La voyance pour les nuls (et les autres)

Il y a quelques années, j’ai écrit une série de billets sur l’astrologie et la voyance suite à une publicité de qualité retrouvée dans un Nouveau Détective. Même pas honte. Le sujet est revenu sur le tapis via Facebook, du coup je me suis dit qu’un petit mot à ce sujet serait peut-être utile.

Comme je le disais précédemment, j’ai été amenée par besoin de bosser à pratiquer de la voyance par téléphone. J’ai aussi pratiqué les cartes pour les amies assez régulièrement, dont certaines vont probablement me lire. A elles, avant de me jeter des cailloux, lisez au moins la conclusion.

Au départ, j’étais bluffée. J’ai commencé à 12 ans avec un jeu retrouvé chez mes grands parents, puis j’ai réussi à annoncer des choses qui se sont passées, bonnes ou mauvaises. Je n’en revenais pas : ça fonctionnait vraiment ! Mon jeune esprit de l’époque, abreuvé de littérature fantastique, était perméable à tout et n’importe quoi. L’avantage c’est que j’ai appris plein de choses sur la graphologie, la chiromancie et à peu près moults autres arts divinatoires délirants.

Bref.

Il est l’heure de débunker un peu tout ça.

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Qui consulte les voyant-e-s ?

Cette première question est importante car elle permet de comprendre la suite. Tout d’abord, ça peut sembler ridicule de le préciser, mais les consultant-e-s sont pour la plupart convaincus que la voyance est un vrai truc. En 20 ans, je n’ai croisé que deux sceptiques. Et même eux, on peut réussir à les convaincre !

Les motivations

Le désespoir : La personne désespérée est en proie à une situation complexe ou intenable, qui lui cause une réelle souffrance. Elle cherche simplement être écoutée.

La confusion : Face à une situation soudaine (séparation, maladie, coup du sort), certaines personnes se retrouvent complètement démunies. La voyance “permet” dans ce cas de recoller les morceaux, y voir plus clair.

La curiosité : Beaucoup de consultant-e-s viennent “pour voir”. Les sceptiques sont dans ce lot. En règle générale, la question est du genre “que l’avenir me réserve-t-il ?”

Le choix : Choix amoureux, professionnel. La personne vient en général avec une seule question.

Les sujets de consultation

L’amour : Le sujet n°1 de préoccupation des personnes qui font appel à un-e voyant-e. Est-ce qu’elle-il m’aime ? Est-ce que mon couple va durer ? Est-ce qu’elle-il me trompe ? Dois-je la-le quitter ?

Le travail : Suite à une perte d’emploi, ou face au choix entre plusieurs voies (employeur, mutation, carrières…).

L’argent : Vais-je gagner au loto ? Aurais-je dû jouer mes 50€ au lieu d’aller les dépenser chez un-e voyant-e (celle-ci, j’ai la réponse) ?

La santé : C’est un sujet récurrent, mais peu répandu. En général, les gens portés sur la voyance ont aussi un-e naturopathe, homéopathe, etc.

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La voyance : comment ça marche ?

On a tous une personne dans notre entourage qui nous a affirmé que bon sang, grave que ça marche. On a prédit un truc, il se passe, magie !

En fait, tout se passe en plusieurs phases :

1 – Ouverture de la séance

C’est ici que tout se joue. L’avantage, c’est que la plupart des gens vous donnent toutes les clefs à ce moment précis.

  • Si la personne est dans la détresse émotionnelle (désespoir), la séance va surtout servir à l’écouter.
  • Si la personne est confuse, on va la faire parler, et reconstituer le puzzle avec elle.
  • Si la personne est curieuse et pose des questions générales, c’est un peu plus compliqué, mais pas injouable. Le début de séance sert surtout à prendre la température.
  • S’il s’agit d’un choix à faire, la personne vous pose immédiatement la question qui la préoccupe. C’est un des publics les plus faciles.

Le but du jeu c’est donc d’en apprendre le plus possible sur la personne, son environnement proche, les raisons de sa consultation.

2 – Le tirage

Cette étape est optionnelle, en fait. On pourrait faire des tirages avec des capsules de bière que ça serait pareil. L’important sera le décorum, l’ambiance, et surtout les informations qu’on puisera chez la-le consultant-e. Plus le jeu est complexe ou abstrait, mieux c’est. De cette manière, la-le voyant-e reste maître-sse de la situation. Cette position d’autorité est vitale et permet d’enchaîner avec la suite de manière plus facile.

Vous pouvez ponctuer la sortie de certaines cartes par des “ho ho” ou des “hmmm…” tout en observant bien la réaction en face.

3 – L’interprétation

Cette phase, la plus complexe, nécessite une bonne connaissance de la lecture à froid. On connaît mieux la personne, ses motivations, il va s’agir d’y aller petit à petit. Observez ses réactions, sa gestuelle, quelles cartes attirent son regard…même les plus sceptiques vous donneront des éléments malgré eux !

N’ayez pas peur de vous tromper, mais surtout, restez dans le flou. Si vous vous plantez complètement, dites que les cartes ne “parlent” pas, évoquez des blocages (provenant toujours de la personne, évidemment), car la situation est complexe. Dites que la situation est plus difficile à appréhender que vous le pensiez, froncez les sourcils et faites semblant de vous concentrer avant de tenter une autre approche.

4 – La conclusion

S’il s’agit d’une situation de désespoir, on s’arrête là. Laissez parler votre consultant-e encore un peu, rassurez, réconfortez.

Si la situation est confuse, en général les pièces ont été rassemblées lors des phases 2 et 3.

Si la consultation porte sur un sujet général, vous avez apporté des bonnes nouvelles, parfois nuancées, en fonction de la température de votre consultant-e. La “mauvaise nouvelle” suscitera assez de curiosité pour pousser la personne à revenir. Mais terminez toujours sur une note positive.

Si l’objet de la consultation était une question fermée, faites en sorte que votre consultant-e apporte la réponse. Vous pouvez orienter la conversation en disant “Bien, d’après ce que nous avons pu voir, la situation est celle-ci…qu’en pensez-vous ?”. Dans tous les cas, confirmez.

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Exemples (tirés de faits réels) :

Marie-Loutre vient consulter car elle pense que son conjoint la trompe. Un de ses collègues de bureau lui fait des avances, et elle est remplie d’incertitudes. Durant la séance, elle confie un peu plus son histoire : elle est en couple depuis 14 ans, a 2 enfants, son conjoint est très pris par son travail et part régulièrement en déplacement. Son collègue de travail est charmant, agréable, et elle le voit toute la journée. Elle n’a aucune preuve de la présumée liaison de son mari alors qu’elle s’est mise à espionner son portable et son compte Facebook.

Le tirage : “séparation”, “doute”, “enfants”, “jalousie”

L’interprétation : La carte “séparation” a beaucoup ému Marie-Loutre, elle a fait un geste de la main comme pour balayer l’image. Sourire à l’évocation des enfants. Elle n’envisage donc pas une séparation car elle craint que cela fasse du mal à ses enfants.

Elle se sent manifestement coupable d’avoir des vues sur son collègue, et se demande donc si ce n’est pas le cas de son mari. Il faut rester flou sur le fait qu’il la trompe ou pas, vu qu’on n’en sait rien. On peut tout de même entretenir son doute.

La conclusion : Son mari a en effet une relation ambigüe avec une de ses collègues (symétrie avec sa situation à elle), mais qu’il est dans le doute sans avoir sauté le pas. Le problème central est manifestement la routine installée dans le couple. On peut donc commencer par la rassurer et lui conseiller de confronter son mari et de lui faire part de ses doutes. Dans tous les cas, on est quasi-sûr qu’elle reviendra consulter…

Jean-Rascal est sceptique, il arrive en consultation avec un sourire narquois et dit “allez-y, impressionnez-moi !”. Lorsqu’on lui demande de choisir 4 cartes, il sort les 4 premières. On sait juste qu’il a 22 ans, qu’il est originaire de la Réunion.

Le tirage : “voyage à l’étranger”, “tensions familiales”, “trahison”, “séparation”.

L’interprétation : A 22 ans, il est peu probable qu’il soit marié mais il est envisageable qu’il ait au moins vécu une séparation. La carte “trahison” a provoqué un tressaillement très visible, l’évènement doit le concerner et être récent. On parle donc de cette séparation douloureuse dont le souvenir reste vivace. Il s’est senti trahi par son ex qui est avec quelqu’un d’autre. Autre tressaillement : c’est quelqu’un qu’il connaît.

Il existe toujours des tensions dans n’importe quelle famille, on peut considérer l’option que ses parents ne s’entendent pas comme au premier jour, ou aient divorcé. On sait qu’il est originaire d’outre-mer, il voyage donc régulièrement tout comme ses parents.

La conclusion : Ses parents viennent de divorcer, son père a entrepris un voyage en voilier autour du monde. Son ex-copine l’a trompé avec un de ses amis. Mon sceptique est bluffé.

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Pourquoi ça fonctionne ?

C’est tout bête. En réalité, votre interlocutrice-eur vous apporte tout et va finir par répondre à ses propres questions. La vaste majorité des personnes sont déjà acquises à la cause. Beaucoup vont se livrer et donner énormément d’éléments ! Si on a un bon sens de l’observation, c’est bonus.

Le fait de rester flou a plusieurs fonctions : permettre à la personne de combler les blancs d’elle-même et de dire des choses “vraies” sur sa situation.

En effet, il y a des constantes : doutes en amour (doute sur les sentiments de l’autre en début de relation, doutes sur la fidélité au bout de quelques années, doutes sur la durabilité du couple en général), problèmes familiaux, difficultés dans l’éducation des enfants, sentiment d’impuissance, problèmes au travail (salaire, responsables, sentiment de ne pas être vu à sa juste valeur). Ici, la connaissance de la nature humaine est importante. Tout est question de probabilités !

Pour les sceptiques, le flou volontaire cumulé avec des techniques de lecture à froid suffiront à insuffler un doute, même minime.

Et si on se trompe complètement ? La personne ne reviendra peut-être pas, mais avec tous les outils à notre disposition, il est difficile d’être complètement à côté de la plaque.

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Pour finir

A mon sens, le tirage de cartes est assez proche de l’effet placebo sur beaucoup de points. Ça fait du bien sans principe actif, ça nécessite une bonne dose de manipulation, les résultats sont souvent invérifiables. La voyance peut faire du bien, car on écoute avant tout, on s’intéresse à la personne en face, on s’investit, on participe.

Après quelques années de pratiques, j’ai fini par comprendre tout ça. J’ai tout de même continué. Pour quelle raison ?

Le tirage de cartes (ou autre processus “divinatoire”)est en réalité un simple support. Je vois ça comme un instantané de la trajectoire de la personne, peu importe ce qui est dit par les cartes. Le Yi-King est l’exemple par excellence de cette notion d’instantané. On est en fait purement dans le présent. Ce support apporte un moyen de communiquer autrement, sans être directement face à l’autre. Ce sont les cartes qui “parlent”, qui disent les choses. Alors, la-le consultant-e se permet d’aborder plus librement ses problèmes, car au fond, on a le sentiment que tout repose sur les cartes et uniquement elles.

D’une certaine manière, on est dans un échange, une conversation qui permet d’aborder des sujets de préoccupation somme toute assez classiques. L’interprétation, donnée pour l’essentiel par la-le consultant-e lui permet d’y voir plus clair, car posé en quelque sorte sur les cartes. On pourrait tout à fait arriver aux mêmes conclusions en parlant simplement, mais tout le cérémonial autour du tirage augmente l’impact de la “parole” des cartes.

Là où il faut rester honnête, ce que malheureusement aucun-e pro dans le domaine ne fait, c’est que la voyance ne peut se substituer à des soins psychologiques. En travaillant pour une entreprise spécialisée dans ce domaine, j’ai été très rapidement écœurée par l’aspect cynique et pécunier du truc. On encourage à la consommation, on abuse de personnes fragiles, et on leur tire parfois des sommes extravagantes !

La grande majorité de mes “collègues” savaient pertinemment qu’il s’agissait d’une escroquerie. Evidemment, il y en a qui croient totalement en leurs pouvoirs de divination…et ça renforce encore l’effet Barnum associé à la voyance.

Pourquoi on reste ?

Ce texte à propos de la violence conjugale est inspiré par cet article : Stop Asking Already: 6 Reasons Why Intimate Partner Violence Survivors Stay in Their Relationships

Au départ, je voulais le traduire, mais déjà je ne suis pas douée en trad, et je préfère une adaptation libre à une traduction maladroite. Ces mots font écho à plusieurs épisodes difficiles de ma vie dont plusieurs années avec un conjoint violent. J’ai fini par partir, mais plus jamais je n’ai dit ou pensé d’une femme qu’elle n’avait qu’à partir. Car rien n’est simple.

Je ne pense pas qu’un trigger warning s’impose, toutefois si vous avez été ou êtes victime de violence conjugale, la lecture de cet article peut s’avérer douloureuse. Je vais faire de mon mieux pour m’exprimer de manière positive et bienveillante en illustrant avec des cuties, n’hésitez pas à me signaler toute formulation qui pourrait être blessante.

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Il arrive souvent que notre pensée première lorsqu’on prend connaissance d’une situation de violence conjugale soit : « Oui mais enfin, si iel est victime, iel n’a qu’à la/le quitter ! »

Au-delà du jugement définitif et brutal, ces mots sont infiniment blessants pour plusieurs raisons. Ils minimisent la souffrance, ils reportent la culpabilité sur la victime et surtout ne règlent absolument pas le véritable problème qui est la violence au sein du couple.

Car le problème est la violence, pas la ou le partenaire. Lorsqu’on est agressé-e, on se sent coupable, si l’on est agressé-e par la personne qu’on aime, la douleur est démultipliée. « Pourquoi celle/celui que j’aime me fait du mal ? Mon amour n’est pas suffisant ? Je dois faire des efforts, iel a raison. »

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1 Parce que la violence conjugale est cyclique

Notre esprit a tendance à retenir les événements consolidant ses propres croyances (biais de confirmation). Aussi, on a tendance à retenir soit uniquement le positif, soit uniquement le négatif. Admettons que vous ayez une dent contre une personne : dès que celle-ci va commettre une erreur, vous vous sentirez confirmé-e dans votre jugement « Je le savais ! ».

La violence dans le couple n’intervient que rarement dans les premier jours, et c’est logique. Si votre conjoint-e se met à vous frapper au deuxième rendez-vous, vous fuyez. Si la violence intervient alors que vous êtes en couple depuis plusieurs semaines/mois/années, il y a de fortes chances que vous soyez déjà en situation d’attachement.

De même, la violence n’atteint son paroxysme qu’après un moment d’escalade. Tout peut débuter par une insulte, un dénigrement. Puis des brimades, des cris, puis iel vous attrape le poignet un peu brutalement, et finalement les coups. Ce schéma n’est pas à prendre à titre indicatif, car la violence est très souvent psychologique.

Le cycle en question comporte 4 étapes :

  1. La tension monte : le climat est tendu, des échanges vifs se mettent en place.
  2. Explosion de violence : les insultes, la violence en elle-même.
  3. Lune de Miel : l’agresseur s’excuse et fait de son mieux pour « réparer » son explosion.
  4. Calme : la situation revient à la normale, avant que la tension revienne.

La victime se souviendra de la phase « Lune de Miel » avec une certaine émotion. Au contraire, la phase de violence sera minimisée à posteriori. Plus le temps passe, plus la durée des étapes se raccourcit.

Par le biais de confirmation, la victime s’accrochera à cet idéal de l’autre qui est investi de son amour. Nous, humains, avons du mal à admettre nos erreurs. L’être aimé ne peut pas être un monstre, étant donné que nous l’aimons ! La contraction est souvent impossible, et la réalisation du schéma de cette violence est d’autant plus difficile.

Surtout, nous savons que l’autre peut être aimable, la phase de la Lune de Miel est là pour nous le rappeler. Si l’autre est capable de tant d’affection de temps en temps, il est possible qu’iel le soit en permanence. Si iel ne l’est pas, c’est qu’il y a un dysfonctionnement au sein du couple. Et souvent, la victime se sent coupable de ne pas savoir rendre son agresseur heureux.

« C’est de ma faute, je n’aurais pas dû répondre à ses agressions, je sais pourtant qu’iel s’énerve rapidement ! »

« Iel a raison, je ne suis pas assez bien, je devrais faire des efforts »

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2 – Parce que la victime peut être dépendante de son agresseur

Il peut s’agir de dépendance matérielle (la victime ne travaille pas, est immigré-e sans papiers, est coupé-e de sa famille) ou psychologique (dépendance affective, peur d’être seul-e et de ne jamais retrouver quelqu’un).

Cette position de dépendance est le pivot de la relation abusive. L’agresseur connaît la faiblesse de l’autre, peut-être même que cette faiblesse a été la raison de son choix. Après tout, être violent-e avec un-e partenaire de force égale est bien moins confortable.

Et puis partir, oui, mais comment ? Avec quels moyens ?

3 – Parce que la séparation est dangereuse

Beaucoup de meurtres entre conjoint-es sont commis lorsque l’autre décide de partir, le faits divers sont là pour nous le rappeler. D’ailleurs, c’est la menace n°1 « Si tu me quittes, je te tue ». Le moment de la séparation est un point critique extrêmement dangereux. Cela peut être le déclencheur d’une violence inouïe.

Les séparations dans le cadre d’une relation d’abus ne se font jamais dans l’apaisement. On peut choisir de partir lorsque l’autre n’est pas présent, ou de se faire accompagner par des proches. Mais la séparation ne signifie pas la fin des abus. L’agresseur peut retrouver sa victime et la harceler, jusqu’à se rendre sur son lieu de travail. La situation de harcèlement peut parfois durer des années, par exemple jusqu’à ce que l’agresseur se détourne au profit d’une nouvelle victime.

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4 – A cause des enfants

Lorsque des enfants sont en jeu, tout change. On a beau dire qu’il est intolérable d’exposer des enfants à de la violence, leur présence rend le départ bien plus compliqué. Si la situation de la victime est souvent déjà précaire (cf. point 2), la logistique nécessaire pour déplacer un ou plusieurs enfants rend la tâche extrêmement délicate.

Les enfants sont également la cible privilégiée de l’agresseur, qui promettra de se venger sur eux. Et parfois, passera à l’action, laissant sa victime en vie et surtout « coupable » de la mort de son enfant. Un châtiment d’une cruauté sans nom.

Obstacle supplémentaire : la garde. Si l’agresseur est co-parent, les choses se corsent… l’abandon du domicile familial étant considéré comme une faute. J’ai souvenir d’une amie à qui on a retiré la garde de sa petite alors qu’elle fuyait son mari violent. Parce qu’elle était en situation de précarité financière, et parce qu’elle avait fui des violences pourtant d’une monstruosité insoutenable.

La volonté de conserver les apparences rentre aussi en ligne de compte. Dans une société maltraitant les femmes seules et les familles monoparentales (qui détiennent, rappelons-le, le record en terme de pauvreté), il arrive que rester en couple soit considéré comme la meilleure option. La famille c’est un papa, une maman, point barre. Dans les milieux les plus aisés ou les plus croyants, on ne divorce pas, on s’accommode tant bien que mal de l’autre, c’est comme ça et pas autrement. Encore une victoire du patriarcat !

5 – Parce que personne n’aide les victimes

Et oui, c’est facile de dire à une victime de partir. Mais allez-vous l’aider financièrement, matériellement, moralement ?

La faiblesse du nombre de refuges ou d’associations d’aide aux victimes est simplement consternante.

Bien souvent, elles ne sont pas prises au sérieux par les autorités. Les plaintes ne sont pas prises, ou n’aboutissent pas, l’agresseur sachant souvent préserver sa façade bienveillante, contrairement à la victime en état de choc, échevelée, désorientée ou en crise de nerfs. Pour couronner le tout, l’agresseur a probablement fait le vide autour de sa victime pour assurer sa précarité émotionnelle. Coupée de sa famille et de ses amis, il ne reste que la/le conjoint-e.

« Partir oui, mais où ? Comment ? Qui va me protéger, et protéger mes enfants ? »

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6 – Parce qu’on aime notre agresseur

Point question ici de syndrome de Stockholm. Comme nous l’avons vu plus haut, les violences interviennent rarement au tout début de l’histoire. Une fois la dépendance bien installée, le masque tombe. Et là, on est déjà amoureux-se. Ferré-e. On ne peut pas y croire, cette hébétude peut durer des années. Ce n’est pas possible. Pas la personne que j’aime, en qui j’ai investi ma confiance la plus totale !

« Je dois faire erreur, oui, ça n’arrivera plus, ce n’était qu’une fois, c’est passager. »

On ne quitte pas quelqu’un qu’on aime. Ce n’est pas logique, ce n’est pas dans l’ordre des choses.

« Si je pars, je suis anormal-e, je ne sais pas donner ni recevoir de l’amour, c’est de ma faute, etc. »

Même après que la réalisation de la maltraitance soit faite, la séparation reste souvent inenvisageable. Et puis, on garde l’espoir qu’à force d’amour, d’efforts, l’autre changera. Spoiler : l’autre ne changera pas, car iel est dans un système confortable qui fonctionne.

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Pour finir

Rien n’est simple. Une personne victime de violence peut être aveuglée par ses sentiments, coincée dans une situation inextricable, mais n’est pas stupide.

Si vous êtes confronté-e à cette situation :

Ne culpabilisez pas : vous n’êtes en aucun cas responsable de la violence de l’autre. Vous avez répondu à une pique ? Soit. Mais est-ce que la réaction de votre conjoint-e était proportionnée ? On ne peut pas être vigilant-e en permanence, attentif/ve aux moindres détails. Il n’est pas normal de se voir répondre par de la violence, jamais.

