus haut, tous les moyens sont bons afin de rester dans l’opacité la plus absolue. Et je ne saurai mieux décrire cet endoctrinement que, justement, Grégoire Perra, qui a passé un temps considérable à rassembler, mettre en forme et présenter le plus d’éléments possibles. Notamment sous la forme d’un rapport à l’UNADFI (Union nationale des associations de défense des familles et de l’individu victimes de sectes) qui lui aura valu un procès en diffamation (perdu pour les anthroposophes), et de deux blogs, ici et .

Mais alors on fait quoi ?

Plusieurs actions ont été entreprises dans le monde. Outre les actions personnelles suites à des violences sur des élèves, la British Humanist Association a intenté une action contre le financement des écoles Steiner-Waldorf par l’État. Ça pue un peu aussi en Nouvelle-Zélande et au Canada.

En 2000, les écoles Steiner-Waldorf ont fait l’objet d’un vaste contrôle de l’inspection académique. Circulez y’a rien à voir, a déclaré Jack Lang. Tout va bien. Pareil en Grande-Bretagne, où les inspections se passent bien bien bien, merci, ça va.

J’espère très sincèrement que d’autres actions seront menées. Vraiment.

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10 réponses à “[5] A l’école avec Rudolf Steiner”

  1. Merci pour ces article très instructifs, n’y connaissant pas grand chose je mettais Steiner un peu sur le même plan que Freinet ou Montessori, mais alors là ça me fait un peu changer d’avis… je pense toutefois que toutes les écoles qui s’en réclament n’ont pas nécessairement les mêmes pratiques, mais ce caractère éclectique les rend aussi un peu difficile à cerner. Sur les vaccins je ne savais pas que c’était leur position, mais ça peut expliquer aussi que des parents qui ne connaissent pas plus que ça cette pédagogie y inscrivent leurs enfants s’ils ne veulent pas les vacciner, en pensant que cette école là les laissera tranquille…sur la vaccination, y’a quand même un gros déficit de communication des institutions médicales qui ont pour moi une part de responsabilité dans la perte de confiance vis à vis des vaccins. J’ai toujours du mal à me positionner là dessus, parce que ça reste problématique de rendre obligatoire un acte qui porte atteinte à l’intégrité de quelqu’un (on lui injecte des substances), même si c’est pour son bien et celui de la société

    • Je suis ravie si ces articles vous ont permis d’apprendre des choses 🙂
      Ce qui fonctionne bien avec les écoles Steiner-Waldorf c’est en effet qu’elles se fondent dans la nébuleuse « Éducation Nouvelle » qui est, au demeurant, une approche intéressante et trop peu envisagée par le système scolaire classique.

      Le sujet de la vaccination est en effet assez ardu. Si pour moi la question ne se pose absolument pas concernant la rougeole, la polio, et toutes ces maladies mortelles/invalidantes éradiquées grâce aux vaccins, j’avoue que j’aurai plus de mal à décider quant à l’Hépatite B ou le Papillomavirus quand j’aurai des enfants (heureusement, nous aurons plus de recul quand ils auront l’âge, vu qu’ils ne sont pas encore nés 😀 ).

      La question est difficile mais quand on voit ces maladies revenir petit à petit (je pense à la rougeole), on se doit de constater que l’immunité de groupe n’est plus suffisante pour nous permettre de nous déresponsabiliser.

      Effectivement, c’est aussi le problème du corps médical qui a bien du mal à communiquer efficacement. En tant qu’institution monolithique, relativement ancienne et faisant figure d’autorité, pas évident de se remettre en question…c’est dommage et ça laisse la porte ouverte à tous les courants de pseudo-médecine qui profitent du désarroi des patients pour s’engouffrer dans la brèche. Dommage.

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