Rapprochez-vous de vos ami-es, de votre famille. Ne vous laissez pas isoler. Il faut parfois ruser pour garder le contact, mais c’est important. Si vous avez coupé les ponts avec vos proches suites aux directives de votre conjoint-e, sachez que la plupart d’entre eux répondront présent malgré tout. Ne restez pas dans le silence.

Si vous êtes irrémédiablement isolé-e, contactez une association ou parlez-en dans un groupe de confiance (il y a beaucoup de ressources en lignes, pensez à préserver votre anonymat, utilisez le « mode privé » de votre navigateur ou pensez à nettoyer les cookies et l’historique de votre ordinateur après coup.)

Si vous souhaitez partir, préparez minutieusement tous les détails. Planifiez.

Si vous le pouvez, portez plainte ou faites une main courante (ou plusieurs). Cela ne vous protégera pas miraculeusement, mais vous aurez trace des événements. Si vous devez divorcer, soyez vigilant-e, prenez un conseil juridique.

Vous êtes un-e proche : laissez votre ami-e s’exprimer. Vous avez sans doute réalisé le schéma de violence installé dans le couple car vous êtes extérieur-e à la situation, mais ce n’est peut-être pas le cas de votre ami-e. Ecoutez-la/le. Évitez la confrontation brutale ou toute autre forme d’action directive. Ne devenez pas violent-e vous aussi.

La maltraitance est parfois difficile à détecter, restez attentif/ve. Sachez qu’iel ne vous dit pas forcément tout, mais ne la/le forcez pas à se confier. Soyez une personne de confiance.

Prenez la/le au sérieux. Ne minimisez pas son vécu. Ecoutez-la/le (je sais, je l’ai déjà dit mais c’est important).

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Informations utiles

En France :

En Belgique : 

En Suisse

Au Québec

  • Numéro d’appel pour les violences conjugales à Montreal : 873-9010
  • Numéro d’appel pour le Québec : 1 800 363-9010
  • RPMHTFVVC (Regroupement provincial des maisons d’hébergement et de transition pour femmes victimes de violence conjugale.)

(N’hésitez pas à me faire part d’autres conseils ou coordonnées si vous le pouvez, je les ajouterai)

Je suis la liberté

Le 7 janvier 2015, j’ai entendu pour la toute première fois le cœur de mon bébé à l’échographie. Cela fut un moment extrêmement chargé émotionnellement, entre le bonheur et l’appréhension de la responsabilité que nous avons devant ce petit être de la taille d’un pois chiche qui ressemble plus actuellement à un oisillon qu’à un enfant.

Et puis, le 7 janvier 2015, deux heures après ce si grand bonheur, le temps s’est figé.

Charlie.

J’ai pensé à énormément de choses en même temps. Passée l’incrédulité, la stupéfaction la plus totale, j’ai pensé aux victimes, à leurs familles, aux conséquences de cette tuerie, et au monde dans lequel viendrait au monde l’enfant que je porte.

Alors j’ai vu passer beaucoup de réactions sur les réseaux sociaux, du compassionnel, du gerbant, de l’entre-deux. Ceux qui sont Charlie, ce qui ne sont pas Charlie, ceux qui pensent surtout à la suite, ceux qui se réjouissent, ceux qui estiment qu’ils l’ont bien cherché. Et j’ai besoin de me positionner, aussi, car pour moi Charlie Hebdo c’est tout un pan d’histoire. De mon histoire familiale, de mon histoire culturelle, de mon histoire personnelle. J’ai grandi dans une famille très très à gauche, à la gauche de la gauche. J’ai grandi avec Pierre Dac, Desproges, Gotlib, Cavanna, Choron, Francis Blanche, Cabu… Ils m’ont appris à comprendre le monde des adultes, un peu la politique, beaucoup l’humour.

(Vous n’imaginez même pas comment j’ai mangé pour avoir confondu l’Almanach de l’Os à Moelle pour un album de coloriage)

(Vous n’imaginez même pas comment j’ai mangé pour avoir confondu l’Almanach de l’Os à Moelle pour un album de coloriage)

Charlie Hebdo a un an de  plus que moi qui en ait 32. Je ne comprenais pas tout, mais je le lisais quand je le trouvais, malgré les images cochonnes et les références clairement blasphématoires. Tout comme je lisais Fluide ou le Canard quand j’avais fini de dévaliser les bibliothèques familiales. Je n’étais pas une lectrice assidue, mais cette irrévérence m’a fascinée depuis que je sais lire. J’étais fascinée par ce que les “grands” avaient le droit de dire, par l’intelligence de leurs opinions, parfois par leur courage. Au fil du temps, j’ai grandi, et j’ai relu ces mêmes albums de Cabu. Couche après couche, j’appréhendais le Grand Duduche de moins en moins comme un maladroit de pantomime, de plus en plus comme un libertaire sentimental.

Je pourrais citer Desproges également, et cette couverture qui, enfant, me glaçait le sang tout en me donnant envie de m’acharner à comprendre, je devais avoir 8 ans à ma première lecture, pas l’âge pour, décidément.

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J’ai baigné dans cet esprit-là.

Alors quand j’entends que Cabu est mort, je suis effondrée. Tout comme je serai effondrée quand Gotlib cassera sa pipe.

Je suis effondrée pour les autres victimes mais c’est l’image de Cabu qui me revient en tête.

Alors oui, depuis une dizaine d’années, Charlie me faisait moins rire. J’ai continué à grandir et je ne me reconnaissais plus forcément dans leurs combats. Je ne suis pas Charlie, en un sens, car même si la publication des caricatures de Mahomet ne m’a pas heurtée personnellement, je n’ai pas compris cet acharnement. De la même manière que je comprenais de moins en moins leur imagerie misogyne.

Les temps changent. Je me faisais cette réflexion en regardant des vieux sketch des Nuls et des Inconnus. Non, ça ne passerait pas, aujourd’hui. Car nous sommes immergés dans l’islamophobie et la xénophobie, être porteur d’images islamophobes et xénophobes ce n’est pas être révolutionnaire ou à contre-courant, c’est valider des positions extrémistes. 1980, comme me disait ma mère hier, c’était “une époque bénie de liberté”. J’en sais rien, à vrai dire, peut-être pas tant que ça. Mais l’humour se faisait aux dépens des oppresseurs, pas des opprimés.

C’est à mon sens le virage qu’a raté Charlie Hebdo dans les années 2000. Depuis le 11 septembre, les musulman-es et les “arabes” en prennent plein la gueule pour pas un rond (enfin plus que d’habitude), les gouvernements en ont profité pour voter des lois liberticides, comme le Patriot Act. Nos libertés individuelles sont désormais menacées dans le réel comme dans le virtuel. C’est à mon sens beaucoup, beaucoup plus grave que l’Islamisme. Ce que je trouve également beaucoup, beaucoup plus grave que l’Islamisme, c’est la manière dont nos gouvernements nous chient sur la gueule en permanence, en ne prenant en compte que la parole des plus forts. Notre planète va mal, notre économie est une vaste plaisanterie, nos acquis sociaux, si nous en avions, sont rognés de plus en plus pour le Saint Profit.

Je trouve ça regrettable car j’aurais aimé avoir un hebdo plus incisif avec les politiques, moins stigmatisant pour les minorités (et c’est peu de le dire).

Toutefois, quelle que soit la ligne éditoriale, entrer dans une rédaction avec un lance-roquette, tuer 12 personnes, en blesser d’autres, c’est infâme. Pas inhumain, car justement trop humain, mais dégueulasse, abject, ignoble.

(L’hommage de Lucille Clerc)

L’hommage de Lucille Clerc

Pourquoi cela nous touche autant ?

Alors que d’autres se font tuer tout le temps pour les mêmes raisons ?

Les victimes sont nombreuses, des douzaines chaque jour. Devons-nous nous reprocher notre manque de compassion ? Oui, clairement.

Est-ce une raison pour nous taxer d’indignés sélectif ? Pas forcément.

C’est ici sous nos yeux que l’impensable se commet, dans un pays où nous nous sentions à l’abri. Ce sont (excepté les deux policiers) des civils qui sont touchés, des personnes sur leur lieu de travail. Les plus chanceux d’entre nous étaient même peut-être eux aussi au travail quand le drame s’est déroulé. Lors de l’attentat du métro Saint Michel, des citoyens anonymes étaient visés, ici les victimes ont été nommées, ciblées, annihilées, cela ajoute encore à la peur. Aujourd’hui, à Paris, deux hommes peuvent entrer dans un bâtiment après s’être trompés de porte (!!!), cagoulés, armés, et abattre froidement onze personnes. Ces hommes peuvent aussi choisir d’en abattre une douzième alors qu’elle est à terre. Nous sommes choqué-es, évidemment.

David Pope. “Il a tiré le premier” – jeu de mots avec “drew” qui signifie “dégainer” ou “dessiner” en anglais.

David Pope. “Il a tiré le premier” – jeu de mots avec “drew” qui signifie “dégainer” ou “dessiner” en anglais.

Les attentats, c’est fait pour l’Etrangie, pas nous ! Bah non. Donc, on en parle, et il faut en parler. Le réveil est rude pour certains, mais tant mieux si j’ose dire. Si cette indignation peut servir à réaliser que des actes de ce type sont commis chaque jour dans le monde, ce sera un progrès. Cette proximité qui nous effraye doit nous rappeler que la mort est à la porte de milliards de personnes dans le monde.

J’espère sincèrement que ce choc ouvrira les yeux à certain-es qui pensent que tout ça, c’est pour les autres. Si cet évènement pouvait entrainer une étincelle de réflexion dans ces yeux bovins que je croise quand je sors, j’en serais ravie. Hélas, je pense que l’étincelle en question sera surtout de la haine à l’état pur, mais on peut toujours espérer, non ?

Aujourd’hui, plusieurs actes islamophobes ont été commis en “représailles”, et je me dis “c’est parti…”. Le malheur des uns faisant le bonheur des autres, le FN, Zemmour et ses potos se frottent les mains sans se douter que la guerre civile dont ils nous rabâchent les oreilles depuis des années sera de leur fait. Car si cet attentat a été commis sur Charlie Hebdo, ce n’est pas pour rien. Attaquer par exemple un congrès frontiste aurait été bien moins rentable… Ici on attaque non seulement la presse, mais la liberté dans son ensemble, c’est quelque part affreusement bien vu car on assiste aujourd’hui à un resserrement national et à un appel aux “valeurs” de la République. Sans la nommer on cible toute une partie de la population déjà fortement stigmatisée, on ajoute de l’huile sur le feu, et c’est strictement ce que voulaient les deux meurtriers.
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Quand je dis “islamophobe” je pourrais dire simplement xénophobe, car nous avons franchi depuis longtemps la barrière du simple attachement à la religion en matière de stigmatisation. Ce sont les personnes ressenties comme étrangères, alors que beaucoup sont nées en France et beaucoup ne sont pas musulman-es, qui seront conspuées. Si les fachos nous parlent de “choc des religions” c’est uniquement afin de leurrer leur public crédule, soyons réalistes. Le spectre du Grand Méchant Islam en lui-même n’est qu’un moyen détourné de simplement foutre dehors tous les gens dont la gueule leur reviennent pas.

Pour en revenir au sujet de mon article, non, je ne suis pas Charlie. Vous avez le droit de ne pas être d’accord, certain-es de mes ami-es ont posté des choses qui ne me correspondent pas, mais chacun à le droit de s’exprimer tant que cela n’incite pas à la haine de l’autre. La seule chose que je n’accepterai jamais est qu’on se réjouisse de la mort d’autrui.

Je ne suis pas Charlie, mais je suis libre, tout comme vous, et il faut nous battre pour préserver cette liberté. Et il faut nous battre pour la liberté de nos ami-es qui vont sérieusement morfler les prochaines semaines/mois/années.

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Il était temps que je finisse enfin cet article qui traîne dans mes cartons depuis trop longtemps. Parce que j’entends toujours les mêmes questions, que les discussions tournent finalement toujours autour des mêmes arguments. J’essaye dans cet article de faire au plus simple et compréhensible, car bien souvent, aussi passionnant soient-ils, les articles que je rencontre ne sont pas à la portée de tou-te-s (beaucoup de notions à connaitre, de vocabulaire particulier, etc.)

Disclaimer : tu es un homme blanc cis (aka cisgenre, c’est à dire que ton identité de genre correspond à ton sexe de naissance) hétérosexuel ? Cet article est fait pour toi ! Il s’adresse également aux femmes pour lesquelles la notion de féminisme est péjorative, et finalement à tous ceux qui se posent ces questions mais aussi à mes fidèles lectrices et lecteurs que j’aime de tout mon petit cœur. Si vous éprouvez le besoin de faire un commentaire, sentez-vous libre d’apporter votre pierre à l’édifice ici-même ou sur la page facebook du blog. Je dois en revanche vous prévenir que ça ne servira à rien de venir chouiner si vous vous faites sauvagement modérer la yeule. Pourquoi tant de violence ? La réponse plus bas !

C’est quoi le féminisme ?

Wikipedia nous livre cette définition :

Le féminisme est un ensemble d’idées politiques, philosophiques et sociales cherchant à définir, promouvoir et établir les droits des femmes dans la société civile et dans la sphère privée. Il s’incarne dans des organisations dont les objectifs sont d’abolir les inégalités sociales, politiques, juridiques, économiques et culturelles dont les femmes sont les principales victimes.

Pour résumer, depuis à peu près toujours et à peu près partout, les femmes sont considérées comme inférieures. Faibles, conduites par leurs hormones, irrationnelles, incapables de penser par elles-mêmes. Il est difficile aujourd’hui de nier les différences de salaire, de droits, de statut. La lutte féministe consiste donc en premier lieu à rétablir une égalité entre les sexes (définition rapide , nous y reviendrons).

C’est cette altérité intrinsèque qui nous rend antagoniste. La femme est l’Autre, comme le disait si bien Simone. Le second choix.

Ce qui rend le sexisme aussi puissant aujourd’hui c’est cette croyance si fermement ancrée en nous que la femme est profondément différente. Différente de la valeur par défaut, l’homme. On retrouve souvent dans la l’imagerie populaire cette image de femmes guidées uniquement par leurs sentiments, leurs envies et pulsions, ou leurs « humeurs » (“Tiens, tu es de mauvaise humeur, tu as tes règles ?” “Non, c’est dans deux semaines, mais je ne manquerai pas de te le rappeler”). La religion a fait du beau boulot à ce niveau-là, la société a pris le relais, engendrant un ensemble d’oppressions systémiques (pratiques, de politiques, de lois et de normes qui défavorisent un groupe ou une catégorie de personnes) (*).

Cela passe aussi par les médias et surtout la publicité qui sont de bons indicateurs. Ainsi, dans les années 50 nous pouvions voir ceci :

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  Brouhaha ! Les années 50 ! Quelle bande d’arriérés ! Ah mais on est en 2014 madame, on verrait plus ça de nos jours ho ho ho !

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Ah ouais ça a vachement évolué. Si, regardez : elle a moins de vêtements. Tout ça bien évidemment parce que la fâme a voulu plus de liberté sexuelle, la voilà bien attrapée ho ho ho.

(Si vous voulez plus d’exemples de publicités sexistes, n’hésitez pas à vous rendre sur la page Facebook de “Je suis une pub sexiste”)

La femme ? Les femmes ?

La notion de féminité unique nous cantonne dans un rôle préformaté : LA femme (ou la fâme) est douce, jolie, gentille, fait le ménage et s’occupe des enfants. Point barre. En disant “LA” femme, on utilise cette représentation surannée pour caractériser la moitié de la population humaine quand même ! C’est une manière de nier nos différences intrinsèques et d’imposer un seul modèle, celui de la femme idéalisée.

LES femmes sont multiples, différentes, uniques. Une femme n’est pas forcément femme biologique (=née avec un utérus et un vagin). Une femme peut être intersexe ou trans*, les grandes oubliées des combats féministes… Aller au delà des injonctions patriarcales de féminité nous libère. Cela ne veut pas dire qu’une femme ne doit pas être féminine, cela veut dire qu’une femme a le droit de choisir seule sa manière de voir son corps, de s’habiller, de s’épiler ou pas. Une femme ultra-féminine n’est pas une salope, elle prend l’apparence de ce qu’elle ressent à l’instant T. Cette même femme pourra aussi s’approprier les codes masculins sans que pour autant on puisse se permettre de remettre en cause sa “féminité”. Enfin, une femme pourra être parfaitement heureuse à la maison avec ses enfants, si cela est son choix.

Il est nécessaire de nous affranchir de nos stéréotypes, d’acquérir notre propre liberté. C’est en cela que la lutte féministe transcende sa propre étymologie : combattre pour les femmes, pour les homosexuel-les, les trans*, les intersexes…et les hommes. Combattre le patriarcat c’est combattre un système de valeurs obsolète, injuste et injustifié qui ne profite finalement à personne sauf au haut du panier (aka l’homme blanc cishet…vous avez pigé le truc). Cette lutte se positionne au niveau social mais aussi au niveau de tout le système économique qui découle de ce postulat de base : il y a des forts, il y a des faibles, que ces derniers se démerdent avec ce qu’on a la grande bonté de leur laisser.

Nous dénonçons l’hypocrisie nommée patriarcat, qui touche chacun d’entre nous et nous enferme dans nos cases.

Bouh ! Djendeur !

La grande vague d’indignation que nous avons connue récemment en France avec le “contre mariage pour tous” reflète bien l’état d’esprit rétrograde qui anime encore trop d’individus. La présence de ce mouvement “contestataire” à lui-seul pourrait d’ailleurs justifier la nécessité du féminisme.

Au-delà de l’homophobie flagrante de ce mouvement de blaireaux dopés aux hormones de croissance et aux confitures Bonne-Maman, nous avons donc découvert que nous défendions la “Théorie du Genre”. Pour résumer en reprenant les mots de ce site probablement développé sous Frontpage qui est l’Observatoire du Djendeur :

Le fondement de cette théorie consiste à nier la réalité biologique pour imposer l’idée que le genre « masculin » ou « féminin » dépend de la culture, voire d’un rapport de force et non d’une quelconque réalité biologique ou anatomique.

Ah ! Mais pourtant, c’est pas faux, la Nature nous distingue bien, il est donc anormal de vouloir aller à contresens, nous sommes de dangereux dégénérés dégenrés !!!

Sauf que…

Sauf que la théorie du djendeur n’existe que dans la tête de nos amis à poils drus qui paradent le dimanche avec leurs poussettes et leurs drapeaux roses (pour les filles) et bleus (pour les garçons). A la base, il y a les “Gender Studies” qui visent à étudier l’impact sociologique de l’éducation genrée sur les populations : pourquoi trouve-t-on plus de femmes dans certains domaines professionnels, pour quelle raison la répartition des tâches domestiques est-elle si déséquilibrée, etc. De là, offusqué-es par cette vile tentative de bouleversement des mœurs tels qu’enseignées dans les manuels scolaires d’antan, la frange radicale monte au créneau et diffuse un monceau de contre-informations toutes plus insensées les unes que les autres (La masturbation à l’école primaire ? Sérieux ??!), prises pour argent comptant par les personnes les moins bien informées et reprises par les mouvements d’extrême-droite.

Pour en savoir plus sur les intox de la théorie du djendeur, je vous conseille cet article du Monde qui reprend les grandes lignes, et cet article de Rue89 si vous n’aimez pas Le Monde.

Oui, un garçon et une fille sont différents. Pour quelle raison ? Parce que nous les éduquons comme nos parents nous ont éduqués, comme leurs parents les avaient éduqués. Les enfants apprennent très vite à se modeler selon les désirs de leurs parents. Il est donc logique qu’un petit garçon, à qui on demande de “ne pas pleurer comme une fillette” et de ne pas jouer à la poupée développe un comportement stéréotypé. Il est logique qu’une petite fille veuille jouer à la dinette, être jolie, souriante, disciplinée, car il s’agit de valeurs transmises au fil des générations. C’est ce modelage qu’analysent entres autres les Gender Studies. En réalité, et ce malgré les travaux récents en imagerie médicale sortis récemment, les arguments en faveur d’un comportement lié à l’unique aspect biologique sont vraiment très faibles. Les différences biologiques sont réelles, mais ne peuvent à elles-seules définir nos comportements sociaux.

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Ce « guide de la parfaite épouse » ne date pas de 1960, mais est très largement inspiré de divers ouvrages sur le sujet. Un demi-hoax.

L’argument Naturaliste

“Oui, n’empêche qu’on ne peut pas nier les différences biologiques entre les hommes et les femmes !”

D’une part, c’est faire l’impasse sur toute une partie de la population à l’instar des personnes intersexes, trans* et bigenres. Perso, je ne vais pas pratiquer un examen gynécologique sur chacune de mes amies afin de bien m’assurer qu’elle n’a pas de pénis. Question de respect.

D’autre part, en faisant un gros effort et en admettant que TOUTES les femmes sont pourvues de l’outillage nécessaire à la procréation (ce qui est finalement la véritable question derrière l’argument naturaliste), je ne vois toujours pas le rapport. Une femme peut vaquer aux mêmes occupations qu’un homme, et inversement. Un homme biologique, s’il ne peut pas procréer seul, peut s’occuper d’enfants, aimer le rose, vouloir porter des robes, pourquoi pas ? Aucune activité ne nécessite absolument de posséder un pénis ou un vagin, sauf erreur de ma part (Non, l’hélicobite ne compte pas !). On peut évoquer la force physique, mais quand on voit par exemple que Varya Akulova battrait pépère au lancer de tronc la totalité de mes connaissances masculines, ça me fait doucement rigoler. Une femme avec un entrainement militaire, par exemple, n’a rien à envier à ses camarades pourvus d’organes génitaux masculins, pendouillant de surcroit à l’extérieur de leur abdomen, point faible ô combien douloureux pour ces messieurs.

Dans les faits, les femmes biologiques ont bel et bien une physiologie différente, il serait inutile de le contester. De taille en moyenne inférieure, elles ont par exemple un moindre volume sanguin et une musculature moins importante. Et alors ? En quoi, dans notre société actuelle, ces faits seraient-ils d’une quelconque importance ? Nous ne devons plus survivre en milieu hostile, nous vivons pour les plus privilégiés d’entre nous à l’abri du vent, du froid, des prédateurs. En quoi ces différences structurales justifieraient-t-elles ce statut d’infériorité féminine ?

La seule véritable différence réside donc en cette capacité reproductive.

Les femmes biologiques ont leurs règles, et peuvent porter des enfants. So what ?

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C’est tellement mystérieux que dès le paléolithique, les cultes à la Déesse Mère (Gaïa) vénéraient cette fertilité et cette capacité magique de donner la vie. Ce n’est qu’en 3000 av. JC (selon les sources, et vous conviendrez que comme on n’était pas là on a bien du mal à dater ça correctement) que les mystères de la procréation seront mis à l’écart au profit de la Très Sainte Bite. Ce culte de la maternité, s’il existe toujours et on le constate bien dans la plupart des religions, a relégué la femme au rang de simple procréatrice, pourvoyeuses d’enfants si possibles mâles, vouée à servir loyalement l’Homme.

Je me permets de citer Simone de Beauvoir qui cite elle-même Engels (citationception !)

C’est selon cette perspective que Engels dans l’Origine de la famille retrace l’histoire de la femme : cette histoire dépendrait essentiellement de celle des techniques. À l’âge de la pierre, quand la terre était commune à tous les membres du clan, le caractère rudimentaire de la bêche, de la houe primitives limitait les possibilités agricoles : les forces féminines étaient à la mesure du travail exigé par l’exploitation des jardins. Dans cette division primitive du travail, les deux sexes constituent déjà en quelque sorte deux classes ; entre ces classes il y a égalité ; tandis que l’homme chasse et pêche, la femme demeure au foyer ; mais les tâches domestiques embrassent un travail productif : fabrication des poteries, tissage, jardinage ; et par là elle a un grand rôle dans la vie économique.

Par la découverte du cuivre, de l’étain, du bronze, du fer, avec l’apparition de la charrue, l’agriculture étend son domaine : un travail intensif est exigé pour défricher les forêts, faire fructifier les champs. Alors l’homme recourt au service d’autres hommes qu’il réduit en esclavage. La propriété privée apparait : maître des esclaves et de la terre, l’homme devient aussi propriétaire de la femme. C’est là « la grande défaite historique du sexe féminin ». Elle s’explique par le bouleversement survenu dans la division du travail par suite de l’invention des nouveaux instruments. « La même cause qui avait assuré à la femme son autorité antérieure dans la maison : son confinement dans les travaux du ménage, cette même cause y assurait maintenant la prépondérance de l’homme ; le travail de ménage de la femme disparaissait dès lors à côté du travail productif de l’homme ; le second était tout, le premier une annexe insignifiante. » Alors le droit paternel se substitue au droit maternel : la transmission du domaine se fait de père en fils et non plus de la femme à son clan. C’est l’apparition de la famille patriarcale fondée sur la propriété privée.

C’est en ça que le combat féministe est également une approche économique et politique. Notre système économique actuel ne peut se dispenser de cette notion d’asservissement, qu’il s’agisse de femmes ou de travailleurs précaires (qui sont souvent des femmes d’ailleurs). Si cette vision n’est pas partagée par tous les courants féministes, l’image est tout de même assez parlante.

L’argument de la complémentarité Femme/Homme est lui aussi un piège mortel. Cette complémentarité n’a de sens que dans la perspective purement reproductive. Affirmer par exemple que l’art féminin est par essence différent est réducteur, étant donné qu’il y a autant de féminités que de femmes. On nous dit “Oui mais regarde, dans la rue, un homme doit protéger sa femme” “Au sein du foyer, l’homme ramène les sous, la femme s’occupe du reste”. Mais si une femme a un risque plus élevé de se faire agresser dans la rue tard le soir, ce n’est pas parce qu’elle est faible mais…parce que certains hommes sont des agresseurs. Si l’homme est le principal pourvoyeur de fonds au sein du couple, c’est qu’une femme gagnera moins à travail égal ! Cet argument s’auto-consume dès lors qu’on va plus loin dans la réflexion.

Et ouais, le féminisme c’est vraiment pas ce que vous croyez (et c’est tant mieux).

Objection !

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Mais nous n’avons plus besoin du féminisme !

Toujours pas convaincu-e ? Ça tombe bien, j’ai encore pas mal de choses à dire.

Voici le genre de trucs qu’on peut retrouver chez les MRA (Men’s Right Activist / Masculinistes)

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“Avez-vous besoin du féminisme ?

Les femmes dans votre pays ont le droit de : voter ? Conduire ? S’habiller comme bon leur semble ? Aller à l’école ? Divorcer de leur mari ? Devenir propriétaires ? Sortir seules ? Ne pas être excisées ? Avoir une carrière ? Choisir qui elles épousent ? Obtenir de l’aide si elles sont agressées ?

Si vous avez répondu oui aux questions ci-dessus, félicitations ! Vous n’avez pas besoin du féminisme !”

Les femmes ont le droit de conduire, de voter, de travailler, c’est quoi le souci ? On veut quoi de plus ?

  • Le droit de vote a été inscrit dans la loi en 1944.
  • Ce n’est qu’en 1965 que les femmes mariées ont pu travailler sans l’autorisation de leur époux. En 1970, l’autorité paternelle et la notion de “chef de famille” sont supprimés.
  • La dépénalisation à l’IVG a lui aussi presque 70 ans, mais comme on a pu le voir récemment en Espagne, ou récemment en France, rien n’est acquis…
  • Les femmes sont scolarisées, mais comme nous le verrons plus bas, on les incite très jeunes à choisir des voies littéraires, sanitaires ou sociales.
  • Les femmes peuvent s’habiller librement, mais la question sera toujours posée en cas de viol. D’ailleurs, on évoque l’aide aux victimes…seules 10% des femmes violées portent plaintes, et sur ces 10%, seuls 3% des cas sont jugés aux assises. 96 % des auteurs de viol sont des hommes et 90 % des victimes sont des femmes.

Valérie Crêpe Georgette nous en parle bien ici : les familles préfèrent avoir un garçon plutôt qu’une fille, les petites filles sont “douces, gentilles, sensibles”, seront allaitées moins longtemps, entourées de moins d’égards. Une fille sera encouragée à être séduisante, belle, attentionnée, peu agressive (*)

Dans les livres, dessins animés, séries, films, les rôles féminins sont stéréotypés, plus faibles et globalement moins présents (*)

Il n’est pas lieu ici de contester cette inégalité effective étant donné la masse d’informations et statistiques démontrant cette réalité. Mais allez, j’ai envie de me faire un peu “plaisir”.

En France :

  • Les femmes gagnent 24% de moins que les hommes.
  • On compte 20,8% de femmes présentes dans les conseils d’administrations du CAC 40, dont 2% de PDG (INSEE)
  • Les femmes passent 4h de temps aux tâches domestiques, contre 2h30 pour les hommes.
  • 31% des femmes travaillent à temps partiel, contre 7% d’hommes.
  • Une fois à la retraite, une femme touche 932€ en moyenne contre 1603€ pour un homme.
  • 1/3 des familles monoparentales est pauvre, dans 9 cas sur 10 il s’agit d’une mère seule.
  • Depuis le début du 20ème siècle, 16% d’écrivaines ont obtenu un prix littéraire.

Le ministère des droits des femme a édité une brochure très parlante (ici) :

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Vous aimez les chiffres ? Vous en voulez encore ? Voici le gender gap report 2014. Enjoie.

Les féministes veulent juste dominer les hommes !!!

C’est un des premiers à-priori que nous rencontrons, et c’est LA question récurrente. Les femmes ne veulent pas l’égalité, naïfs que vous êtes, les femmes veulent juste dominer les hommes !

Maintenant, posez-vous la question. Nous avons été opprimée durant des siècles. Pour quelle raison voudrions-nous à notre tour infliger cette souffrance ? Par vengeance ? C’est un peu gros, non ? Tout ça juste pour ça ???

Et pourquoi cette obsession de la domination ? Souvent, je me rends compte au fil des discussions qu’il s’agit plutôt de la peur de perdre ses privilèges. Cela est surtout dû à une incompréhension primordiale : les féministes ne veulent pas abolir les privilèges, elles souhaitent que chacun puisse bénéficier des mêmes chances. Si par exemple vous ne vous déplacez pas en fauteuil roulant, vous n’aurez pas de difficulté à vous rendre dans n’importe quel commerce. Une personne à mobilité réduite se verra dans l’incapacité d’accéder aux mêmes endroit que vous. La pose d’une rampe d’accès permet cette accessibilité. Au final, vous aurez toujours accès au magasin, et les utilisateurs de fauteuils roulants également. Vous ne perdre pas notre privilège, mais l’autre gagne cette accessibilité. Le sens du mot privilège se voit ainsi dépouillé de sens : en effet, vous n’aurez plus “cette possibilité que l’autre n’a pas”, vous aurez “cette possibilité tout court”. Finalement, tout le monde est gagnant (et les commerçants ou les institutions publiques devraient sérieusement commencer à se bouger le cul pour permettre à tous d’accéder à leurs locaux.)

Je comprends qu’il soit déstabilisant de se rendre compte de nos privilèges. Je suis blanche, hétérosexuelle, cis. J’ai beaucoup de privilèges liées à la couleur de ma peau, à mon orientation sexuelle, mon genre correspond à mon sexe. Je ne subis pas d’oppression raciste, homophobe ou transphobe. Cela a impacté, sans que je le réalise, ma perception du monde. En prenant conscience de mes privilèges, je peux travailler à ne pas opprimer mes interlocuteurs et à rendre ce dont je bénéficie accessibles aux autres. Cela ne me gêne pas car j’ai simplement envie de vivre dans un monde juste. La première phase est cette prise de conscience. Souvent, le terme de privilège “agresse” certaines personnes qui peuvent se sentir menacées, culpabilisées, alors que finalement, la faute initiale n’est pas de leur fait, mais du système. Ne soyez donc pas systématiquement sur la défensive lorsqu’on vous dit de checker vos privilèges : vous n’êtes pas coupable de la société. Vous êtes en revanche coupables de la diffusion de ces stéréotypes.

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Corolaire #1 : “Les féministes détestent les hommes !” aka “MISANDRIIIIE”

Encore une fois. Pourquoi faire ? Quel est l’intérêt ?

Cette posture est issue de la croyance fondamentale que les féministes sont toutes lesbiennes. <sarcasm> C’est bien connu, c’est uniquement par haine des hommes que les femmes choisissent de devenir lesbiennes.</sarcasm>

On constate bien ici l’insécurité quant à la liberté sexuelle féminine considérée comme anormale. Les femmes ne dépendent pas des hommes, plus maintenant. Offense suprême, les moyens alternatifs de conception de gnomes leur permet même aujourd’hui de procréer sans eux. On peut refuser un rapport sexuel (scandale !), même après un resto et des fleurs (re-scandale), même dans le cadre du mariage (re-re-scandale !). Pire, on peut jouir sans eux, et même jouir d’eux sans obligatoirement leur présenter nos parents au préalable. Cette liberté qui était l’apanage des mâles, des vrais, est désormais universelle. Ce qui était jusqu’alors un privilège masculin devient un droit pour tous.

Et ressort, invariablement, l’image du Nice Guy, de la soit-disant Friendzone, des “salopes”… Privés de leurs repères confortables, certains se retrouvent tant démunis que le repli identitaire leur semble la seule option. Et dire que c’est nous, les “communautaristes” de l’histoire, c’est pas ironique, ça ?

Au contraire, les mouvements féministes (pas tous)  s’ouvrent au monde, conquièrent des territoires, plantent leurs drapeaux un peu partout. A l’opposé de la sécurité du giron communautaire, finalement.

(Reiser, “Les copines”, 1985)

(Reiser, “Les copines”, 1985)

Corolaire #2 : “En réalité, les femmes ont le pouvoir !”

Cet argument ressort surtout dans deux domaines : famille et sexualité. Je n’ai encore jamais entendu un masculiniste me placer cet “argument” dans d’autres domaines.

Les femmes ont la garde des enfants ! Effectivement, en cas de divorce, la garde est confiée le plus souvent à la mère, et ça oblige de pauvres types à monter sur des grues. Pour rappel, la résidence des enfants a été fixée chez la mère dans 71,8% des cas, en alternance dans 21,5 % des cas et chez le père dans 6,5% des cas. Sauf que dans 75% des cas, le père ne demande pas la garde.

Les femmes choisissent avec qui et quand elles font l’amour. Oh oui c’est INADMISSIBLE §§§

Les femmes n’ont pas LE pouvoir, les femmes se réapproprient petit à petit des droits fondamentaux dont elles ont été dépossédées. La maternité ou l’avortement sont leurs choix, leur corps leur appartient, leur sexualité dépend de leur bon vouloir. Et c’est NORMAL.

Non mais attend ça veut dire quoi “les mouvements féministes” ? Vous êtes pas toutes les mêmes ??!

Bah non, mon p’tit lapin. Toutes les féministes ne se mettent pas seins nus dans des églises, il existe beaucoup de divergences au sein du groupe “Féministe”.

Je vous raconterai la grande histoire du féminisme un peu plus tard et plus en détail. Plusieurs questions divisent les mouvements, comme l’acceptation des trans* MtF (Male to Female –> Homme vers Femme) dans les groupes non-mixtes, le port du voile, la prostitution… Et selon chaque courant, les causes de l’oppression et les moyens de luttes sont divergents.

Dire qu’il n’y a qu’un seul féminisme est aussi réducteur que de dire qu’il n’y a qu’une seule gauche en politique. Chaque mouvement, chaque association a ses spécificités et les tensions entre les groupes sont bien réelles.

Salomé Mélange Instable a par ailleurs écrit un article très juste sur le “Féminisme™” que je vous invite fortement à consulter.

Vous voyez du sexisme partout ! C’est pas un peu parano ?

Oui. Non.

Oui, le sexisme est omniprésent, je vous en parlais ici avec le phénomène “Matrix”. Pire encore, l’homophobie et le cissexisme (sexisme envers les trans*) sont encore plus présents et normalisés. Notre système de valeur est non seulement sexiste mais aussi hétéronormé.

Sexisme dans la publicité, dans les médias, au travail, dans la rue, dans les relations amicales, dans les relations de couple. Sexisme dans les films, les séries, les jeux vidéo. Rien n’est exempt de sexisme.

On le voit bien dans les jeux vidéo avec le syndrome du « nœud rose ». Dans beaucoup de jeux, le personnage féminin est différencié par la couleur de son costume (rose, violet), ou un nœud rose posé sur sa tête. Cet individu est « l’autre », car le personnage principal par défaut est masculin dans la majorité des cas. (ci-dessous, lien Youtube de l’émission Feminist Frequency sur le sujet, pour les anglophones).

Les féministes sont hystériques, violentes, agressives.

Oui et non (surtout non). Si certains groupuscules comme les Femen font vraiment de la merde, ce n’est pas le cas de nombre d’entre nous. En revanche, même un modèle de patience comme moi peut arriver à m’énerver pour de bon lors de certaines conversations.

A CHAQUE fois, lors d’une discussion, vous aurez toujours un homme blanc cishet qui va venir poser son “oui mais”. Et on sort notre bingo, et on coche…

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“Oui mais moi je suis pas un violeur”

Mais…mais…YOUPI ! Franchement, tant mieux, t’es pas un violeur donc…donc quoi ? Tu n’es peut-être même pas homophobe (tu traites pourtant des potes de tennis de “tapettes” quand ils jouent mal, ton fils de “fillette” quand il se casse un bras), tu n’agresses pas les femmes dans la rue, en d’autres termes, tu es un individu normal. So what ? Tu veux un petit massage au monoï et un cookie en remerciement ?

“Oui mais vous généralisez”

Parler d’une oppression systémique c’est parler du système qui génère cette oppression. Si au niveau individuel chacun n’est pas misogyne, c’est loin d’être le cas au niveau social. Nous ne généralisons pas, nous évoquons des faits sociaux. Si je vous dis par exemple que la société laisse crever des sans-abri dehors, je n’énonce pas une contre-vérité. C’est avéré : chaque année, des gens meurent dans la rue. Le gouvernement et notre système capitaliste créent ces inégalités, pas TOI personnellement. Tu n’expulses pas de personnes hors de leur domicile, sauf si tu es huissier ou agent des forces de l’ordre. Mais tu participes (et nous participons tous) à maintenir le système en place. Nous ne te visons pas, toi, nous dénonçons le système dont tu fais partie. C’est assez différent, non ?

“Oui mais vous desservez votre cause” “Vous êtes violentes !”

Certaines vérités ne sont pas agréables à entendre. Nous fonctionnons et favorisons ce système inégal, tous autant que nous sommes. Dénoncer et prendre la parole permet de mettre des mots sur la souffrance et les injustices que nous subissons. Et nous nous sommes tues trop longtemps, c’est plus avec des bisoux que ça va se régler. Tous les mouvements féministes ont été mus par une certaine forme de violence. Les suffragettes ont gagné le droit de vote au prix de leur liberté, parfois de leur vie. Les choses ne changeront pas si nous nous contentons de protester mollement. Car c’est ce que nous avons fait durant des siècles et des siècles sans résultat ! Le droit de vote, le droit à l’IVG, le droit au divorce et à la liberté nous ont coûté; sans cris, sans heurts, nous n’en serions pas là. Je n’approuve pas la violence, mais je sais que sans bousculade, nous n’y arriverons pas. Beaucoup de transformations radicales ont eu lieu dans le sang : révolutions, putsch… Ca serait infiniment cool si tout se passait sans violence, mais il faut être réaliste, au bout d’un moment faut sortir les couteaux.

“Oui mais on est pas en Afghanistan”

C’est exact, enfin pour moi (j’ai peut-être des lectrices afghanes même si Piwik ne m’en voit pas).

Cet argument a le don de m’énerver car :

  • Les personnes qui disent ça n’en foutent pas une pour l’Afghanistan.
  • C’est une vision terriblement centrée sur l’Islam et le voile, en fait, hein.
  • Ca permet d’oublier de manière bien commode qu’on peut et qu’on doit lutter ici et maintenant, car nous en avons la possibilité.
  • Les femmes Afghanes n’ont pas besoin de notre paternalisme…

“Oui mais il faut être humaniste”

…et les autres problèmes vont se régler touts seuls. C’est vrai que l’abolition de l’esclavage a réglé définitivement le problème du racisme, et que le droit de vote des femmes a réglé défi…oh, wait.

(*) “Oui mais moi je suis un homme, blanc, cis, hétéro, et je souffre du patriarcat aussi !”

Le souci pour toi c’est que nous dénonçons une inégalité qui concerne la moitié de la population humaine à laquelle tu n’appartiens pas. Donc nous ne t’inclurions pas dans notre combat. On ne renie pas ton expérience ni tes difficultés. Le but du féminisme n’est pas de fonder une domination féminine quelconque, c’est de dénoncer une forme d’oppression spécifique et systémique. Être une femme, c’est de base partir avec un handicap, que ce soit dans l’éducation parentale et scolaire. On est douces, gentilles, on n’aime pas les maths, chaque maillon de la chaîne nous enferme dans des stéréotypes dont il est difficile de s’affranchir.

Le truc que la plupart des hommes ne comprennent pas, c’est qu’on lutte aussi pour eux.

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“Être privilégié c’est penser que quelque chose n’est pas un problème car ce n’est pas un problème pour vous personnellement.”

Pour que les hommes ne soient pas obligés d’être de gros bras virils, ne soient pas obligés de masquer leurs sentiments, ne soient pas considérés comme faibles ou déviants lorsqu’ils ne collent pas au stéréotype dans lequel ils sont enfermés. On ne nie pas la souffrance des hommes.

Il n’y a pas à vrai dire de gradation dans l’oppression, nous sommes toutes et tous victimes de ce système en tant que femmes et hommes, en tant que travailleuses, travailleurs, individus. Mais en tant que femme (première caractéristique « visible »), nous sommes encore plus victimes de ce système-là. Travailleuses, nous gagnons moins, accédons moins facilement à des postes à responsabilités. Individus consommants, nous payons plus pour les mêmes produits, sommes ciblées par toute une branche des industries cosmétiques, alimentaires, textiles, pharmaceutiques (les médicaments sont par exemple testés surtout sur des hommes, car la variable « hormonale » rend les tests croisés plus aléatoires, donc moins rentables dans le temps. Les posologies sont en général simplement adaptées à la morphologie féminine).
Nous sommes femmes, mères, amantes. Et nous subissons des injonctions contradictoires à longueur de temps, car nous sommes toujours « en défaut » par rapport à tout (trop salope, pas assez sensuelle, trop grosse, pas assez mince, trop aimante, pas assez libre…).

“Oui mais Les hommes sont plus victimes de la violence que les femmes !”

Ah bon ?

En 2010-2011, 5,1% des 18/75 ans ont été victimes de violences. 4,7% des hommes et…5,5% des femmes (0,5 contre 1,3% concernant les violences sexuelles). Les femmes plus souvent agressées par un proche, les hommes par un inconnu.

Selon les chiffres des condamnations (2012) rendus publics par le ministère de la justice :

Toutes circonstances confondues, les viols (1 600 infractions) constituent 46,6 % des crimes sanctionnés. Ils se composent des viols avec circonstances aggravantes (36,6 % des crimes), des viols commis par le conjoint ou concubin de la victime (1,7 %), des viols simples (8,3 %).
Les autres atteintes à la personne de nature criminelle viennent ensuite avec 26,2 % des crimes ; 13 % sont des homicides volontaires et 13 % des coups et violences volontaires ayant entrainés la mort ou une infirmité permanente.

90,1% des condamnés sont des hommes, 9,9% sont des femmes.

Pour finir, ce graphique de l’INSEE :

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Voilà voilà.

Pour finir

J’ai encore BEAUCOUP de choses à dire, mais je termine ici cet article déjà bien long. Si vous m’avez lue jusqu’ici, merci. Je pense continuer cette série d’article avec un volet “Histoire du féminisme” et “Les différents courants féministes”, deux thèmes beaucoup trop touffus pour être casés là.

Si vous constatez une erreur ou remarquez une conjugaison aléatoire, n’hésitez pas à m’en faire part, j’ai beau relire plusieurs fois chaque article, quand on a le nez dedans, ça arrive. Et si j’ai dit des bêtises, n’hésitez pas non plus, je ne le prendrai pas mal, au contraire, je suis beaucoup moins calée que certain-e-s d’entre vous et je n’ai aucune honte à le dire.

Sur ce, je vais retourner jouer à la DS.

Niki de Saint Phalle

Niki, la femme

2681754045Aujourd’hui c’est le 84ème anniversaire de la naissance de Niki de Saint Phalle.

Comme vous êtes super bons en dates, vous aurez donc compris que Catherine Marie-Agnès Fal de Saint Phalle est née le 29 octobre 1930. Issue d’une famille aristocrate, sa famille déménage en 1930 de Neuilly sur Seine aux États-Unis (Connecticut puis New York) suite au krach de 1929 qui les laissa sur la paille.

En 1944, elle peint  les feuilles de vignes couvrant pudiquement les statues grecques de son école en rouge vif. On lui impose un suivi psychiatrique…

Elle se marie à 18 ans et aura deux enfants en 1951 et 1955. Son rôle de femme, le quotidien d’épouse et de mère lui pèsent.

Niki, l’artiste

D’abord mannequin et comédienne, c’est lors de son séjour en hôpital psychiatrique à la suite d’une grave dépression qu’elle commence à s’intéresser aux arts plastiques. Pour assumer et canaliser son agressivité, elle s’intéresse aux armes. Sa passion pour les armes à feu servent de médium dans son expression artistique : elle tire sur des toiles précédemment travaillés au plâtre renfermant des pigments colorés. Rapidement, elle est admise dans le groupe des “Nouveaux Réalistes” et le monde commence à découvrir ses performances artistiques au tir.niki_de_saint_phalle_life_thumb

En 1955, elle découvre Antoni Gaudí lors d’un voyage. On ressent d’ailleurs fortement l’influence de Gaudí sur son œuvre ultérieure, surtout dans la conception de son jardin de sculptures, le Jardin des Tarots. C’est grâce à sa rencontre en 1974 avec Marella Caracciolo, une princesse napolitaine, que son rêve devient réalité. Son jardin sera inauguré en 1998.

En 1960, elle quitte son mari et s’installe avec Jean Tinguely où ils font atelier commun au cours d’une relation tumultueuse et créative.

Ce n’est qu’en 1980 qu’on reconnaît enfin son talent, malgré plusieurs présentations de son travail. Le travail sur les fameuses Nanas en papier mâché débute en effet dès 1965. Alors qu’elles sont les œuvres les plus aisément reconnaissables aujourd’hui, ces Nanas n’avaient guère intéressé le public au moment de leur exposition.

Elle meurt le 21 mai 2002, tuée en quelque sorte par son art. Son travail avec des fibres polyester dont la toxicité n’était pas connue à l’époque ayant irrémédiablement affecté ses voies respiratoires.

Niki, la féministe

Au-delà de son œuvre remarquable, Niki de Saint Phalle était également une féministe par essence. Ses désirs de liberté, ses appétits créatifs l’ont très rapidement posée en face de la contradiction avec son “rôle” de mère de famille aristocrate qui l’étrangle dans un carcan entre conventions sociales et injonctions au silence.

On ne peut que ressentir ce combat en lisant cette lettre à Pontus Hulten :

Un jour je ferais une chose impardonnable. La pire chose dont une femme soit capable. J’abandonnerais mes enfants pour mon travail. Je me donnerais ainsi une bonne raison de me sentir coupable.

Enfant je ne pouvais pas m’identifier à ma mère, à ma grand-mère, à mes tantes ou aux amies de ma mère. […] Je ne voulais pas devenir comme elles, les gardiennes du foyer, je voulais le monde et le monde alors appartenait aux HOMMES. Une femme pouvait être reine mais dans sa ruche et c’était tout. Les rôles attribués aux hommes et aux femmes étaient soumis à des règles très strictes de part et d’autre.

[…]

Je compris très tôt que les HOMMES AVAIENT LE POUVOIR ET CE POUVOIR JE LE VOULAIS.

OUI, JE LEUR VOLERAIS LE FEU. Je n’accepterais pas les limites que ma mère tentait d’imposer à ma vie parce que j’étais une femme.

NON. Je franchirais ces limites pour atteindre le monde des hommes qui me semblait aventureux, mystérieux, excitant.

[…]

Mon frère John fut encouragé à faire des études. Pas moi. J’étais jalouse et pleine de rancune que le seul pouvoir que l’on me reconnût fût celui de séduire les hommes. Personne ne se souciait que j’étudie ou non, du moment que je passais mes examens. Tout ce que voulait ma mère était que j’épouse un homme riche et socialement acceptable.

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Vue du Jardin des Tarots, Garavicchio, Italie © Laurent Condominas

Il y a énormément à dire sur Niki de Saint Phalle, malheureusement c’est journée migraine dans ma caboche et j’ai un mal fou à écrire. C’est probable que j’édite mon article plus tard pour l’enrichir, en attendant, je vous colle une galerie photo et vous fais des bisoux :

Halloween

Pour une fois, je tente le sujet d’actualité. Pas deux ans trop tôt comme mes sujets – ici –  sur les pick-up artists (damn !) ni un an trop tôt comme mon sujet sur les poupées que j’aurais dû sortir avec “Annabelle” (Caramba ! Encore raté !).

Je suis pas au top sur tout ce qui est sensé faire peur, étant donné que j’adore tout ce qui est horreur et fantastique et que je suis probablement un peu désensibilisée à tous ces trucs (j’ai beaucoup ri devant Massacre à la Tronçonneuse, c’est tout ce que vous devez savoir). Cet article ne fera donc probablement pas peur, et vous allez probablement aussi apprendre des trucs. Beurk.

C’est quoi Halloween ?

Comme c’est souvent le cas, il s’agit d’une fête païenne récupérée par les chrétiens. Je vais pourtant faire le chemin inverse en vous parlant d’abord de la fête chrétienne avant de vous causer sorcières.

Halloween = “All Hallows Eve” = la veille de la Toussaint.

La Toussaint est la fête célébrant, comme son nom l’indique “tous les saint”, connus et inconnus. Quand on voit la difficulté de la procédure de canonisation, on comprend la nuance. Et comme ça on ne prend pas de risque, malin ! Cette fête est célébrée par les catholique, les orthodoxes et les luthériens. Cette célébration a lieu le 1er novembre, suivie par la fête des morts le 2 novembre (ou le 3 si le 2 est un dimanche).

Samhain

Samain, ou Samhain (qui peut aussi porter le nom de Samhuinn ou Sauin) est la nouvelle année celtique, le début de la saison sombre, la phase de l’année où la frontière entre vivants et morts est la plus ténue. Fêtée le 31 octobre dans le monde des vivants, elle débute la saison claire dans le monde de l’invisible. Le monde souterrain vit fonctionnant en effet à l’inverse de celui des vivants, on y fête donc Samhain le 1er novembre.

Samhain est suspendue hors du temps, c’est un moment où morts et vivants peuvent se rencontrer. Samhain, dans sa version traditionnelle, est habituellement fêtée par les païens d’influence celte (pagans in english in ze texte) comme les adeptes de la Wicca. Cette célébration tient une place extrêmement importante, si ce n’est vitale, dans le calendrier “sorcier”, et on trouve beaucoup de rituels différents rattachés à Samhain.

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 Samhain sur les Portes du Sidh

Non mais Halloween c’est une fête commerciale !

Absolument. Comme Noël ou la Saint Valentin.

Même si l’origine de cette tradition est Celte, les USA ont récupéré le truc et ajouté pas mal de folklore tout autour, histoire de.

Thanksgiving, Black Friday, Halloween et Noël, ça fait du chiffre.

En même temps, c’est encore un bon prétexte pour se déguiser, se gaver de sucreries et se pinter la gueule à la vodka. Les deux derniers points me donnent bien envie de fêter Halloween plus souvent. Et Pâques. Important, Pâques.

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C’est quoi ce truc avec les déguisements ?

Selon ce que j’ai pu trouver, le principe est de se fondre dans la masse des fantômes et autres démons qui se baladent ce soir-là. Et de faire peur aux gosses.

Halloween est surtout, selon une source fiable et très sérieuse (9gag) un bon moyen de se déguiser en “slutty-truc”. Et là, vous vous rendez-compte que j’en profite pour vous asséner du féminisme en loucedé pendant un article qui n’a à priori rien à voir. HA HA !

Non mais sérieusement :

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Alors précisons : c’est complètement ok de se déguiser en ce qu’on veut pour Halloween. Mais complètement. Ce qui est moins normal c’est que quand je cherche un costume (et non, je ne me déguise jamais pour Halloween, vous n’aurez aucune photo) je tombe essentiellement sur des trucs “sexy”. D’autre part, c’est devenu presque une obligation de pratiquer du slut-shaming en cette occasion. On renvoie à nouveau aux femmes des injonctions contradictoires : soit sexy pour Halloween, mais pas trop, mais que si tu es mince, mais si tu es moins mince ne t’habille pas trop large mais pas trop court non plus mais dans tous les cas tu es une salope, sache-le.

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Rhaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaa !!! Mais lâchez-nous !

Au passage, souvenez-vous d’une chose : la réappropriation culturelle c’est not ok. Je me permets de citer cet article de Po qui vous expliquera pourquoi bien mieux que moi.

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Trick or treat ?

Cette tradition plutôt étazunienne est peu pratiquée dans nos contrées civilisées, elle reste pourtant une image persistante dans notre imaginaire halloweenesque. Pourquoi envoie-t-on les gamins courir les rues en pleine nuit réclamer des bonbecs à des inconnus ?

À l’origine, en Brittonnie (oui j’ai décidé d’inventer des noms), la tradition est un peu moins funky. En effet, les pauvres avaient pour coutume de mendier contre des prières aux morts à la Toussaint. Aujourd’hui, on envoie des gamins.

Chaque année, on a droit aux légendes urbaines de type “attention aux lames de rasoir dans les pommes !”. En même temps, si on m’offre une pomme pour Halloween je mords. Le manque de sucre me rend sauvage. Cette année, la menace concerne les bonbons au cannabis. Bullshit encore, au vu du prix de la Kaya, ça reste vraiment très très improbable. Donc oui, il y a certains faits divers inquiétants autour de la distribution de bonbons. En même temps, certains principes de base peuvent éviter une éviscération fortuite. Genre faire accompagner ses hobbits par un plus grand (et non, n’y allez pas, vous leur collerez la honte). Déballer la récolte à la maison. Et surtout goûter avant eux. Important. Et si ça se trouve, vous gagnerez le trip de votre vie. Nom nom nom.

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Pourquoi des citrouilles ?

Oui parce que la citrouille, c’est pas trop celte hein. Nope, mais ils avaient des betteraves et des navets. Et bah les navets sculptés c’est beaucoup moins choupi que les citrouilles :

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Brr.

Ces légumes sculptés et transformés en lanternes étaient voués à effrayer Jack O’Lantern et les visiteurs indésirables. Les nord-américains, heureux possesseurs de citrouilles, ont découvert que ces dernières étaient vachement moins compliquées à sculpter, du coup tout le monde est passé aux citrouilles parce que oui, c’est moins chiant.

L’usage de visages terrifiants nous vient de la légende de Jack O’Lantern qui, s’étant cru plus malin que le Malin, erre depuis des siècles, une lanterne à la main, perdu dans les ténèbres pour l’éternité.

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Gros pochard, Jack demande au Diable de lui payer un dernier verre avant de lui confier son âme. “Okay, mais j’ai pas trop trop d’argent sur moi, tuvoi, donc je vais me transformer en pièce de six pence comme ça tu peux payer.” Y voyant une opportunité de boire à l’œil et de jouer un sale tour au Diable, Jack empoche la pièce et la glisse dans sa bourse. Horreur, le Malin se retrouve coincé entre un vieux préservatif en intestin de mouton et une croix en argent. Rageragerage, trépignetrépignetrépigne.

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Jack, un peu embêté par les tressautements de sa bourse (j’ai dit bourse au singulier, bande de sacripans) concède alors à libérer le Très Méchant, mais genre heu dans 10 ans, toussa, il doit repeindre les pneus de son caniche avant, et oh, tiens, y’a quelque chose sur le feu qui sonne à la porte…le Diable accepte. Marque d’une croix son agenda Google et attend patiemment son heure tout en se livrant à ses activités démoniaques habituelles (plier le linge, finir sa grille de mots-fléchés force 666, prendre l’âme d’Homer Simpson, se maquer avec Saddam Hussein).

10 ans et une notification démoniaque plus tard, Jack croise de nouveau le Diable. Ouch. Jack, lui, avait complètement zappé. 10 ans de beuveries à raconter son histoire improbable au pub du coin pour se faire payer des pots lui ont pas arrangé le cerveau, et encore moins le foie. Cela dit, il s’agit de sa vie, donc bon. Ils sont (pure coïncidence) juste en dessous d’un pommier. Jack demande alors comme dernier souhait du condamné de manger une pomme. Et là, bim ! Jack sort son couteau et grave une croix sur le pommier. Le Démon est coincé.

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En échange de sa libération, il promet alors de pujamais demander l’âme de Jack, promis.

Il lui demande tellement pas que Jack se fait avoir à son propre jeu. A sa mort, le Paradis lui est évidemment refusé (car il n’est pas mormon), et il est aussi refoulé à l’entrée de l’Enfer. Bien fait !

Il ne reste donc plus à Jack qu’un bout de charbon que le Diable lui a donné et un navet qui était probablement resté dans sa poche pour son enterrement, j’en sais rien. Toujours est-il que petit, Jack était super doué en sculpture sur légumes. En deux coups d’outils ayant eux aussi poppé de manière subite et magique dans sa poche, il creuse une lanterne, y colle le charbon ardent, et se met à errer dans les limbes.

L’histoire ne dit pas s’il a utilisé le préservatif situé dans sa bourse.

Mais depuis, il a la phobie des lanternes. Coïncidence ? JE NE CROIS PAS !

Et c’est là qu’on se rend compte que ce bout de folklore est bien plus trépidant que pas mal de films récents. Quand même, bon sang, on a bien fait un film avec un bonhomme de neige prénommé Jack, pourquoi pas un navet (ha ha) avec une citrouille ?

Et bien si :

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…et figurez-vous que je vais même enchaîner avec les films d’horreur sur Halloween.

Ozzy mais qu’as-tu fait de ta jeunesse ???

TrickorTreat

“Trick or Treat” nous raconte l’histoire d’Eddie, fan de métal (donc sataniste), terrassé en apprenant la mort de son idole Sammi Curr. Son pote Nuke (Gene Simmons)(GENE SIMMONS §§§), lui refile le dernier album de la star, qui n’est pas encore sorti, pour le consoler. Eddie étant un sataniste gentil gamin inventif, il passe l’album à l’envers dans l’espoir de découvrir des paroles d’outre-tombe.

Il n’est pas déçu, car Sammi Curr lui propose de se débarrasser de tous les infâmes camarades d’école qui passent leur temps à lui mettre la misère. Mais Eddie n’est pas trop chaud, parce que bon, des morts, quand même, ça salit, et il a un trop petit jardin.

Eddie renverse “accidentellement” du soda (de la bière oui ! Sataniste !) sur son lecteur cassette (oui on est en 1986), provoquant un court-jus qui ramène Sammi à la vie.

Terrifié, il demande de l’aide à un autre de ses amis pour détruire la seule copie restante de la cassette maudite. Jamais déléguer, bonhomme, jamais déléguer…Cette flemasse de Roger écoute donc la cassette en question, et invoque Sammi qui lui ordonne de passer une chanson de l’album au bal de l’école, sinon couic.

Bon, évidemment, Eddie apprend tout trop tard, il y a un nombre suffisant de morts pour classer le film dans la catégorie “horreur”. Eddie se rend compte dans un éclair de génie que bousiller tous les signaux radio du coin empêchera à Sammi de s’échapper, se félicitant au passage de vivre en 1986 et pas en 2014.

Blablabla confrontation blablabla la force démoniaque contre l’ingéniosité d’un gamin agile blabla mort du méchant.

Et Ozzy incarne un télévangéliste qui dit que le heavy metal c’est mal, m’voyez. UN TELEVANGELISTE !

Pour une liste d’autres films d’horreur METAAAAL c’est par ici.

Et en images, quelques idées pour passer une soirée entre WTF et pure terreur.

Ma sélection

Ci-dessous des films que j’ai vus, parfois revus, parfois re-revus. Ces suggestions sont donc entièrement pas du tout exhaustives, et complètement subjectives.

Si vous passez votre soirée avec des gnomes voleurs de slips, évitez L’Exorciste. Vous pourrez en revanche vous tourner vers l’Étrange Noël de Monsieur Jack, Beetlejuice et Ghost Busters. Des valeurs sûres !

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Si vous avez envie de vous faire peur mais pas trop quand même, que finalement vous aimeriez mieux regarder une comédie, je vous conseille plutôt Brain Dead, Evil Dead 2 et Shaun of The Dead.

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Si vous n’avez plus peur de rien et que vous vous gaussez de tous ces gens qui sursautent au moindre grincement de parquet, je vous conseille 2 sœurs, The Shining et The Ring (version japonaise par pitié).

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Le mot de la fin

Le 31 octobre tombe un vendredi, cette année. On pourra donc siroter des bloody mary bien calfeutrés au chaud dans nos chaumières, dragibus à la main, sans nous soucier d’un lendemain difficile. Ayons tout de même une pensée émue pour les ennemis du NOM (Nouvel Ordre Mondial) pour qui 31 = 13 à l’envers, Halloween étant un complot mondial ourdi par les Illuminati voleurs de gnomes voleurs de slips afin de nous anesthésier en vue de faciliter notre enlèvement pas les forces alien très prochainement. Naïfs que nous sommes !

Sur ce, je vous laisser, j’ai Kingdom of Amalur à terminer.

[5] A l’école avec Rudolf Steiner

Maintenant que nous avons pu approcher la philosophie steinerienne, je vous propose d’aborder le sujet des écoles Steiner-Waldorf.

Oui parce que je vous rappelle que rien qu’en France, il existe selon le site officiel 22 écoles scolarisant 2500 élèves. Gosh.

Le sujet est vaste, donc on va se la jouer cool avec un article en deux phases : présentation de la méthode éducative, mise en lumière à travers le concept de méthodes alternatives également utilisées dans d’autres établissements, puis analyse critique de l’éducation apportée dans ces écoles.

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1 – Une autre approche éducative

On reproche souvent à l’enseignement dit classique son manque de souplesse face aux besoins et désirs des enfants. Et c’est souvent à raison. Si j’ai traversé sans trop de difficultés mes années scolaires jusqu’au Bac, il me suffit de voir comment mon frère (coucou toi !) a – mal – été pris en charge pour m’en convaincre. Et même en étant bonne élève, je me souviendrai toujours de ma proviseure en quatrième qui m’a dit “Vous ne voulez pas rentrer dans le moule !”. Révélateur (pour info je ne suis toujours pas rentrée dans ce fichu moule, ils l’ont pas dans ma taille).

Je suis rentrée en CP en 1988, mon frère en 1991. Et c’est pas si loin que ça, bande de mauvaises langues. J’étais bonne élève, même si plutôt distraite et bavarde. Ma passion pour les contes et la mythologie m’a permis de lire très rapidement, je n’aimais juste pas la géographie ni les maths. Bref, pas beaucoup de pression.

Pour mon frère ça a été autre chose. Il a rapidement décroché et s’est retrouvé à peu près seul dans sa galère, les redoublements ayant été les seules réponses des maîtresses puis de ses profs qui au mieux ne savaient pas comment le prendre et au pire le détestaient. Il est pourtant aujourd’hui quelqu’un d’équilibré, de doué, mais on peut dire que ses années d’école ont été une véritable torture pour lui.

Pourquoi ?

On trouve ici et là de nombreux articles disséquant les nombreux problèmes de l’éducation à la française, mais pour résumer :

  • Pas de place à l’imagination ou à l’originalité. Tu suis le programme et tu fermes ton bec.
  • Ce programme n’a d’ailleurs quasiment pas changé depuis des lustres.
  • Une politique du redoublement qui ne sert à rien, mis à part à frustrer les élèves redoublant.
  • Une culture du classement, des notes, des tests, des moyennes…
  • Pas de temps à accorder aux élèves en difficulté, pas de dispositif concret de soutien scolaire hors solutions onéreuses de type Acadomia et compagnie.
  • Des disparités entre les établissements selon les zones : écoles réputées ou privées pour ceux qui ont les moyens et/ou peuvent zapper la carte scolaire, écoles en Zone d’Education Prioritaire (terme obsolète mais parlant) pour les moins chanceux.

L’école est avant tout élitiste, classiste. L’accès aux grandes écoles, et même à certaines facultés, est réservées aux bons dossiers à géométrie variable, ou au portefeuille de papa-maman.

Pour les autres, démerdez-vous.

Oui, il faut changer l’école.

On comprend mieux alors pourquoi les méthodes éducatives alternatives semblent si séduisantes. Une plus grande autonomie, une prise en compte de l’élève comme individu apprenant, un plus grand investissement en temps et en ressources, des systèmes d’évaluation différents, moins de compétition, moins de stress…

J’ai sous la main en la personne de mon cher et tendre un spécimen “Decroly” qui a gardé un excellent souvenir de ses années d’école primaire. Il existe plusieurs types d’écoles en France : Decroly, Montessori, Freinet, et nos copains Steiner-Waldorf.

Wikipedia nous livre une bonne définition de l’éducation nouvelle, à l’origine de ces différentes méthodes pédagogiques.

Et oui, ces méthodes d’enseignement sont séduisantes ! Et les résultats souvent intéressants en terme d’acquisition de savoir.

Ah…et faut être un peu pas-pauvre aussi, hein, mais c’est un détail, n’est-ce pas ? </sarcasm>

Bah donc voilà, c’est cool, c’est plié ton article, non ?

UBBE

Nope nope nope.

2 – Ce qu’il se passe dans les écoles Steiner-Waldorf

Si Maria Montessori, Ovide Decroly et Célestin Freinet étaient des pédagogues reconnus ayant établi un type d’éducation relativement sain, je ne m’aventurerai pas à accorder une confiance aveugle à Rudolf Steiner au vu de ses différentes œuvres philosophiques et “connaissances” scientifiques(cf. précédents articles).

Le principal problème c’est qu’on catégorise innocemment ces écoles dans le grand fourre-tout de l’éducation alternative, sans vraiment tendre l’oreille ni prêter attention à ce qui se cache derrière. Dans le cas Steiner-Waldorf, on nage tellement en plein délire que je ne sais pas par où commencer. N’oublions pas que des gnomes gambadent joyeusement sur la lune et que les lois de la physique c’est du bullshit.

La vaccination

C’est dans la loi en France, les enfants scolarisés doivent être obligatoirement vaccinés (Au moins pour la diphtérie, le tétanos et la poliomyélite). Oui, sauf que ça plaît pas trop bien aux anthroposophes, tout ça. En plus, c’est contre leur liberté de penser. Donc bah on va dire qu’il n’y a pas de suivi de la vaccination dans les écoles, qu’on va déconseiller aux parents de faire vacciner leurs petits, et tout ira bien, merci, bisou.

…et du coup, en 2008, une épidémie de rougeole s’est déclarée en Suisse (qui n’impose pas d’obligation vaccinale), avant d’aller se balader vers l’Autriche et l’Allemagne.

Un élève de l’école Rudolf Steiner de Muttenz (BL) est à l’origine d’une flambée de rougeole qui ravage actuellement l’Autriche et la Bavière. L’enfant non vacciné, membre de l’orchestre de l’école bâloise, participait au mois de mars dernier à un camp organisé par une autre école Steiner, la Waldorfschule de Salzbourg, quand la maladie s’est déclarée. Conséquence, l’épidémie qui a suivi a déjà contaminé au moins 260 personnes, d’après l’Agence autrichienne pour la santé et la sécurité alimentaire (AGES). (source)

En 2013, c’est au tour de la Grande-Bretagne de déclarer une épidémie (je vous recommande la lecture de cet article fort bien documenté, en anglais).

Steiner wrote that vaccination was an interference in ‘karmic activity”, That is, by interfering with karmic processes, delays in spiritual progression may occur.

Steiner a écrit que la vaccination interférait dans les “activités karmiques”, interagissant ce faisant avec le processus karmique et pouvait ainsi freiner la progression spirituelle.

Mais bien évidemment, l’école n’y est pour rien, ce sont les parents qui, en dernier ressort, font le choix de la vaccination. Comme c’est pratique. C’est pas du tout comme si les parents qui envoyaient leurs enfants dans ces écoles étaient endoctrinés eux aussi. Jamais.

L’opacité des méthodes

Grégoire Perra (coucou !) nous partage plusieurs citations des “recommandations” du maître concernant la pédagogie sur cette page. En voici quelques extraits :

  • L’État nous prescrit de mauvais objectifs d’enseignement, de mauvais objectifs finaux. Ces objectifs sont les plus mauvais qu’on puisse concevoir.
  • Gardons le secret pour tout ce que nous avons à résoudre à l’école.
  • Tout médecin étranger serait source de difficultés.
  • Évitez que l’on entende le mot prière dans la bouche d’un professeur. Et vous aurez déjà neutralisé pour une bonne part le préjugé selon lequel il s’agit d’une affaire anthroposophique.
  • Nous réalisons en fait  les intentions des dieux.
  • Plus nous nous fermerons vis-à-vis de l’extérieur, mieux cela vaudra.
  • Les enfants n’auront pas compris les mots, mais cela ne fait rien. Nous savons qu’il ne s’agit pas d’apporter seulement ce que les enfants comprennent, mais aussi bien des choses qui ne sortiront à la lumière que plus tard dans les âmes des enfants.
  • Notre idée était de réaliser une sorte de centralisation de tout ce qui touche aux finances. Tout l’argent donné pour notre cause anthroposophique se dirige vers une caisse centrale. On a dû fonder à Dornach un certain nombre d’organismes. C’est seulement formel.
  • Nous n’arriverons à nos fins que si nous négocions [avec les autorités] lors d’entretiens sérieux de personne à personne ; rien ne devrait se passer par téléphone. Une certaine sécurité résultera de l’ambiance que nous créerons lors d’un entretien personnel grâce à toute les possibilités d’accentuation des phrases et des mots.
  • Il faut se faufiler. Il faut être conscient que c’est nécessaire au moins pour atteindre notre but, parler aux gens, et intérieurement les duper.
  • Si ce lien [entre l’École Waldorf et la Société Anthroposophique] est établi de manière officielle, il est possible que l’on torde le cou à l’École Waldorf à cause de cela.

Qu’ajouter à cela ?

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Le programme scolaire

Admettons que cette opacité soit une forme bienveillante de protection envers une méthode pédagogique nécessitant obligatoirement un respect strict de ses consignes, et que les Autres ne peuvent pas comprendre. En fermant les yeux très très fort et grâce à mes cours de méditation Aztèque, je peux éventuellement envisager cette possibilité.

On y apprend quoi dans ces écoles ? Je veux dire, spécifiquement ?

Chut, ne me déconcentrez pas.

On trouve un descriptif des grandes lignes de la pédagogie par ici, et c’est sur ce document que je vais me baser. Dès le début, si on connaît les grandes lignes de la philosophie steinerienne, on comprend que derrière tout cela se cachent plusieurs choses.

1 – Pédagogie sans rupture suivant les rythmes de développement de l’enfant, de l’adolescent puis du jeune adulte

On retrouve la règle des “cycles” de la construction karmique des individus. De la naissance à 7 ans, l’esprit doit “s’adapter à son existence dans le monde matériel”. À ce stade, les enfants apprennent avant tout par imitation. Les méthodes scolaire doivent rester minimales durant ces années. On raconte aux enfants des contes de fées, et on leur montre l’alphabet et l’écriture dès la première année, mais ils n’apprennent à lire qu’à partir de la deuxième. De 7 à 14 ans, l’enfant apprend le mieux par l’acception de l’autorité et l’émulation. De 14 à 21 ans, le corps astral est attiré dans le corps physique, ce qui produit la puberté.

On suit donc à la lettre les préceptes anthroposophiques, et ceci d’entrée de jeu.

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2 – Prédominance du jeu libre au jardin d’enfants

Pas de livres, pas d’apprentissage de la lecture avant 7 ans, mais des histoires racontées, de la musiques et des fêtes suivant le cours des saisons. Quelles fêtes ? Rien que de très chrétien, bien sûr : St Michel, St Martin, St Jean… Quand j’étais en primaire, on fêtait la révolution française (je me souviendrai toujours du bicentenaire de la révolution où il manquait un garçon et que j’ai absolument voulu le faire – et oui j’ai des photos, et non, vous ne verrez rien), mais aussi Noël, la Saint Nicolas (je suis d’origine Lorraine), Pâques…mais aujourd’hui, je préfèrerais vraiment que l’école reste un endroit laïc. Pas dans le refus strict des religions, mais au contraire en acceptant les autres religions. Apprendre ce que c’est que le Ramadan, l’Aïd, Hanukkah, Yom Kipour…mais je m’égare.

Le truc ici c’est que chacune de ces fêtes colle à la doctrine, et part des recommandations du bon Rudolf.

Selon l’enseignement des Hiérarchies de Saint Paul et la conception de l’évolution spirituelle de Rudolf Steiner, les Archanges se situent immédiatement en dessous des Esprits du temps ou Archées[…], qui au moment de la première étape d’incarnation planétaire, l’Ancien-Saturne, ont accompli leur degré d’évolution correspondant à celui de l’humanité actuelle. […]

Les Archanges ont accompli leur “ degré d’évolution humanité ” à l’époque de l’Ancien-Soleil, la seconde étape d’incarnation planétaire générale. […]

De nos jours encore, la Terre reçoit sa lumière du Soleil. Les Archanges sont au service du Soleil. La position du Soleil détermine les saisons. Les Archanges sont les régents des saisons: printemps, été, automne, hiver, structurent le cours du temps rehaussé par les fêtes cardinales correspondantes: Pâques, Saint Jean, Saint Michel et Noël. Ces quatre saisons se tiennent sous la régence respective des Archanges Raphaël, Uriel (ou Oriphiel), Michaël (ou Michel) et Gabriel. (source)

Alors qu’à l’école publique on fête Noël ou Pâques de manière plutôt superficielle (je n’ai aucun souvenir d’une explication de ces fêtes à l’école), les fêtes à la sauce Steiner sont destinées à placer les enfants dans un certain état d’esprit. On le voit bien dans le descriptif linké plus haut, le contenu symbolique de ces fêtes est très important, la fête en elle-même dépasse largement le cadre du sapin en pâte à sel réalisé une après-midi d’hiver, les préparatifs durant plusieurs jours.

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3 – Pédagogie dans la constance, la continuité éducative

Après le jardin d’enfants, les élèves gardent le même professeur durant 8 ans. puis sont confiés à un tuteur de classe. Cela permet de créer et de renforcer les liens, pourquoi pas. D’un autre côté, n’est-ce pas également renforcer une image monolithique d’un professeur qui marquera à vie ses élèves ? J’ai gardé un vif souvenir de certains de mes professeurs, alors que je ne les ai côtoyés que quelques années. Mais le souvenir le plus fort que j’ai, ce sont mes professeurs de Russe que j’ai connu durant tout le collège. Ils étaient mariés, l’un enseignant au collège, l’autre au lycée, et changeant d’établissement un an sur deux. Nous sommes partis à Saint Petersbourg avec eux, et ils ont beaucoup influencé mes jeunes années, j’en garde d’ailleurs un souvenir ému et plein d’affection. Ils m’ont enseigné durant 4 ans, à raison de 4h par semaine.

Alors imaginez le souvenir qu’on peut garder d’un prof qu’on côtoie durant 8 ans, toute la journée ?

On retrouve ces recommandations dans la liste des conseils aux professeurs vue précédemment :

Il faut que les élèves aient toujours l’ambition de défendre leur maître et soient heureux d’avoir ce maître.

C’est une caractéristique des élèves Waldorf d’être très jaloux de leurs propres professeurs, de ne faire grâce qu’à leurs propres professeurs, de considérer qu’eux-seuls font ce qui est juste. Monsieur A. (professeur de l’école Waldorf) n’est déjà plus un homme, les enfants le considèrent presque comme un Saint.

Partant de là, Saint Professeur peut enseigner ce qu’il veut. Les élèves, privés de sens critique car d’autre point de vue ou méthode pédagogique, avaleront tout cru ce qu’on leur dit.

4 – Apprentissage de deux langues vivantes dès la première classe c’est-à-dire dès 6 ans

Hey mais ça c’est bien ! Anglais et allemand dès 6 ans, c’est cool.

Mais pourquoi forcément l’allemand, au juste ? Pas pour lire Steiner dans le texte, des fois ? Enfin moi j’dis ça…mais pourquoi pas l’Espagnol, le Chinois ?

5 – Pédagogie ancrée dans « le vivant » et « l’authenticité »

Les enfants ont à leur disposition des jouets et outils naturels, et à première vue, c’est pas mal. On cite le tricot pour l’apprentissage de l’arithmétique, seems legit.

Il est sous entendu ici un rejet total des écrans sous toutes leurs formes. Fait intéressant, les enfants de Steve Job n’ont eu accès à aucun outil informatique. Et on découvre que c’est une constante chez les dirigeants de la Silicon Valley…où s’est établie une célèbre école Steiner-Waldorf. Chose compréhensible si on veut. L’écran n’est pas une baby-sitter, oui, et re-oui. C’est cependant négliger l’apport intéressant de ces nouvelles technologies au niveau éducatif ! Sans tomber dans l’extrémisme, je pense sincèrement que l’apprentissage de l’informatique est nécessaire à l’école.

Brève aparté : Nous sommes cernés par les outils informatiques. Et encore aujourd’hui, je rencontre trop de personnes incapables de comprendre les notions de sécurité informatiques élémentaires. Dans le monde de l’entreprise, cela mène régulièrement à des catastrophes comme les fuites de données ou les détournements de fonds. Pire, la notion de préservation de la vie privée est complètement abstraite pour la plupart d’entre nous. Ce n’est pas en ignorant un danger qu’il cesse d’exister pour autant. Au contraire, apprendre rapidement les tentants et aboutissants du monde virtuel ne peut que nous bénéficier. Et non, ça ne fera pas de nos enfants des zombies.

Exposition des créations des élèves à l'école de Verrières le Buisson.

Exposition des créations des élèves à l’école de Verrières le Buisson.

6 – L’Art sous toutes les formes comme stimulant puissant du plaisir d’apprendre et d’ouverture sur le monde

Ah ! Nice ! Non, ce n’est pas du tout parce que j’ai fait un Bac Arts Plastiques et que mon vœu le plus cher aurait d’aller dans une école d’art par la suite…bon, ok. Un peu.

Penchons-nous sur l’enseignement artistique et culturel, via une brochure généreusement proposée ici.

La pratique de l’art permet à chacun de s’exprimer librement et le conduit à reconnaître avec lucidité la richesse et la diversité des modes de pensée, d’expression et d’action dans l’environnement sociétal. Elle contribue ainsi de façon décisive à une pédagogie de la liberté.

Pourquoi ai-je l’impression de lire du Steiner dans le texte ? Pédagogie de la liberté ?

Concrètement, une grande place est faite pour les travaux manuels, comme le travail du bois, du métal, la vannerie et toutes sortes d’artisanats. C’est plutôt une bonne chose, sur le principe. La question que je me pose, cependant, est la place, justement, que cela prend sur les heures d’enseignement plus classiques. C’est d’ailleurs une critique qui a été émise an Canada. D’autre part, je vous invite à prendre connaissance de l’expérience de Grégoire Perra concernant les travaux manuels.

On évoque aussi l’eurythmie, aka la seule pratique sportive autorisée dans ces écoles, Rudolf Steiner ayant une aversion prononcée pour l’éducation physique qui ruine les chakras. Rapide coup d’œil sur cette discipline scolaire à part entière :

L’eurythmie est “l’art du mouvement”. La musique et les paroles sont exprimées et accompagnées par des mouvements du corps.

D’après Rudolf Steiner, mouvement, parole et chant n’étaient par le passé qu’une seule activité. Les prêtresses dansaient dans les temples pour honorer les dieux. Le chant et la musique y étaient associés. Ces arts se sont ensuite individualisés. L’eurythmie serait donc un chemin moderne où le mouvement du corps serait à nouveau expression objective du chant, de la parole, de la musique.
Selon Rudolf Steiner, faire de l’eurythmie permet de préparer son corps à recevoir les mouvements du monde spirituel, la regarder permet d’intensifier le corps astral et le « Moi ». « L’eurythmie fortifie l’âme en la faisant pénétrer vivante dans le suprasensible ». (Wikipedia)

L’eurythmie permettrait ainsi, par les mouvements et la concentration nécessaire à l’exécution de ceux-ci, d’entraîner un état de conscience altéré proche de celui de la méditation.

Les disciplines artistiques telles qu’enseignées dans les écoles classiques sont sensées être optionnelles pour permettre un choix. Je ne dis pas que ces disciplines sont inutiles, au contraire, elles ouvrent sur le monde un autre regard, elles permettent une sensibilité éveillée. Il serait bon qu’une place plus importante soit donnée à ces disciplines à l’école publique mainstream.

Proposer en revanche des activités entièrement tournées vers l’anthroposophie, c’est un peu moins honnête.

http://vidberg.blog.lemonde.fr/

http://vidberg.blog.lemonde.fr/

7 – Pas de système de notations mais des appréciations : décrire plutôt que juger

A nouveau, je suis d’accord avec le principe de base. Le principe de notation et de classement est un vecteur de stress pour les élèves. Là où je suis en revanche moins convaincue, c’est qu’une note permet également de donner une idée de son niveau. Qu’elle soit sous forme A, B, C…come en anglosaxonnie ou de 1 à 10 ou à 20 par chez nous, la notation reste un bon indicateur. Certains professeurs, dans mon souvenir, remettaient les copies par ordre, du meilleur au plus faible ou inversement. Le facteur stress est ici énorme, chacun frémissait en n’entendant pas son nom au fil du temps, et les derniers étaient souvent pointés du doigts, raillés par les autres. Si on ajoute les commentaires à l’oral de ces professeurs, chaque remise de copies me mettait les nerfs en vrac alors même que j’étais citée dans les premiers. De la même manière, les annotations telles que “insuffisant”, “peut mieux faire” ou “passable” donnent l’impression à l’élève d’être un moins que rien face aux “excellentissime”, “bravo” et autres félicitations du jury pour les très très meilleurs. Un 19/20 sera l’outrage ultime, engendrant un sentiment de frustration insupportable.

Le problème ne se situe pas foncièrement au niveau des notes, mais à la culture de la réussite et du classement qui en découle. De quelle manière se positionner, non pas par rapport à une classe, mais à soi-même, sans idée, même vague, de note ? Je travaille actuellement sur plusieurs matières et rend des devoir régulièrement, il m’est important de me rendre compte par moi-même d’une évolution (surtout en biochimie, c’est chiant la biochimie).

Dans nos écoles Steiner-Waldorf, la notation est remplacée par l’annotation. On retrouve encore une fois dans les conseils aux enseignants :

Ces bulletins, dans la mesure où les prescriptions en usage l’autorisent, ne doivent parler des enfants que d’une façon générale. L’élève doit être caractérisé, et c’est seulement quand une discipline est particulièrement remarquable qu’il faut la mentionner. Les appréciations doivent être aussi bonnes que possibles, et au moment du passage dans la classe supérieure, on doit faire aussi peu que possible mention de niveaux différents. Lors de l’entrée dans une autre école, il faut fournir les éléments de contrôle exigés.

Comment alors distinguer les faiblesses, encourager l’amélioration ? Un bon bulletin sera certes valorisant, les parents seront satisfaits, youpi…jusqu’au Bac. Et oui, le Bac est noté. Comment donner ce diplôme d’une autre manière, quand il faut 10/20 pour “passer” ? On me répondra que la plupart des élèves issus de ces écoles réussissent leur Bac. C’est oublier qu’ils sont issus d’un milieu socio-économique la plupart du temps privilégié, où l’accès à la culture est favorisé, où on pourra payer un précepteur et pourquoi pas un coach en baccalauréologie. C’est oublier également le système d’exclusion quasi-systématique des “mauvais” élèves en cours de route…

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8 – Développer l’intérêt de chacun pour l’homme et pour le monde, et ainsi faire échec à la violence

Au fil de mes recherches, je suis tombée sur plusieurs articles concernant justement des cas de violences dans ces écoles.

Une école Steiner accusée d’être une secte violente

Ce site est dédié à une affaire de harcèlement dans une école qui a conduit l’établissement à exclure…l’élève harcelé.

Ce site présente divers témoignages et éléments relatifs à l’éducation dans ces écoles.

Cet autre site aborde également le sujet…

Un article sur un (parmi d’autres) cas d’agression sexuelle par un professeur, et encore un autre.

Ici, un article concernant la vision de Steiner vis à vis de la violence, ainsi qu’une réflexion sur les deux Grandes Guerres. On comprend le problème quand Steiner évoque la race aryenne comme un “accomplissement” de l’humanité.

“Nooooooooooon mais ce sont des fais isolééééés, en plus du harcèlement il y en a dans toutes les écoles.” Cachons-nous bien les yeux, et faisons peser la responsabilité aux parents avant tout. Car oui, ça arrive dans les autres écoles, je suis bien d’accord. Ce qui est en revanche bien plus inquiétant est cette volonté de dissimulation qui reste un trait commun à tous ces témoignages. Les parents indiquent qu’à chaque fois, ils ont été mis en cause, que rien n’a été fait de la part du corps enseignant pour régler le problème, au nom de la dette karmique (non, je ne plaisante pas). En outre, le “c’est pire ailleurs” est un argument bien faible à mon sens.

Abordons aussi la vision de l’anthropologie de Steiner, tiens. Le sujet a été traité par ailleurs, et une opposition véhémente aux accusations de racisme a permis de faire taire ces méchantes voix dérangeantes à coup de procès en diffamation. Je vous partagerai donc brièvement plusieurs passages en croisant les doigts très très fort pour qu’on ne me colle pas un procès *wink wink* :

“Les hommes qui avaient trop peu développé leur sentiment de ‘je’ émigrèrent vers l’est et la part de ceux qui sont restés parmi ces hommes ont donné la population nègre d’Afrique.” (La science humaine de l’Homme – Rudolf Steiner)

“Je me suis rendu récemment à Bâle où j’ai trouvé la liste des dernières parutions : il y avait un roman ‘nègre’ qui s’inscrit tout à fait dans la lignée d’une infiltration progressive de la civilisation africaine dans la civilisation européenne contemporaine. Partout on exécute des danses nègres, partout on sautille comme des nègres. On va même jusqu’à produire ce roman nègre. (…) Je suis convaincu que s’il sort encore un certain nombre de romans nègres et que nous en donnons à lire aux femmes enceintes, notamment dans les tout premiers temps de leur grossesse, où elles manifestent aujourd’hui parfois de telles envies – si nous leur donnons des romans nègres, il n’est absolument pas nécessaire que des nègres viennent en Europe pour qu’il y ait des mulâtres ; l’esprit de ces lectures donnera naissance en Europe à un bon nombre d’enfants tout gris, qui auront des cheveux mulâtres, des enfants qui auront l’apparence d’enfants mulâtres.” (Citation de Rudolf Steiner)

“Plus on va vers l’ouest, plus les civilisations sont vieillissantes. L’Europe est donc au centre, à l’apogée des civilisations du monde.” (L’Âme des peuples –Rudolf Steiner)

“En Amérique, les forces agissent sur le dernier tiers de la vie … en rapport avec ce qui en l’homme va vers la mort. Le peuple indien d’Amérique s’éteint, non parce que cela arrangeait les Européens, mais parce qu’il a dû prendre en lui les forces qui l’entraînaient vers son déclin.” (L’Âme des peuples)

Les esprits de Jupiter agissent sur le système nerveux des caucasiens ou aryens (européens). La mission dont est chargée spécialement la race caucasienne, c’est de tracer la voie menant au spirituel par les sens…(L’Âme des peuples)

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(Rudolf Steiner, « Menschheits-Entwickelung und Christus-Erkenntnis », Rudolf Steiner)

“Noooooooon mais vous comprenez paaaaaaas c’est le contexte, tout ça, à l’époque…”

Bon, déjà, cette excuse est puante. Steiner n’est en effet pas le seul à avoir commis des écrits de cet acabit. Et…? Le problème est qu’il existe de réelles suspicions de diffusions de ces idées racistes en classe…

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9 – Eduquer à l’autonomie, à la créativité et au sens de la responsabilité

Le monde s’ouvre comme un champ d’expériences immense pour les jeunes adultes qui grâce à la pédagogie Steiner-Waldorf ont pu développer leurs talents, des synergies d’intelligences multiples. Ils vont devoir faire face à un monde de plus en plus complexe. Ainsi des stages sont proposés, des voyages d’études sont organisés, ils favoriseront leurs choix d’orientation, renforceront leur autonomie.

Je recherche donc des exemples de voyages scolaires effectués par les élèves, et retrouve ce récit d’un voyage en Inde. C’est choupinou comme tout, s’il n’y avait ce côté paternaliste dont les anthroposophes, il faut bien l’admettre en nos contrées enthropocentrées, n’ont pas la primeur. Un voyage “humanitaire” organisé par les élèves, avec…une visite d’une école Steiner-Waldorf à Hyderabad, et qui a vocation à s’étendre si j’ai tout compris.

On retrouve également ici quelques exemples d’autres voyages scolaires. Et sur cette page Facebook, un récit d’une autre visite d’école Steiner-Waldorf en Asie.

Je n’ai pas trouvé beaucoup d’infos sur les voyages et échanges scolaires à part ces quelques exemples.

10 – Autogestion dans les écoles Steiner : engagement dans une démocratie participative

Ah, moi j’entends démocratie participative, je ne résiste pas à l’envie de vous offrir un moment de détente en compagnie de Mozinor.

Pour résumer : ces écoles n’ont pas de réelle administration. C’est un joyeux gloubi-boulga de votes, de décisions, de réunions, et de trucs à l’arrache. On le voit bien en lisant cet article qui présente le burn-out d’une directrice d’école. Car chacun suit les conseils du Maître en matière de pédagogie. Méthodes immuables, inspirées par Dieu lui-même, tu peux pas test.

Et à nouveau, l’opacité volontaire du corps enseignant permet de rendre ce système impénétrable et incompréhensible.

Les écoles Steiner-Waldorf sont-elles en réalité des écoles religieuses ?

Difficile question à laquelle on pourrait répondre par celle-ci : “L’Anthroposophie est-elle en réalité une religion ?”.

A mon sens, oui. Tous les écrits de Rudolf Steiner, sous couvert de philosophie, servent de structure à une pensée religieuse. La présence du Christ, Lucifer, Arhiman, les Archanges, la réincarnation, le karma, les chakras, la méditation…difficile d’affirmer que ce n’est qu’un courant de pensée dénué de tout esprit religieux, d’autant plus que de véritables “messes” sont régulièrement organisées.

Qui a dit “endoctrinement” ?

Dans cet article, Grégoire Perra nous livre un surprenant récit de “l’Adieu aux Douzièmes” qui couronna la fin de sa scolarité dans une école Steiner-Waldorf. C’est selon moi le récit le plus révélateur concernant la duplicité de l’enseignement dispensé dans ces écoles.

Au cours de cette cérémonie, nous raconte-t-il, chaque élève reçoit une carte sur laquelle est inscrite un Mantra du bon Rudolf Steiner.

Cet endoctrinement pernicieux est extrêmement volatil, et difficile à pointer du doigt, d’autant plus que, comme nous l’avons vu plus haut, tous les moyens sont bons afin de rester dans l’opacité la plus absolue. Et je ne saurai mieux décrire cet endoctrinement que, justement, Grégoire Perra, qui a passé un temps considérable à rassembler, mettre en forme et présenter le plus d’éléments possibles. Notamment sous la forme d’un rapport à l’UNADFI (Union nationale des associations de défense des familles et de l’individu victimes de sectes) qui lui aura valu un procès en diffamation (perdu pour les anthroposophes), et de deux blogs, ici et .

Mais alors on fait quoi ?

Plusieurs actions ont été entreprises dans le monde. Outre les actions personnelles suites à des violences sur des élèves, la British Humanist Association a intenté une action contre le financement des écoles Steiner-Waldorf par l’État. Ça pue un peu aussi en Nouvelle-Zélande et au Canada.

En 2000, les écoles Steiner-Waldorf ont fait l’objet d’un vaste contrôle de l’inspection académique. Circulez y’a rien à voir, a déclaré Jack Lang. Tout va bien. Pareil en Grande-Bretagne, où les inspections se passent bien bien bien, merci, ça va.

J’espère très sincèrement que d’autres actions seront menées. Vraiment.

Spécial 100 likes !

Après le spécial 100 articles, bienvenue dans le spécial 100 likes. Yep, Au Creux de Mon Âme est aussi sur Facebook. 100 likes c’est pas immense non plus, mais c’est une milestone importante quand même. Et puis j’écris sur ce que je veux et j’ai droit de m’auto-flatter, zut !

“Whahou, 100 likes, tu dois être super riche !”

Jusqu’ici, c’est à dire sur 3 ans, le blog m’aura rapporté environ -720€ en frais d’hébergement, 41 théières de Yunnan Impérial, 56 espresso, 3 boîtes de Xanax (surtout récemment avec la série sur l’Anthroposophie) une douzaine de nuits blanches. Sans compter les innombrables interruptions félines pour des croquettes, de la pâtée ou des câlins. Ma vie de bloggeuse est un enfer.

Le blog a déménagé 4 fois, et je peux vous confirmer que déménager un blog wordpress c’est pas la joie.

Je ne suis pas plus riche, mais j’ai appris plein de trucs et ça c’est cool.

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L’audience du blog a également augmentée, nous sommes aujourd’hui à grosso modo 1000 visites uniques par mois. Un jour je dominerai le monde sans devenir bloggeuse mode, et je collectionnerai tous les Pokemon !!!

En tout cas, le nombre de mes subscribers en RSS a plus que doublé, avec 13 abonnés ! Youhou ! Le début de la gloire !

Les mots-clés de la lose

C’est le moment que je préfère. Qu’est-ce qui amène des gens sur ce blog ? Ayant déménagé assez récemment et suite à des soucis divers et plutôt techniques, je n’ai pas eu accès à Google Analytics durant plusieurs mois. Ma sélection sera donc plutôt pauvre ce coup-ci…

  • bebe poupee hantee qui doit mener vers l’article sur les poupées, j’imagine…?
  • blagues moustique nice : là je ne vois pas DU TOUT ôO
  • comment gardé mon magnètisme intact : ok. Je penche pour les guide de drague, soit version “Mystery” soit “Allan le winner
  • comment raser les poils pubiens homme : je…mais…comment ?
  • dimorphisme sexuel kakapo : AH, voilà une recherche intelligente, merci cher lecteur, tu remontes le niveau. keur sur toi.
  • fille 16 ans porno / photo porno une fille de 5 ans : really. REALLY ???
  • jessica rabbit chatte : je suppose que cette recherche mène vers l’article sur Disney et le Nouvel Ordre Mondial. LOGIQUE.
  • légèreté de l’âme hors délai : du Kundera chez tous les bons libraires mais en rupture ? Ou pas ???
  • mickey qui fait peur/mickey diabolique : toujours Disney et le NMO.
  • zététique et nouvel ordre mondial : hey, les zét’, lâchez-tout, on est démasqués !!!

…et après ?

La dernière fois, je vous avait promis :

  • Plus d’articles « scientifiques »
  • Plus d’enquêtes débiles
  • Plus de critiques de jeux
  • Plus de critiques de livres
  • Plus de dessins idiots
  • Et évidemment…plus de chats !

On va dire job’s done pour le coup. Pour ceux que ça intéresse, je vais profiter de mon oisiveté pour reprendre des cours de dessin, je pense vous flooder avec mes doodles ridicules prochainement (peut-être pas directement sur le blog, en revanche, wordpress a déjà des performances pas exceptionnelles quand on le torture comme je le fais, l’ajout d’une galerie me semble un peu périlleux).

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A venir :

La suite de la série sur l’anthroposophie, avec l’article sur la pédagogie Steiner actuellement en cours d’écriture. La rédaction me prend énormément de temps, car j’essaye de me documenter le mieux possible et d’étayer mes sources au maximum. La suite comportera un article sur la biodynamie et la nébuleuse Rhabi et Colibris.

D’autres articles traitant du féminisme, de la size-acceptance, du handicap…ces sujets me tiennent à cœur et j’ai envie de poursuivre mon écriture.

Des critiques de livres que j’aime, pour changer, mais aussi la critique de “La femme parfaite est une connasse” (oui, Flavie, enfin.)

Encore des critiques de jeux vidéo, mon compte Steam est blindé et j’en ai plusieurs en tête…en attendant The Witcher 3 et ma disparition planifiée (mais temporaire) de toute vie sociale.

Des articles sur les sciences et la zététique, ainsi que de la vulgarisation en informatique/interwebZ pour ma maman.

Je suis actuellement une formation pour devenir diététicienne renégate, je pense aussi vous infliger des articles sur le sujet, toujours dans la logique de la size-acceptance et mon combat contre les régimes.

Bonus : je vous prépare une playlist Youtube avec la musique qui m’accompagne dans ma tentative de survie en milieu urbain.

Bon, c’est pas tout ça, mais j’ai du boulot, moi, maintenant !

En tout cas, merci à tous, vous êtes formidables, vous êtes grandioses, je vous aime.

Je suis une rabat-joie

En me (re)découvrant féministe, on ne m’avait pas dit que ça viendrait avec le package. Onmamenti onmaspoliée !

Avec l’éveil de la conscience féministe vient un tout autre regard sur le monde. Et quand on est dans la pensée intersectionnelle, c’est plus prononcé encore. On découvre soudain que les stigmatisations sont omniprésentes.

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La Métamorphose

Dans la vie quotidienne, cette manière de penser peut rapidement vous obnubiler. C’est l’effet Matrix. Peu à peu, on se découvre que le sexisme est partout. Partout. Tellement intégré qu’il en devient presque normal. Dans la presse, à la télévision, dans la publicité, dans la bouche de nos parents, de notre amoureuse/amoureux, de nos amis les plus chers. Dans nos propres mots.

En même temps, cette vision du monde nous permet de porter un regard critique sur notre monde et notre mode de pensée. On travaille en permanence, on reste vigilant-e-s.

Cette vigilance est à double tranchant. Parfois épuisante, parfois réconfortante. Dans tous les cas, on finit par reconnaître que quasiment tout est problématique.

Pour ma part, je le vis bien. Ça ne bouffe pas ma vie, même si ça a gâché par mal de films, chansons,  livres, jeux vidéos et animés que j’aime. Je continue de lire, de regarder des films avec un grand plaisir. Je continue de jouer. La prise de conscience peut amener à un changement, il est bon de le rappeler.

Le domaine que ça a le plus ruiné a été ma vie professionnelle. Je viens de quitter un environnement professionnel dans lequel j’ai passé de trèèèès mauvais moments, et où j’ai découvert que j’étais une vraie rabat-joie.

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La rabat-joie

Je ne sais pas me taire. Et je ne sais pas ne pas réagir lorsque j’entends des propos problématiques.

Parce que je pense sincèrement que c’est en se taisant qu’on valide ces propos. Manifester sa désapprobation ne changera peut-être pas le point de vue raciste de Marie-Sotte, mais la marquera. Peut-être même, pourquoi pas, la fera réfléchir, on sait jamais.

La dernière en date a été un combo

“Je préfèrerais crever que d’être violée.
– Tu m’étonnes, quand tu as été violée t’as plus qu’à te flinguer, ta vie est foutue”.

Je fais rapidement le tour du bureau. Nous sommes 12 femmes. 1 jeune femme sur 10 de moins de 20 ans déclare avoir été agressée sexuellement au cours de sa vie. Je suis celle-là, il y en a peut-être une seconde dans le bureau. Ces propos me donnent envie de vomir, de pleurer, j’interviens.

“Vous savez, moi, ça m’est arrivé, je ne me suis pas flinguée”

———– BRAVO ———–
VOUS GAGNEZ 1 POINT RABAT-JOIE

J’entends une remarque sur les gros. Je ne peux pas ne pas réagir.

“Rha les gros ils puent, c’est dégueulasse
– Tu m’inclus, dans le lot des grosses ou pas ?”

———– BRAVO ———–
VOUS GAGNEZ 1 POINT RABAT-JOIE

“Non mais y’a des gens, ces gens-là, ils pondent littéralement les gosses, c’est pour les allocs
– Pardon mais c’est raciste ce que tu sous-entends, là.”

———– BRAVO ———–
VOUS GAGNEZ 1 POINT RABAT-JOIE

Et voilà, plus personne ne (me) parle.

Mais je ne regrette pas, c’est mon devoir de réagir, je ne peux plus reculer maintenant et me permettre d’avoir un militantisme à géométrie variable, oublier la souffrance des autres et ma propre souffrance quand ça m’arrange. Cette attitude revient au même que celle adoptée par l’homme blanc cis-hétéro qui débat just for fun et qui retourne ensuite à sa vie privilégiée. Laisser passer un propos raciste, c’est le valider par son silence complice.

Je suis une rabat-joie. C’est un fait, et je le vis bien.

On ne peut plus parler de rien, alors ? Mais si, heureusement…mettez-vous juste à la place de la personne ou de la frange de population que vous évoquez. Est-ce que je suis juste ? Est-ce que je peux me mettre dans la peau de l’autre sans me sentir mal à l’aise ? On peut, on doit parler du viol. Mais moi, si j’avais été violée ? Est-ce que je vivrais bien ce type de propos ?

Et, par extension…on ne peut plus rire de rien, du coup ? Mais si, heureusement…mais on doit checker nos privilèges avant tout. Je vois régulièrement passer des blagues flagguées “humour noir” qui cachent en réalité des propos odieux. Rire sur les trans c’est NAZE, rire sur les homosexuels c’est PUANT, rire sur les personnes de couleur c’est DEGUEULASSE, rire sur les gros c’est INSUPPORTABLE. Et c’est tout. Pourquoi stigmatiser pour faire rire ? L’humour est une arme, et je vous en ai déjà parlé précédemment.

J’ai pensé à vous, et vous offre donc ces points à dispenser à l’envi :

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J’ai aucun humour (ter)

Sexisme, racisme, validisme, grossophobie, homophobie, putophobie…et ouais, on a tous déjà dit à quelqu’un d’aller se faire enculer un jour (enfin moi, et heu…souvent), on dit tous “putain de bordel de merde” (enfin moi), ou “l’aut’con hé” sans nous rendre compte que les mots sont importants.

Par le langage courant, et notamment ces injures, on valide et propage un discours stigmatisant. Souvent, sans s’en rendre compte tant nous utilisons ces mots au quotidien Enfin, ceux qui jurent beaucoup. Ahem.).

Voici un petit lexique non exhaustif des termes problématiques les plus courants, et leurs alternatives réalistes. Oui, corneguidouille est omis ici.

  • Enculétapette, bougre : bon, vous avez saisi le rapport subtil à une certaine pratique sexuelle. “Qui subit, ou a subi, une sodomie, un coït anal.” Ici, on associe une pratique (homo)sexuelle à une dégradation du corps, une salissure. La sodomie c’est sale, une personne qui se fait enculer devient un objet de moqueries. Le problème ici c’est que ça implique surtout la communauté gay.
    Alternative : enflure, crevard, enfoiré, fumier, gredin, goujat, pourriture, raclure, scélérat…
  • Putain ,pute, fils de pute… : Même principe, mais appliqué aux prostituées. Être une putain, c’est être dégradé, sali. On ôte toute dignité aux travailleuses du sexe.
    Alternative : pourquoi utiliser spécifiquement des termes insultants pour les femmes, hein, d’abord ?
  • Bordel, foutoir, boxon : cf. plus haut. Un beau bordel, un sacré bordel, c’est dégrader les lieux de prostitution. J’ai beaucoup de mal à ne pas utiliser celui-là.
    Alternative : capharnaüm, bric-à-brac, pagaille – bon sang, fichtre, zut, rhaaaa…utilisé en interjection
  • Con”, conne, connasse, connard : Le con désigne le sexe féminin. “Personne stupide, désagréable ou mauvaise à force de bêtise.” Le principe reste identique. On notera que “tête de nœud” ou “couillon” est également utilisé (bisou les masculinistes, qui ne me lisent probablement pas), mais en proportion nettement moindre.
    Alternative : abruti-e, andouille, crétin-e (un peu validiste étymologiquement parlant), blaireau (mais c’est pas sympa pour les blaireaux), branque, imbécile…
  • Salope”, pétasse, pouffiasse, garce, cagole, etc. : aussi appelée femme de mauvaise vie.
    Attention : salope et salaud n’ont pas la même origine ! Le terme de salaud dénigre l’état de saleté d’une personne. La forme féminisée a été ensuite remplacée par salope.
    Alternative : cf. putain.
  • Racaille”, canaille : désigne les gens du peuple. Les pauvres quoi. Classiste. Les pauvres sont moches, ils puent, ils ont des mœurs douteuses, et on les nettoie au Karcher.
    Alternative : crapule, fripouille…

Pour plus d’idées, rendez-vous sur l’atelier d’insultes valables sur Facebook. La plupart des injures du capitaine Haddock sont valables, autrement, les insultes anciennes sont assez fnu.

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Sur, ce, mes petits bisons, je vous laisse, j’ai des anthroposophes à aller embêter.

[4] “La Philosophie de la Liberté” de Rudolf Steiner

Ouf. Enfin. Ayé. J’ai fini de lire “la Philosophie de la Liberté”, lecture laborieuse s’il en fut (je ne saurai dire lequel entre celui-ci et la saga Pancol m’a le plus désolée, j’aurais dit Pancol au nombre de pages, mais l’insipidité du roman fait pencher la balance plutôt de l’autre côté).

Le bouquin est évidemment assez difficile à résumer, car pas clair du tout, bourré d’éditions de réédition à la 18ème réédition et de suppléments divers zé variés à la parole du Saint Prophète. Pas une partie de plaisir, en somme.

Vous trouverez ici le PDF m’ayant servi de support de lecture. Et ici, une analyse (et ici encore une autre) probablement plus clémente (ahem) de cette œuvre qui porte comme sous-titre : “Résultats d’une observation de l’âme d’après une méthode scientifique”

Cet article va être LONG. Effroyablement long. Aussi je vous propose un chapitrage qui vous permettra de faire comme à la maison quand vous faites pause 15 fois sur un DVD pour aller vous rechercher des chips ou du coca entre deux scènes chiantes.

Explication de texte

Première partie : la science de la liberté
1 – L’action humaine consciente / Le besoin organique de connaissance
2 – La pensée instrument de la conception du monde
3 – Le monde comme perception
4 – La connaissance du monde
5 – L’individualité humaine
6 – Y-a-t-il des limites à la connaissances ?

Seconde partie : la Réalité de la Liberté
1 – Les facteurs de la vie
2 – l’idée de la liberté
3 – La Philosophie de la Liberté et le Monisme
4 – la finalité dans l’univers et dans l’homme (détermination de l’homme)
5 – L’imagination morale (Darwinisme et moralité)
6 – La valeur de la vie (pessimisme et optimisme)
7 – L’individualité et l’espèce
8 – Derniers problèmes
Suppléments
Conclusion

Avant-propos : Rudolf Steiner n’aime pas trop trop les autres philosophes.

Un peu comme le Ygwie Malsmteen de la philo, Steiner poutre POUTRE. Et ça envoie du lourd.

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L’homme, alors qu’il pense ou qu’il agit, peut-il être considéré comme un être spirituel libre ? Subit-il au contraire les lois inflexibles de la nécessité naturelle ?
[…]Il faudrait être bien dénué de réflexion pour ne pas se rendre compte que cette question philosophique est le pivot même de toutes nos conceptions morales, religieuses, scientifiques, bref, de toute notre existence. Et, parmi les symptômes les plus attristants de la mentalité contemporaine, il faut signaler le ton superficiel avec lequel David Frédéric Strauss, dans un ouvrage où il prétend fonder sur les données de la science moderne une « foi nouvelle », écrit ce qui suit : (Dav. Fréd. Strauss, Der alte und neue Glaube) « Nous n’avons pas à envisager ici la question de la liberté de la volonté humaine. La prétendue liberté de choisir indifféremment entre des actions a toujours été considérée comme illusoire par toutes les philosophies dignes de ce nom. Mais la valeur morale des actions et des intentions humaines ne dépend aucunement de ce problème ». Si j’ai cité ce passage, ce n’est pas que j’attribue une importance spéciale au livre dont il est tiré, mais c’est que j’y trouve résumée en peu de mots l’opinion courante jusqu’à laquelle la plupart de nos contemporains savent s’élever en ce qui concerne ce problème capital. (p.8)

Et BIM David Frédéric Strauss !

[C]’est contre le dogme du libre-arbitre (entendu comme une faculté de choisir) que se dirigent, de nos jours encore, presque toutes les attaques des déterministes. Écoutons par exemple Herbert Spencer, dont les opinions se répandent actuellement de plus en plus : « Que chacun de nous puisse, à son choix, désirer ou ne pas désirer, comme il est en somme sous-entendu par le dogme de la libre volonté, c’est une chose que réfute aussi bien mon analyse de la conscience humaine, que les résultats de notre précédent chapitre (Herbert Spencer, Les Principes de la Psychologie). Ce point de départ est, en général, adopté par tous ceux qui
combattent l’idée de liberté. Toutes leurs théories se trouvent d’ailleurs énoncées en germe chez Spinoza. Les déterministes n’ont guère fait que répéter inlassablement le très simple raisonnement de leur précurseur, mais en l’enveloppant de théories si compliquées qu’on n’aperçoit plus bien la simplicité de l’erreur initiale[…] (p.8/9)

Han, dans vos mouilles les déterminiiiiistes !!!

Cette théorie est si précise et si simplement exposée qu’elle permet de toucher du doigt l’erreur fondamentale sur laquelle elle repose. Spinoza nous dit de même qu’une pierre, après avoir reçu un choc, accomplit nécessairement un certain mouvement, de même l’homme agit toujours sous la poussée d’un mobile qui le détermine. Mais parce qu’il prend conscience de son action, il s’en croit la libre cause, il ne voit pas la cause véritable, le mobile déterminant auquel sa volonté obéit. Tout ceci contient une faute de raisonnement facile à découvrir : Spinoza, comme tous ses successeurs, omet de dire que l’homme prend conscience non seulement de son action, mais aussi, souvent, des mobiles qui l’ont amenée. (p.9)

Éd. von Hartmann, dans sa « Phénoménologie de la conscience morale », écrit que le vouloir humain dépend de deux principaux facteurs : les motifs et le caractère. Tant que l’on croit tous les hommes semblables, ou qu’on leur attribue des différences de caractère insignifiantes, leur vouloir paraît déterminé du dehors, par les contingences extérieures. Mais, en réalité, l’homme placé devant une idée ou une représentation n’en fait un motif d’action que si cette idée, cette représentation, s’accordent avec son caractère et suscitent un désir en lui… cet homme alors croit que la détermination vient des profondeurs de son être, il s’imagine être libre des contingences extérieures. « Mais, dit Éd. von Hartmann, même lorsque nous transformons une idée ou représentation en un motif, nous ne saurions le faire arbitrairement, mais par la nécessité de notre idiosyncrasie ; par conséquent nous ne sommes absolument pas libres. » Ici encore, comme on le voit, l’auteur néglige de distinguer les mobiles d’action que l’on accepte après un lucide examen de ceux que l’on subit sans en avoir une claire connaissance. (p.10)

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Mais assez de ces exemples. Ils démontrent qu’un grand nombre de penseurs attaquent la conception de la liberté sans même savoir ce qu’on entend par ce mot. (p.11)

Merci Rudolf. C’est vrai que ça devenait un peu redondant tout ça, heureusement, je suis sûre que le contenu de ton livre (On peut se tutoyer hein ?) va m’en mettre plein les mirettes. J’ai hâte.

Il va de soi qu’une action n’est jamais libre tant que son auteur en ignore les causes. Mais que se passe-t-il lorsque ces causes sont au contraire connues ? Et ceci nous amène à nous demander : quelle est l’origine et la nature de la Pensée ? Tant que nous n’aurons pas bien compris ce qu’est l’activité pensante de l’âme, nous ignorerons ce que signifie « connaître » ou « savoir quelque chose », fût-ce une action. Au contraire, lorsque nous aurons établi ce qu’est la Pensée, le rôle qu’elle joue dans l’action humaine apparaîtra clairement. Hegel a dit : « C’est seulement avec la Pensée que l’âme, (dont les animaux sont doués comme les hommes), s’élève au rang d’esprit ». Rien de plus juste, et c’est également la Pensée qui donne à l’action humaine son caractère propre. (p.12)

QUELQU’UN ! Donnez un bon point à ce brave Hegel je vous prie.

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Explication de texte

Le but du livre est donc de nous éclairer quand à la nature de la Pensée et du monde “perceptible”, mais aussi d’ouvrir la voie au reste de son œuvre en nous proposant une approche au monde suprasensible.

Pour cela, l’observateur devra se libérer de ses sens et penser en pur esprit. Steiner n’admet pas de limite à la pensée telle qu’elle nous est posée par le monde “réel”. Celui qui ne sait franchir cette limite de la pensée ne sait éprouver la Vérité Réelle.

Mon approche de l’anthroposophie s’est faite à l’envers : des applications (biodynamie, médecine, éducation), je vais vers l’idée initiale. On me dira que je suis biaisée dans mon jugement et c’est complètement juste.

Peut-être que si à 18 ans j’avais commencé par la Philosophie de la Liberté, je serais moi-aussi Anthroposophe ? Peu probable. J’ai lu grande quantité de livres traitant d’ésotérisme, de philosophie de vie, et “pensée alternative”, j’ai même cru très longtemps aux auras, aux chakras, j’ai fait de la méditation transcendentale, je me suis soignée avec des gemmes, de l’homéopathie, des plantes, j’étais dedans jusqu’au cou, et pourtant, je me retrouve à écrire des articles critiques sur tout ça.

J’ai probablement la naïveté de croire que mon libre-arbitre me permet de prendre conscience de mes erreurs, et que ma liberté m’est trop précieuse pour accepter de suivre n’importe quel enseignement au prétexte qu’il est séduisant et apporte des explications “simples” et originales sur des problématiques délicates. Ça ne me suffit pas.

Allez les gens, let’s PWN !

Première partie : la science de la liberté

1 – L’action humaine consciente / Le besoin organique de connaissance

Nous édifions [donc] une cloison entre le monde et nous, et ceci dès que notre conscience s’éveille. Néanmoins, nous ne perdons jamais le sentiment d’appartenir malgré tout à ce monde, de lui être liés, de demeurer non pas extérieurs à lui, mais englobés en lui.

Nous sommes ici dans la dichotomie (dans le sens de dualité) observateur/monde, pensée/observation, esprit/matière qui servira de fil conducteur tout au long du livre. Petit rappel donc sur les deux courants : Monisme vs Dualisme. Vous trouverez un schéma un peu plus bas.

  • Le monisme est le système de pensée selon lequel le monde n’est composé que d’une seule substance. Cette substance peut être la matière, selon les matérialistes, ou l’esprit, selon les spiritualistes.
  • Le dualisme expose quand à lui l’idée de deux principes ou entités en chaque domaine, l’exemple le plus courant étant l’opposition corps/esprit.

Steiner nous dit :

Toutes ces doctrines semblent perdre de vue que l’opposition dont il s’agit se produit tout d’abord dans notre conscience. C’est nous-mêmes qui nous détachons du sein originel de la nature, c’est nous qui opposons notre moi au monde. Gœthe a exprimé cette pensée d’une manière qui peut sembler peu scientifique, mais qui est de la plus pure beauté, dans un essai intitulé La Nature : « Nous vivons en elle et lui sommes étrangers. Elle nous parle sans cesse et ne nous révèle pas son secret. » Mais Gœthe connaît aussi l’envers de cette pensée : « Les hommes sont tous en elle et elle est en tous. »
S’il est vrai que nous nous sommes exilés de la nature, il est non moins certain que nous nous sentons encore en elle, et que nous savons lui appartenir. N’est-ce pas sa propre activité créatrice qui vit en nous ?

Ah, la Nature. Le Joker intergalactique qui permet de faire passer tout et n’importe quoi.

Goethe est l’inspiration de toute la philosophie de Steiner, penchons-nous donc quelques instants sur la “Naturophilosophie” ou Philosophie de la Nature.

Cette philosophie propose une approche des questions scientifiques dans les années 1780/1830, dans le courant de l’idéalisme et du romantisme allemand. La Philosophie de la Nature tente d’appréhender la nature dans sa totalité. Nature en tant que principe créateur, essence de l’humain, principe directeur de nos actes. La Nature est Tout, Tout est la Nature, en somme.

L’avantage de l’approche de Goethe, c’est qu’elle s’affranchit de la rigueur de la philosophie “classique” en posant l’universalité et la versatilité naturelle à la base de la connaissance. On peut difficilement contredire une pensée fluctuante et intuitive. D’autre part, la fonction de poète et dramaturge de Goethe lui permet d’exposer ses idées de manière plus fluide que les philosophes, à travers ses différentes œuvres “accessibles à tous”.

A l’austérité de la philosophie classique au demeurant très abstraite, la philosophie de la nature oppose une forme concrète et spontanée de l’étude de la pensée et du monde.

Le problème c’est que les sciences naturelles ont peu à peu supplanté la philosophie de la nature en apportant des connaissances tangibles en lieu et places de spéculations philosophiques, ce qui rend plus compréhensible la posture défensive de Steiner face aux sciences, à une époque où on comprend de mieux en mieux le monde et où on commence à pouvoir poser des lois physiques sur la Nature, désacralisant en quelque sorte cet archétype.

On comprend mieux ainsi tout l’attachement de Steiner à Goethe, et on ne s’étonnera donc pas de voir transparaître en permanence l’image du Maître qui lui insuffla les concepts d’intuition, de nature, de liberté…

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L’observation et la pensée sont les deux points de départ de toute l’activité spirituelle de l’homme, au moins dans les limites où celui-ci prend conscience d’elle. Le bon sens commun repose sur ces deux piliers de notre esprit aussi bien que les recherches scientifiques les plus complexes. Les philosophes ont pris leur point de départ dans certaines antithèses telles que l’idée et la réalité, le sujet et l’objet, l’apparence et la chose en soi, le moi et le non-moi, l’idée et la volonté, le concept et la matière, la force et la matière, le conscient et l’inconscient. Nous allons montrer que l’opposition de l’observation et de la pensée est infiniment plus importante du point de vue de l’homme, et qu’elle doit primer toutes les autres.

En 1925, les neurosciences ne pouvaient encore expliquer les phénomènes physiques précédant la pensée, mais on sait et on comprend de plus en plus les interactions entre la physiologie et la “pensée”. De fait, c’est un pan entier de l’argumentation anthroposophique (mais aussi de la philosophie dans son ensemble) qui tombe peu à peu.

Je suis certain que plus d’un lecteur, m’ayant suivi jusqu’ici, aura trouvé mes développements en désaccord avec le point de vue scientifique actuel. Je lui répondrai que, jusqu’à présent, je n’ai pas eu à me préoccuper de ce point de vue. J’ai dû purement et simplement décrire ce que chacun de nous peut éprouver dans sa propre conscience.

Ah bon, OK, j’ai rien dit, j’avais oublié que la science c’est de la merde.

Cela dit, je ne sais toujours pas d’où vient la pensée, sinon.

2 – La pensée instrument de la conception du monde

L’observation et la pensée sont les deux points de départ de toute l’activité spirituelle de l’homme, au moins dans les limites où celui-ci prend conscience d’elle. Le bon sens commun repose sur ces deux piliers de notre esprit aussi bien que les recherches scientifiques les plus complexes. Les philosophes ont pris leur point de départ dans certaines antithèses telles que l’idée et la réalité, le sujet et l’objet, l’apparence et la chose en soi, le moi et le non-moi, l’idée et la volonté, le concept et la matière, la force et la matière, le conscient et l’inconscient. Nous allons montrer que l’opposition de l’observation et de la pensée est infiniment plus importante du point de vue de l’homme, et qu’elle doit primer toutes les autres.

Si l’on reprend depuis le cogito ergo sum de Descartes, on se rend compte que la pensée précède en effet la conceptualisation même du monde ou de nous-mêmes.

Il faut même ajouter que, dans le temps, l’observation précède la pensée. En effet, c’est seulement par l’observation que nous pouvons apprendre à connaître la pensée.

Est-ce que l’observation précède la pensée ? Si je vois un objet, son image va parcourir un (rapide) trajet jusqu’à mon cerveau, qui analysera l’image. La vue de l’objet précède à sa conceptualisation. Dans le même temps, la pensée précède tout, et va peut-être même guider mon regard vers l’objet. L’observation de la pensée est-elle une pensée ou une observation ? Mais où veut-il en venir ?

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Enfin moi j’dis ça, j’en sais rien, mais je crois me souvenir qu’une des branches favorites de Steiner est justement la méditation. Mais on n’oserait introduire des idées juste pour nourrir des concepts ultérieurs apparaissant comme coulant de source. Rho.

Il en va de même pour notre pensée. Il faut qu’elle soit là, avant que nous puissions commencer à l’observer.

Gné ? Mais enfin tu viens de dire le contr…mais…Passons. Oui oui, passons, allez, on va pas en faire des caisses, zou. Vous allez voir, c’est comme ça pendant tout le bouquin.

Il est donc incontestable que la pensée est une apparition d’un genre unique : là, le devenir universel nous appartient, il dépend de nous, et, sans nous, rien ne surviendrait. C’est cela qui nous importe tellement, car le caractère énigmatique des choses extérieures provient de ce que nous ne participons pas à leur venue au monde nous les trouvons toutes données. Par contre, nous savons parfaitement comment la pensée vient au monde et comment elle se fait. C’est donc en elle qu’on trouvera le point de départ vraiment primitif pour la considération du reste de l’univers.

On sait donc maintenant (par magie ou intuition) d’où vient la pensée. La pensée, donc, est l’outil de conceptualisation du monde, tout était dans le titre du chapitre, techniquement j’ai avancé de 22 pages dans cet ouvrage, j’ai donc dû apprendre des choses à un moment. Probablement.

Pour finir le chapitre, dernier pied de nez à la philosophie (si vous entendez un bruit, c’est Descartes qui se retourne dans sa tombe) :

Jusqu’ici, j’ai parlé de la pensée sans faire allusion à la conscience humaine qui en est le porteur. La plupart des philosophes contemporains m’objecteront ceci : « Avant qu’il y ait pensée, il faut qu’il y ait conscience. Vous devez donc prendre votre point de départ dans la conscience. »
Voici ce que je leur répondrai : « Pour m’expliquer le rapport qui existe entre la conscience et la pensée, il faut que je pense ce rapport. Je pose donc la pensée avant tout ». […] le philosophe n’est pas chargé de créer le monde, il doit seulement le comprendre. Il lui faut rechercher, par conséquent, non point les principes de la création, mais ceux de la compréhension. Il serait étrange qu’on reprochât au philosophe de se préoccuper avant tout de la justesse de ses principes, plutôt que d’aborder immédiatement les objets qu’il veut comprendre.

Yngwie, reviens, j’ai besoin de toi.

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Merci.

Reprenons. Nous avons appris que la pensée précède l’observation qui précède la pensée. On sait donc comment la pensée est “sécrétée” et qu’elle est la base de notre conceptualisation du monde. Si, si, on le sait, chut maintenant.

3 – Le monde comme perception

La pensée donne naissance à des concepts et à des idées.
Qu’est-ce qu’un concept ? On ne peut en donner la définition. On peut seulement faire remarquer à l’homme qu’il a des concepts. Lorsque quelqu’un voit un arbre, sa pensée réagit sur son observation ; à l’objet s’adjoint une sorte de pendant idéel, et l’homme considère que cet objet et son pendant idéel s’appartiennent l’un à l’autre.[…]Le concept ne saurait être tiré de l’observation. Ceci ressort, dès l’abord, du fait que l’homme en voie de croissance ne se forme que peu à peu les concepts correspondant aux objets qui l’entourent. Les concepts s’ajoutent à l’observation.

(Idéel : qui se rapporte à l’idée ou qui n’existe que dans l’idée.)

La pensée donne naissance à des concepts et à des idées. La conscience relie la pensée et l’observation. La pensée est au-delà du sujet et de l’objet, n’est ni subjective ni objective, est source de l’existence du sujet pensant et de son positionnement face à l’objet pensé (pour résumer).

La question qui se pose maintenant est celle-ci : l’autre élément, que nous avons simplement nommé jusqu’ici l’objet de l’observation, et qui doit se rencontrer avec la pensée dans le champ de la conscience humaine, comment pénètre-t-il dans cette conscience ?

On introduit maintenant la notion de “perception” du monde.

Comme certains termes demeurent entachés d’incertitude, je crois utile de m’entendre ici avec le lecteur sur le sens dans lequel je vais prendre, dans ce qui suit, le mot : « perception ». J’entends par là les objets immédiats dont je parlais plus haut, dans la mesure où le sujet conscient en prend connaissance par une observation. Ainsi, je ne désigne point sous cette appellation le processus de l’observation, mais son objet.

Ah non mais non… si c’est pour expliquer en donnant encore moins de sens à ce qui en a déjà peu, c’est pas la peine hein, non mais. La perception en tant qu’idée d’un objet, pourquoi pas. Allez, on va dire que c’est la faute à la traduction en français, voilà.

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La perception du monde s’établit donc en fonction du sujet observant, elle est donc subjective. George Berkeley s’oppose en ceci à Descartes en fondant sa philosophie (moniste) de l’immatérialisme (ou idéalisme). Au cogito ergo sum s’oppose un doute sur l’existence même du monde matériel.

Descartes, dans son dualisme cartésien, doute de tout, sauf de sa propre pensée. L’illusion est une pensée, il y a donc quelque chose qui pense, il y a donc une chose pensante. Berkeley va plus loin en réduisant le monde uniquement aux états de conscience, présupposant un Dieu créateur portant les “objets” en esprit. Les objets, les idées n’existent pas, ou alors c’est présupposer l’existence de Dieu.

Tant que l’on se borne à considérer, en général, le fait que nos perceptions dépendent de l’organisation subjective, il n’y a rien à opposer à la théorie de Berckeley. Mais la chose se présenterait tout autrement si nous étions en mesure de déterminer quel est, dans l’apparition d’une perception, le rôle de notre activité perceptrice. Nous saurions alors ce qui, pendant que nous percevons, se passe dans la perception et nous pourrions aussi déterminer ce qui devait être en elle auparavant.

(On notera que les traducteurs ont orthographié “Berckeley”. +1 pour l’argument de la mauvaise trad.)

Oui, mais nous nous percevons. Le “moi” reste un élément immuable dans mon observation. J’observe un arbre, il y a l’arbre et moi. Si je me détourne de l’arbre, son image, sa représentation subsiste. Cette représentation ne peut qu’être établie en admettant la présence de “moi”. Je différencie alors le “moi” (le monde intérieur) de l’arbre (le monde extérieur). Donc Berkeley a tort, puisqu’il nie l’existence du monde extérieur. Voilà.

Après un bref détour dans la caverne de Platon, au tour de Kant et sa théorie de la connaissance.

Cette théorie croit énoncer une vérité évidente, absolument certaine, et qui se passe de toute preuve.

Heu c’est pas un tout petit peu l’hôpital qui se fout de la charité, là ? Hein Yngwie ? Yngwie est d’accord avec moi.

“Nous n’avons aucun savoir direct , sauf de nos représentations” nous montre Édouard Von Hartmann, prolongeant ainsi la théorie de la connaissance de Kant. Pour ce dernier, le sujet est le centre de la connaissance. La réalité se conforme donc à nos représentations. Kant expose également la notion de limite à la connaissance (entendement). Il sépare d’une part la science en tant que découlant de la raison pure, et le dogme ou la croyance (par exemple l’idée de l’existence de Dieu et inversement, l’idée de sa non-existence).

Si nous éprouvons des sensations, tactiles par exemple, nous touchons bel et bien un objet et non sa représentation. En même temps, nous ne ressentons pas l’objet en lui-même, mais notre corps réagit à ce contact, et la perception est ressentie à l’intérieur de nous, nous renvoyant donc à une représentation. “Ce que le sujet perçoit, ce ne sont jamais que des modifications de ses propres états psychiques, et rien d’autre” (Hartmann).

Il serait difficile de trouver un second monument de la pensée humaine qui ait été construit avec autant de pénétration que celui-ci, et qui, cependant, s’écroule plus facilement à l’examen.

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Thèse kantienne : l’objet est perçu. Par exemple la couleur rouge n’existerait pas si nous n’avions pas d’œil. Elle existe par l’action réciproque de l’œil sur l’objet et de l’objet sur l’œil. Mais la couleur rouge n’est elle-même qu’une perception et n’existe pas dans l’œil. Elle est transposée sur l’objet par notre “âme”.

Steiner : “Si je n’avais pas d’œil, le corps serait pour moi une chose incolore. Je n’ai donc pas le droit de dire que la couleur appartient au corps. Où donc se trouve-t-elle ? Je la cherche dans l’œil : en vain. Dans le nerf : en vain. Dans le cerveau : en vain. Dans l’âme, je la trouve bien, mais isolée du corps coloré. Pour trouver le corps coloré, il me faut revenir à mon point de départ. J’ai refermé le circuit.”

Moi : si je n’ai pas d’œil, la couleur n’existe simplement pas, représentation ou non. Admettons que je sois seule dans l’univers, que je me trouve en un lieu inconnu, en face d’une porte fermée. Je ne sais pas ce qui se trouve de l’autre côté, et, sans ouvrir cette porte, je ne le saurai jamais. La pièce qui se trouve derrière la porte réside donc en dehors de mon champ de perception, et par conséquent…n’existe pas. Si je suis aveugle, la notion ou la représentation de rouge, ou même de couleur, n’ont aucun sens ! Je n’ai donc pas à chercher cette notion de couleur qui n’existe pas.

La démonstration “logique” n’a pas de sens. La suite de la démonstration part de ce postulat (où se trouve la couleur si je ne la vois pas) pour nous démontrer que la couleur doit quand même bien se trouver quelque part bon sang. Il poursuit en exposant le fait qu’entre l’objet coloré et notre représentation, la route est “discontinue”. Hélas, on sait aujourd’hui assez précisément de quelle manière l’œil perçoit la couleur et quelles zones du cerveau interprètent ce signal. Les mécanismes mêmes de la pensée sont de mieux en mieux compris, et ont de plus en plus à voir avec de vulgaires processus chimiques. Urk.

Voici une courte pause en vidéo au sujet de la perception de la couleur, histoire de divertir les anglophones d’entre vous.

Jusqu’ici, j’ai vraiment du mal à comprendre où Steiner veut en venir. Un début de réponse m’est apportée par ce texte(page 2) :

Dans ses œuvres préthéosophiques Steiner, réfutant délibérément le criticisme de Kant, qui limite l’expérience objective, s’efforce de justifier par la théorie de la connaissance cette expérience mystique solitaire. Il part au contraire du principe que par-delà les limites de la connaissance définies par Kant, tout ce qui est nécessaire à « l’explication du monde » est accessible à la pensée humaine, car il est convaincu que la pensée est, sous la forme des idées, l’essence du monde. La connaissance de soi permet de « pénétrer progressivement les fondements de l’univers »

On est ici au cœur du problème. Afin de pouvoir donner une explication plausible à ses visions mystiques, il faut pouvoir démontrer que le système “rationnel” part de préconçus erronés. Que tous les philosophes ont tort. Que lui a raison. Quitte pour cela à noyer son lecteur sous une masse confuse de raisonnements chaotiques et imbuvables.

Oui, parce que ça fait donc maintenant 34 pages que je lis “machin à tort parce que [insérer éventuellement argument fallacieux ici] donc [insérer tranche de pensée circulaire là]”. Je n’ai rien contre de la contre-argumentation, mais baser toute une philosophie CONTRE le reste du monde pensant ça a tendance à me donner furieusement envie d’aller lire d’autres trucs bien plus intéressants.

Malheureusement pour moi, c’est pas fini, mais histoire de vous faire gagner du temps, je vous passerai désormais les étapes de pseudo contre-argumentation.

4 – La connaissance du monde

Partant de là, on peut donc bien postuler tout ce qu’on veut, plus rien n’a d’importance, finalement.

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Donc, la science est au mieux une vaste plaisanterie, au pire la somme d’observations de personnes aux capacités sensorielles dignes d’une otarie bourrée à la bière.

Celui qui ne voit pas les choses elles-mêmes, mais seulement leur reflet, se trouve dans l’obligation de se renseigner sur ces choses par des déductions qu’il tire de leur reflet. Tel est le point de vue de la science moderne ; elle n’emploie la perception qu’à titre de moyen suprême pour acquérir des notions sur les phénomènes réels de la matière, qui sont situés, croit-elle, derrière cette perception.

La pensée est la base de toute connaissance du monde, et grâce à Grobisou, notre connaissance n’a ainsi plus aucune limite.

La pensée est également universelle, chaque humain rejoignant ainsi la valse lente de la vie universelle du cosmos. Et comme le cosmos c’est vachement chouette, l’intuition nous est offerte afin de percevoir l’univers dans sa plus pure réalité.

En gros, suffit d’être juste bien entraîné (grâce aux méditations anthroposophiques) et nous aussi nous pourrons bientôt contempler le monde et embrasser l’univers avec notre pensée toute neuve telle un disque dur ayant subi un formatage bas-niveau. Douce perspective.

5 – L’individualité humaine

Les représentations (cf. plus haut) ne sont que des intuitions rapportées à une certaine perception, des concepts qui furent une fois liés à une perception, et auxquelles demeurent attachés les souvenirs de cette perception.

Par la pensée, l’homme participe au devenir cosmique; par le sentiment, il se retire dans l’intimité de son propre être et moi je vais aller me pendre prochainement dans l’intimité de la souffrance psychique engendrée par ces lectures.

6 – Y-a-t-il des limites à la connaissances ?

Haaaaaaaaaaaaaa ! Bah voilà !

Donc non, vu que la Pensée Cosmique nous accompagne dans cette Nouvelle Ère de l’Intuition Philosophique Toute Puissante.

Lorsque nous nous posons des questions auxquelles la réponse est impossible, c’est que quelque chose manque à la clarté et à la logique de nos questions, car ce n’est pas le monde qui les pose, c’est nous-même.

Sinon, le Dualisme c’est de la merde, ça n’apporte aucune réponse, et puis d’abord l’auteur nous l’a brillamment démontré plus haut avec une analyse sans faille. En réalité, le “moi” nous permet d’accéder à toute la connaissance universelle, et le monisme c’est d’la balle, z’allez voir.

Au delà du violet, il existe dans le spectre des forces qui ne provoquent aucune perception de l’œil, mais une action chimique ; de même il existe, au delà de la couleur rouge, des radiations qui n’ont qu’une action thermique. Lorsqu’on réfléchit à des phénomènes de cette sorte, on en vient à se dire : L’étendue de notre monde perceptible est déterminée par l’étendue de nos sens, et nous aurions devant nous un tout autre univers s’il nous advenait des sens supplémentaires ou si les nôtres changeaient de nature.

Nous avons trouvé l’explication à la cosmogonie délirante de notre bon Rudolf…et fin de la première partie.

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Seconde partie : la Réalité de la Liberté

1 – Les facteurs de la vie

(Et oui j’ai cherché des jeux de mots pourris avec La Poste mais rien ne m’est venu à l’esprit.)

La philosophie du sentiment, ou “mystique” c’est nul, la philosophie de la volonté, ou “théisme” c’est pourri aussi, parce que rien ne peut expliquer ce qu’on ne connaît pas. En gros.

Par contre, l’expérience intuitive c’est le Bien et ça met tout le monde d’accord.

2 – l’idée de la liberté

Dans l’observation de la pensée, les deux termes dont l’apparition était jusqu’alors forcément séparée (concept et perception) se trouvent réunis en un seul. Tant que l’on méconnaît cette vérité, on pourra imaginer que les concepts sont les reflets inconsistants des perceptions, et les perceptions sembleront être la seule réalité. C’est alors qu’on se met à construire des univers métaphysiques calqués sur le monde de ses propres perceptions : monde des atomes, de la volonté, de l’esprit… chacun les voit à sa manière. Mais dès que l’on a saisi ce que la pensée offre de tout différent, on comprend que la perception est la moitié seulement de la réalité, et que l’autre moitié (la pénétration de la perception par la pensée, processus vécu par l’homme) lui est indispensable pour constituer une réalité totale.

Oui oui oui

L’homme qui observe la pensée vit directement, à l’instant où il l’observe, au sein d’une essence spirituelle qui subsiste par elle-même, l’intuition consiste à vivre consciemment dans un monde purement spirituel. C’est seulement par un acte intuitif que l’essence de la pensée peut être saisie.

La somme de nos représentations est conditionnée par la somme de concepts qui, le long de la vie, se sont adjoints aux perceptions, c’est-à-dire sont devenus des représentations. Elle dépend donc de la faculté d’intuition, qui est plus ou moins grande, et du champ d’observation.
Les sentiments déterminent nettement les « aptitudes caractéristiques ». Selon qu’une représentation cause de la joie ou de la peine, elle peut devenir ou non motif du vouloir.

Je…mais…heu…

Le stade supérieur de la vie individuelle, c’est la pensée purement conceptuelle, sans rapport avec aucun contenu de perception. Nous déterminons alors le contenu d’un concept par une intuition pure, nous le tirons entièrement de la sphère idéelle. Un tel concept est, à l’origine, sans rapport avec aucune perception. Lorsque nous agissons sous l’influence d’une intuition, notre mobile est la pensée pure.

Les principes moraux peuvent être énoncés sous des formes abstraites sans que l’individu se préoccupe de connaître leur origine… Un mode particulier de cette morale, c’est le cas où le commandement n’est plus donné par une autorité extérieure, mais intérieure (autonomie morale). Nous entendons alors une voix intérieure à laquelle nous devons obéir. Cette voix est appelée conscience. Il y a un progrès moral dès l’instant où l’homme, non content d’obéir simplement à un commandement extérieur ou intérieur, s’efforce de comprendre les causes pour lesquelles telle ou telle maxime d’action doit lui devenir un motif. Par ce progrès, il s’élève de la morale d’autorité, à une morale basée sur la compréhension. Les actions d’un homme dépendent du contact qui s’établit entre sa faculté d’intuition d’une part, et les situations de sa vie de l’autre.

Cette somme d’intuitions, dans la mesure où elle est mise en acte, constitue la moralité réelle de l’individu. La laisser vivre et se réaliser, c’est là le mobile moral suprême, et c’est, en même temps, le motif moral suprême pour quiconque a reconnu que tous les autres principes de moralité sont fondés, en dernière analyse, sur lui.

Je vous présente donc l’individualisme éthique, et suis en train de sombrer peu à peu dans la folie.

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Joie bonheur, cotillons, liberté, youpi youpi.

3 – La Philosophie de la Liberté et le Monisme

Ah, un chapitre plus intéressant où je vais pouvoir un peu vous causer du monisme à l’aide d’un joli schéma.

Vous l’aurez compris, le dualisme c’est naze, le monisme c’est bien mais dans certaines limites bien définies, faut pas déconner.

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4 – la finalité dans l’univers et dans l’homme (détermination de l’homme)

Le monisme rejette la conception finaliste de tous les domaines à l’exception de la seule action humaine. Il cherche des lois naturelles, mais non point des fins naturelles.

Dans ce chapitre, Steiner critique le principe de finalité.

Le finalisme affirme que tout a une cause finale. Dans le cadre de l’évolution, par exemple, on affirme que chaque modification sert un but bien précis (la girafe a un long cou pour pouvoir se nourrir). On explique ici le moyen par la fin. C’est un des arguments en faveur de l’existence de Dieu comme créateur intelligent. Sinon, tout serait rien que du hasard et c’est pas possib’. Je me permets un intermède perso sur ce point, car la réflexion est intéressante. Il est facile de voir en l’évolution une “volonté” supérieure ou une intelligence collective qui œuvrerait de concert pour tous nous améliorer. Mais le terme de sélection naturelle est souvent vu à tort comme du finalisme (ici un article des Cahiers Antispécistes sur le sujet). Les individus moins aptes à se faire bouffer ont survécu, ont proliféré et augmenté en nombre. Les individus s’adaptant à l’environnement sont donc, logiquement, plus propices à la reproduction. Et c’est tout.

Le finalisme est en ceci opposé au matérialisme, et plus spécifiquement au mécanisme : “Ce n’est pas la fonction qui crée l’organe mais l’organe qui crée la fonction.” (Lucrèce). Une cause précède ici à l’effet.

Dans tout ceci, Rudolf Steiner et moi ne sommes donc par fondamentalement en désaccord dans la remise en cause finaliste. C’est assez rare pour être noté, je vous rassure, ça ne va pas durer longtemps.

Si nous rejetons la conception finaliste, même du monde spirituel extérieur à l’homme, c’est qu’il se manifeste dans ce monde spirituel quelque chose de supérieur à la finalité que réalise le genre humain. Et quand nous estimons erronée l’idée d’une détermination finale du genre humain, conçue sur le modèle des buts que l’homme se propose, nous voulons dire que l’individu seul peut se donner à lui-même des fins ; mais que l’activité globale de l’humanité, comme résultante de toutes ces fins individuelles, constitue une chose supérieure à ces fins.

BIM. On démonte l’idée de finalité pour nous remettre sur les rails de la “cause supérieure” qui a pourtant été vivement critiquée un peu plus haut. Mais bon, on n’en n’est pas à une contradiction près, mais au moins on en est à plus de la moitié du bouquin depuis longtemps, et je ne vous cache pas que c’est avec une grande joie que je compte 33 pages restantes à me fader.

Vous m’avez suivie jusqu’ici, je vous offre donc un interlude bucolique *keur keur*

Bucolique

Allez ça suffit maintenant, on respire un grand coup, on y retourne !

5 – L’imagination morale (Darwinisme et moralité)

Ah ah ? Darwin. Je me demandais à quel moment on parlerait de Darwin étant donné que tout le chapitre précédent fleurait bon la sélection naturelle.

On commence par flatter le lecteur qui se veut forcément être un esprit libre qui agit donc en pleine conscience et effectue des choix sans contrainte, par l’imagination morale. La Nature est encore une fois à l’œuvre, nous délivrant par l’intuition ses consignes et ses règles via les Lois de la Nature.

Les chrétiens, ces mangeurs d’enfants, répondent quand à eux à des injonctions essentiellement négatives (ex. : les 10 commandements) et ne répondent qu’à la punition. Mais je m’égare.

Les partisans de cette doctrine [évolutionniste] se représentent qu’il y eut, une fois, sur la terre, une époque où un observateur aurait pu voir les reptiles naître des amniotes, à condition de disposer d’un temps d’observation suffisant pour assister à cette métamorphose. De même, ces théoriciens imaginent qu’un observateur placé assez longtemps dans l’éther aurait pu voir le système solaire sortir peu à peu de la nébuleuse de Kant-Laplace. […]aucun des théoriciens évolutionnistes n’aura l’idée d’affirmer que le concept de reptile, avec toutes ses propriétés, peut-être tiré du concept d’amniote par quelqu’un qui n’a jamais vu de reptile. Pas plus que le concept de système solaire ne saurait être tiré du concept de la nébuleuse de Kant-Laplace, en admettant que ce dernier concept ait été formé seulement à la perception directe de cette nébuleuse.

L’individualisme éthique, que l’on vient d’établir en conclusion de ce qui précède, pourrait aussi bien se déduire de la théorie évolutionniste. Le résultat serait le même, on l’obtiendrait seulement d’une autre manière

Heu…ouiiiiiii…si tu veux, Ruru, si tu veux.

L’apparition d’idées morales entièrement nouvelles, dues à l’imagination morale, ne devrait pas plus surprendre l’évolutionniste que ne le surprend la succession d’une espèce animale à une autre espèce animale.

Okay. Je vois. En résumé, la liberté va te permettre d’affirmer tout et n’importe quoi tranquillou. Je me disais aussi que je ne voyais pas trop le rapport.

Dans ces considérations sur la volonté humaine[…]Il est particulièrement important de signaler que c’est l’expérience intérieure qui permet de certifier qu’une volonté est libre. Cette expérience consiste en une réalisation de l’intuition idéelle par la volonté.[…]Lorsque une telle intuition existe dans la conscience humaine, elle n’y est aucunement engendrée par les phénomènes de l’organisme. Au contraire, l’activité organique s’est pour ainsi dire retirée, afin de faire place à l’activité idéelle. […]On ne saurait constater cette liberté de la volonté, tant qu’on est incapable d’observer comment l’élément intuitif paralyse et repousse les actions nécessaires de l’organisme humain, et comment l’activité spirituelle de la volonté entièrement inspirée par la pensée peut prendre leur place. C’est là la condition de la liberté.

Donc si on ne colle pas à la Doctrine, on n’est pas libres, sachez-le. Je dois être l’individu le moins libre du monde connu.

6 – La valeur de la vie (pessimisme et optimisme)

la vie est-elle joie bonheur licornes ou agonie sans fin ?

Ni l’un ni l’autre, la Nature nous dicte notre propre contentement.

7 – L’individualité et l’espèce

Comment peut-on prétendre à la liberté en vivant avec les autres ?

Voici un des passages les plus intéressants à mes yeux :

Si la situation sociale de la femme est si indigne, c’est qu’elle est déterminée, sous bien des rapports, non pas, comme il devrait être, par les qualités individuelles des femmes en particulier, mais par les idées générales que l’on se fait des besoins et des devoirs naturels de la femme. Tandis que les occupations d’un homme sont orientées d’après ses capacités et ses goûts personnels, on voudrait que celles d’une femme dépendissent uniquement du fait qu’elle est femme. La femme doit être esclave de l’espèce, de la collectivité féminine. Tant que les hommes discuteront pour savoir si « la nature » de la femme la prédispose à certaines fonctions, la question féministe en restera au stade le plus primitif. Qu’on laisse aux femmes le soin de juger de ce que « leur nature » leur permet de faire et de vouloir. S’il est vrai qu’elles ne sont bonnes qu’à la fonction qu’on leur a jusqu’à présent assignée, elles n’arriveront certes pas à en atteindre d’autres. On craint un ébranlement de l’ordre social actuel, au cas où les femmes cesseraient d’être traitées comme membres de l’espèce, pour devenir des individus. Mais un ordre social au sein duquel la moitié de l’humanité mène une existence indigne d’elle-même, a précisément grand besoin d être amélioré.

Je suis à la fois surprise et étonnée. En même temps, partant de l’idée de Liberté absolue, ce n’est pas fondamentalement choquant. A vrai dire je n’ai aucune idée de la manière dont Steiner se comportait réellement face au sexisme, mais bon sang, un passage à eu près valable, ça méritait d’être cité !

Bon, sinon, cette liberté nous permet de nous affranchir, voire de transcender les normes sociales.

Allez, une licorne pour la route.

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8 – Derniers problèmes

On peut résumer cette dernière partie par “Ayez confiance, le monisme c’est la vie”.

Cette « Philosophie de la liberté » établit les bases philosophiques de mes ouvrages postérieurs. Car j’y ai essayé de montrer que l’expérience de la pensée, lorsqu elle est correctement comprise, est déjà une expérience du monde spirituel. C’est pourquoi il m’apparaît que quiconque admet sérieusement le point de vue exposé dans cette Philosophie de la liberté ne saurait avoir de repos qu’il n’ait accédé au monde perceptible de l’esprit. Certes, on ne saurait tirer des considérations de cet ouvrage, par des déductions logiques, les résultats exposés dans mes livres suivants. Mais la pensée intuitive dont il est question ici, lorsqu’on l’a intérieurement comprise et vécue, mène tout naturellement à progresser plus loin dans la connaissance vivante du monde perceptible de l’esprit.

Suppléments

Ici, on trouve réponse à certaines critiques qui ont pu être faites à l’ouvrage en question.

Les objections qui m’ont été faites par certains philosophes[…]m’ont incité à ajouter à cette nouvelle édition le bref complément que voici. […]dans la considération philosophique du monde, il surgit quelquefois des problèmes qui résultent plutôt du parti-pris des penseurs que du cours normal de la pensée humaine elle-même. Tout le reste de cet ouvrage me paraît concerner strictement la tâche que tout homme se propose dès qu’il aspire à comprendre clairement l’être humain, et ses relations avec le monde. Ce qui va suivre, par contre, est plutôt un problème dont certains philosophes exigent qu’on le traite lorsqu’on étudie les questions qui font l’objet de ce livre, parce que ces philosophes se sont créé, par leur mentalité spéciale, certaines difficultés qui n’existent pas pour l’homme ordinaire. Lorsqu’on se permet de passer entièrement sous silence les problèmes de ce genre, certaines personnes s’empressent de vous accuser de dilettantisme, etc.. Et l’on reproche à l’auteur de n’avoir pas discuté telle ou telle théorie, dont le livre ne mentionne pas l’existence.

Voilà, moi, ça me suffit comme supplément, non ?

Les penseurs devraient chercher la voie de l’observation intérieure normale et impartiale, au lieu de masquer la réalité derrière l’édifice artificiel de leurs théories.

Et là ?

Nous ne voulons pas non plus de ce savoir glacial qui a été fixé une fois pour toutes dans des formules d’école, et conservé dans des codes que l’on a déclarés valables pour tous les temps à venir. Chacun de nous se trouve autorisé à prendre comme point de départ ses expériences les plus directes, ses intuitions immédiates, et à s’élever, de là, à la connaissance de tout l’univers. Nous aspirons à un savoir certain, mais que chacun de nous obtiendrait par le mode qui lui est propre.

Bon, ça suffit, maintenant, j’en ai marre.

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Conclusion

Étant donné qu’après les deux lectures de ce livre, je ne sais même plus comment je m’appelle, on va faire bref.

Déjà, merci de m’avoir lue jusqu’ici, j’avais prévenu que cet article allait être long. Sa rédaction m’aura pris pas loin d’une semaine “après-boulot”, soit une vingtaine d’heures en comptant mes lectures fastidieuses.

J’ai en revanche beaucoup apprécié de me replonger dans mes cours de philo de terminale L.

Je peux comprendre que La Philosophie de la Liberté soit considéré comme l’Œuvre Ultime de Rudolf Steiner, car elle pose les fondations de ce qui sera l’Anthroposophie. Cette lecture, aussi fastidieuse fut-elle, m’a permis de découvrir ce qui peut autant fasciner les anthroposophes chez Steiner. On peut facilement se laisser bercer par cette idée de Liberté et de total libre-arbitre, mais il ne faudrait pas oublier la manière dont l’anthroposophie fonctionne dans le concret. On demande aux membres une adhésion inaliénable aux principes, une participation sans failles aux cours et lectures, une implication dans tout le système anthroposophe. Grégoire Perra l’a bien décrit dans ses articles que je vous encourage très vivement à consulter sur ses deux blogs : son blog perso et son blog consacré plus spécifiquement aux écoles Steiner-Waldorf. Le mouvement anthroposophe a tout d’une secte, son endoctrinement éducatif et sa médecine sont particulièrement contestables.

Sur ce, je vous fais des bisoux et je vous dis à la prochaine, les lapins.

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